Dark (saison 1)

Si Netflix a commencé à produire (ou co-produire) des programmes en « langues étrangères » (pas en anglais, quoi), force est de reconnaître qu’il s’agit pour le moment d’une goutte dans un océan anglophone. D’ailleurs jusqu’à l’année dernière, il n’y avait aucune production germanophone dans le lot, ce qui est un peu étonnant vu que l’Allemagne (et dans une moindre mesure l’Autriche) a quand même une certaine tradition de la « Fernsehserie » derrière elle. La sortie de Dark en décembre dernier aura permis de commencer à rectifier le tir de la manière la plus honorable qui soit.

Jonas revient de thérapie dans sa ville natale de Winden (Rhénanie-Palatinat? Bade-Wurtemberg?): son père, artiste, s’est récemment suicidé en laissant une mystérieuse lettre derrière lui. C’est que la petite ville tranquille cache bien plus de choses qu’on ne pourrait le penser au premier abord: entre les secrets de famille et les petits soucis de la centrale nucléaire locale, il y a aussi quelques disparitions étranges, affaires que la police ne parvient pas à élucider, n’ayant aucun indice sur l’endroit où ces disparus ont pu se retrouver. Et si la question n’était pas « où » mais « quand »?

Souvent présentée comme le pendant européen de Stranger Things, Dark ne partage pourtant que très peu d’éléments avec cette dernière; si ce n’est qu’elle se déroule en partie dans les années 1980 et qu’il s’agit évidemment d’une série de SF où il est question de disparitions, bien sûr. Mais la comparaison s’arrête là. Déjà parce qu’il n’y a pas de monstrueux alien dévoreur, ni de dimension type Upside Down, ni de focalisation exclusive sur la période: l’histoire s’étend sur des intervalles de 33 ans entre 2019, 1986 et 1953 (et 2052, même si ça n’arrive qu’à la toute fin).

Elle se concentre, enfin, sur quatre familles importantes de la ville. Les Kahnwald, tout d’abord, à laquelle appartient Jonas, dont l’arrière grand-père était chef de la police dans les années 1950. Les Nielsen, arrivés à Winden dans ces mêmes années, à laquelle appartiennent Martha et Magnus, amis de Jonas, dont la mère est proviseure du lycée local et le père inspecteur de police (et accessoirement amant de la mère de Jonas; tout se recoupe). Les Doppler, fondateurs de la centrale nucléaire de la ville en 1953, à laquelle appartient Franziska, camarade des premiers et fille de la cheffe de la police de 2019. Les Tiedemann, à laquelle appartient Bartosz, petit ami de Martha et meilleur ami de Jonas, fils du directeur de la centrale et de la propriétaire de ce qui semble être le principal hôtel (le seul?) de la ville.

Sachant que là, j’ai fait la version très courte, on comprendra que l’exposition a besoin de BEAUCOUP de temps pour présenter ses nombreux personnages; d’autant que, évidemment, il faudra se retaper ça pour chaque époque, avec des acteurs différents (ce qui fait que pour un peu plus d’une trentaine de personnages nommés, on a environ une soixantaine d’acteurs). Du coup, c’est parfois assez paumant, surtout quand un épisode s’amuse à jongler d’une période à l’autre. Ceci étant dit, les plus importants demeurent très facilement identifiables, et l’histoire reste globalement intelligible. Et plutôt bien construite, d’ailleurs.

La question des voyages temporels est en général le meilleur moyen de se casser la gueule sur la cohérence du scénario. Mais là, ben ça marche plutôt bien, en fait. La conception du temps est clairement et explicitement désignée comme mono-linéaire, la question de la « causalité » est expédiée en un dialogue en mode « ça nous dépasse » (malgré un blabla scientifique omniprésent), et les tentatives de modifier l’histoire… sont plutôt bien abordées dans leur déroulement et conséquences, mais nécessiteraient de spoiler un peu la série.

Car évidemment, un personnage qui part dans le passé influence son présent, et si son existence en un temps où il ne devrait pas exister ne le modifie pas, eh bien c’est que le présent dans lequel il se trouvait avait déjà été préalablement conditionné par sa présence en 1986 ou en 1953: le modifier n’apporterait donc pas un retour à la normale du point de vue d’un individu de 2019. D’où un dilemme pour les quelques personnages amenés à voyager dans le temps: faut-il intervenir au risque d’anéantir son existence même? Et si cette intervention était vouée à l’échec, ou n’était au fond qu’un moyen de conforter, voire même générer la réalité future?

Ça, c’était pour le volet « SF » de la série, qui a bien sûr aussi droit à son volet dramatico-policier. En gros, il y a plus de cadavres dans les placards de Winden que dans une nécropole mérovingienne, et les quelques disparitions de 2019 ne vont faire qu’accroitre les tensions, au point de faire ressortir tous les petits secrets de chacun. Car dans cette série, tout le monde ment ou triche. Tout le monde. C’est même pour ainsi dire le trait le plus communément partagé par tous les personnages. Même Jonas, pourtant parmi les plus honnêtes de la série et auquel on est invité à s’identifier.

Il en ressort bien évidemment une ambiance de merde, probablement symbolisée par le temps de merde quasi-permanent: il pleut presque tout le temps à Winden. C’est en quelque sorte LE trait d’union entre les différentes époques. Enfin, ça et les histoires familiales et/ou sordides qui transcendent le temps, parfois dans une espèce de boucle où les actes des gens du passé conditionnent les choix des gens du futur, jusqu’à ce qu’on réalise que les choix des gens du futur conditionnent également ici les actes des gens du passé. Bref, le serpent se mord la queue.

La première saison, si elle répond à beaucoup de questions (parfois connement, on ne va pas se mentir), n’en garde pas moins jusqu’à la fin une large part de mystère. Ce qui laisse pas mal de matière pour la deuxième, commandée le mois dernier par Netflix. D’autant que le dernier épisode ouvrait de nouvelles perspective, notamment avec une nouvelle époque, 2052… dont je vous laisse la surprise (même si sa nature se devine facilement).

Parce que je crois que oui, vous devez voir Dark: les bonnes séries européennes de SF ne sont pas assez nombreuses pour qu’on puisse se permettre de rater l’une des meilleures.

Au revoir; à bientôt.

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Vu ! on a adoré, et on attend grave la saison 2 😀

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s