Panzer Dragoon Saga a 20 ans

29 janvier 1998: plus personne n’est dupe, la Sega Saturn est, dans le meilleur des cas, en sursis. En Amérique du Nord et en Europe, la production sera stoppée dans l’année; et si au Japon, cela n’arrivera qu’à la fin du mois de décembre 2000, l’annonce de la sortie imminente de la Dreamcast ne laisse aucune illusion. Pourtant, en dépit de multiples annulations et transferts de support (Virtua Fighter 3 et Shenmue sont restés les plus célèbres), Sega semble avoir voulu accorder un baroud d’honneur à sa 32bits. La Team Andromeda, créée en 1994 pour développer des jeux sur cette machine, sort alors ce qui sera son dernier jeu: un RPG Panzer Dragoon, d’ailleurs seule franchise sur laquelle elle a été explicitement créditée (ce qui ne veut pas dire que ses membres n’ont pas travaillé sur d’autres jeux durant ses années d’existence). Ainsi arrive sur les étals nippons Azel Panzer Dragoon RPG, renommé Panzer Dragoon Saga en Occident quelques mois plus tard.

Après les événements du premier Panzer Dragoon (le second était une préquelle de celui-ci), l’Empire, toujours bien vivace, dut faire face à la rébellion de son meilleur officier: Craymen. Ce dernier s’empara de force d’un site d’excavation de matériel datant des temps anciens, mettant la main sur une fille scellée dans la pierre, Azel. Ses hommes laissèrent pour mort un certain Edge, jeune mercenaire chargé de la protection du site qui avait eu le coup de foudre pour Azel au premier regard. Reprenant ses esprits au cœur des ruines, Edge fut sauvé d’une attaque de machines biologiques des temps anciens par un dragon. L’histoire se répétant, ce dernier semblait chercher un cavalier pour l’accompagner dans sa quête salvatrice. Tous deux se lancèrent donc à la poursuite des sbires de Craymen.

À partir de là, vous vous retrouviez à vous déplacer à dos de dragon, à la manière des épisodes précédents; à ceci près que vous étiez libre de vos déplacement dans chaque zone. Ce qui était très singulier au regard de la production RPGesque de l’époque, où les déplacements s’effectuaient généralement sur une map ou à pied dans des environnements clos. Il y avait bien de ça ici: une map générale pour accéder à chaque zone et quelques déplacements à pattes (villages, camps, forteresse…); mais l’essentiel du temps se passait à dos de dragon, avec un système de locking pour ramasser des items ou activer des trucs.

Quant-aux combats, toujours à dos de dragon, ils mélangeaient élégamment les particularités de l’héritage shoot’em up de la franchise à celles de RPG à ATB, avec trois jauges qui se remplissaient plus ou moins rapidement pour accomplir diverses actions. On pouvait ainsi tirer au flingue ou laisser son dragon cracher ses attaques énergétiques, utiliser des items aux effets variés ou activer (avec deux jauges minimum) des « berserks » qui pour certains s’avéraient particulièrement dévastateurs (je songe notamment à Berserker Rage qui n’était ni plus ni moins que la « fury » de Panzer Dragoon II Zwei, ou au très puissant Armageddon, ou encore au majestueux Dragon Phoenix).

Mais surtout, s’il était possible de faire évoluer son dragon par level up (chose assez courante à l’époque), il était aussi possible de faire varier sa forme, en fonction des besoins du moment, même en plein combat. Besoin de rapidité et d’esquive? Il suffisait d’opter pour l’Agility Class. Besoin de résistance? On choisissait alors la Defence Class. Besoin d’un gros potentiel offensif? Choix entre Attack Class ou Spiritual Class, en fonction des points de Berserk disponibles. Et puis, il y avait une forme neutre, ou possibilité de mixer un peu tout ça (genre un dragon agile à gros potentiel offensif, etc.).

Quant-aux deux aspects les plus importants d’un RPG, à savoir l’histoire et l’univers… j’ai rarement vu mieux, même depuis. Le jeu ne trahissait en effet en rien l’héritage contextuel et esthétique de son prédécesseur immédiat, (influencé par Nausicaä, Arzach, la Ballade de Pern…) au point qu’on en retrouvait même le boss de fin, dans une version ruinée et déliquescente, accompagné de son thème musical mythique pour les fans de la saga. Et puisqu’on en parle… la bande son n’était clairement pas en reste.

Si aucun membre de l’équipe de composition des musiques de Panzer Dragoon II Zwei n’avait rempilé pour celui-ci, l’esprit en fut totalement conservé. La majeure partie des thèmes avaient été composés par la génialissime Saori Kobayashi (que certains ont déjà eu la chance de rencontrer en Japan Expo) qui avait bien pris soin de coller à l’ambiance « électro-tribale » pré-établie, sur fond d’influences musicales multiples. L’OST demeure mémorable pour toute personne ayant jamais touché au jeu, et j’espère sincèrement qu’un jour, DATA-DISCS nous gratifiera d’un joli pressage vinyle, comme il l’a fait pour le premier épisode (même si j’ai déjà les CD).

Pour ce qui est de l’histoire, c’était l’une des meilleures (la meilleure?) que j’ai eu l’occasion de voir dans un RPG de cette époque. Ce n’est pas qu’elle brillât par son originalité (pour ça, il y avait son univers), mais elle disposait d’une narration très cinématographique, avec un rythme soutenu et… un final inattendu.

Peu de personnages importants (Edge étant finalement le seul jouable), ça permettait de se concentrer sur leur développement. Et si les persos les plus secondaires étaient franchement monolithiques (les sbires de Craymen ou de l’Empire, notamment), force est de reconnaitre que ceux avec lesquels Edge était amené à interagir le plus souvent avaient fait l’objet d’un travail conséquent. Azel, notamment.

Enfin, le jeu était entièrement doublé. Je sais, c’est aujourd’hui la norme; sauf qu’il y a 20 ans, c’était juste… inimaginable, pour un RPG avec plusieurs centaines de pages de texte (autour de 1500, disaient les magazines à l’époque). Et, miraculeusement, ce doublage japonais est parvenu tel quel en Occident. Que ce soit pour des raisons financières ou faute de temps, Sega n’a en effet PAS re-doublé le jeu en anglais pour sa localisation, comme c’était l’usage à l’époque jusque dans certains jeux de combat (genre le truc super utile). Et je dis « miraculeusement » parce que derrière les personnages de Edge et Azel se trouvaient les seiyû Akira Ishida et Mâya Sakamoto.

Deux voix qui, déjà à l’époque, avaient leur petite célébrité (qui n’a depuis fait que croitre): le premier avait notamment prêté sa voix à Kaoru Nagisa dans Evangelion et la seconde à Hitomi Kanzaki dans Escaflowne. Les autres personnages importants avaient également bénéficié d’un doublage de qualité. Craymen était ainsi joué par Masatô Ibu (le Sergent Nagata de l’Empire du Soleil, entre autres rôles cinématographiques), Gash par Hôchû Otsuka (dont les fans de Gundam reconnaîtront forcément la voix, puisqu’il avait précédemment doublé Yazan Gable et Chibodee Crocket), et Paet par Hiroaki Hirata (qui, depuis, a assumé les rôles de Sanji Vinsmoke dans One Piece et de Sha Gojyo dans Saiyûki).

Bref, avec toutes ces énormes qualités, le jeu reçut un accueil critique des plus enthousiastes, la plupart des testeurs occidentaux de l’époque lui pardonnant sans problème son principal défaut: sa durée de vie, inférieure à 20h même en prenant son temps pour le terminer à 100%. Les commentaires étaient dithyrambiques, les appréciations élogieuses, les notes au sommet… et le jeu fit un bide en dehors du Japon (sans être un énorme succès là-bas non plus, avec des ventes environ trois fois inférieures à celles de l’épisode II). Même si c’est un peu malhonnête de dire ça.

Déjà, on l’a vu, le contexte était tout sauf favorable du côté de Sega, principalement accaparé par l’idée de tourner la page avec la Dreamcast. Ensuite, faut-il le rappeler, la concurrence éclipsait totalement tout ce qui pouvait sortir sur Saturn: la N64 prenait peu à peu ses marques (tout le monde attendait avec impatience le prochain Zelda), la PlayStation continuait de cartonner (on était alors en plein dans l’âge d’or de la machine), et plus personne n’avait rien à cirer de la 32bits de Sega; à part ceux qui la possédaient, et ils n’étaient clairement pas assez nombreux, côté ouest, pour espérer de bonnes ventes de jeux.

Du coup, prévoyants, les pontes occidentaux de Sega (en Amérique du Nord comme en Europe) n’en avaient pas tiré énormément d’exemplaires (et ont même joué de ce faible tirage sur leur com’ publicitaire). De fait, il prit rapidement, avec la mode du retrogaming, une cote assez fat: si on pouvait le trouver à 100Fr neuf en supermarché en 1999 (véridique), il était vendu dès le début des années 2000 autour de 100€ en occasion (de nos jours, il faut parfois compter jusqu’à cinq fois plus pour un exemplaire mint complet). Ce qui en a fait rétrospectivement un des investissements vidéoludiques parmi les plus rentables sur son format (mais quand même très loin derrière la mythique version européenne de Kizuna Encounter sur Neo Geo AES).

Selon le développeur Yukio Futatsugi, le code source du jeu a été perdu en cours de route, rendant improbable tout éventuel portage sur d’autres machines. Parce que, évidemment, comme l’épisode II, Panzer Dragoon Saga n’a jamais quitté le format Saturn à l’époque. Et c’est très dommage, car il s’agit certainement de son meilleur RPG, et peut-être du meilleur RPG de cette génération de consoles (même si ça, ça n’engage que moi). Après, on peut toujours espérer un remake, un jour (ce ne serait d’ailleurs pas un mal, vu que la 3D de cette époque a super mal vieilli).

Quant-à la Team Andromeda, fondée pour développer le premier Panzer Dragoon, elle ne survécut pas à la fin de la Saturn: dissoute après la sortie de Panzer Dragoon Saga, ses membres furent répartis au sein de diverses équipes, dont une qui accueillit la majorité d’entre eux: Smilebit. On lui dut, en 2002, Panzer Dragoon Orta, sur XBox; lequel devait être le dernier épisode de la saga, mais c’est une autre histoire.

Au revoir; à bientôt.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s