The Cloverfield Paradox

S’il était à peu près certain qu’un film « Cloverfield » allait sortir cette année, ni la date, ni ses modalités de diffusion n’avaient été annoncées (et je ne parle même pas du pitch). Aussi est-ce quasiment par surprise qu’on a vu poper sur le Netflix européen The Cloverfield Paradox, hier. Juste après une diffusion de trailer lors du Super Bowl.

C’est la merde sur Terre: les pénuries énergétiques ont attisé les tensions internationales, au point que la Russie est à deux doigts de balancer son arsenal nucléaire sur le monde occidental. Dernier espoir de l’humanité: la station orbitale internationale Cloverfield est en train de tester une nouvelle technologie expérimentale qui devrait pouvoir résoudre miraculeusement tous les problèmes terriens. Sauf qu’elle nous fait un Event Horizon.

À première vue, on aurait l’impression que, comme le deuxième épisode (qui n’avait rien à voir avec le premier), ce troisième opus enfoncerait le clou dans l’optique de la « série d’anthologie » plutôt que celle des séries de suites/préquelles/spin-off (très privilégiées ces derniers temps pour bon nombre de franchises cinématographiques; même si ça n’a rien de nouveau, vu qu’on pourrait citer pas mal d’exemples datant d’il y a plus de trente ans).

Sauf que non. Et je ne comprends toujours pas pourquoi. Parce que partir sur un thriller à huis-clos spatial sur fond de crise globalisée, OK. Ça déjà été beaucoup fait (surtout en littérature), mais pourquoi pas, après tout. Mais alors, pourquoi avoir littéralement forcé le lien avec l’attaque du kaiju du premier épisode???

Oui, forcé, parce que l’ajout de scènes terriennes, déjà n’apporte rien, mais surtout brise totalement le rythme du film: on est dans l’espace, dans une station où une expérience qui a mal tourné donne lieu à des phénomènes étranges et mortels. Qu’est-ce qu’on en a foutre de savoir ce que fait le mari de l’héroïne sur Terre au même moment, près de New York?

Et surtout, ces passages semblent tellement arriver comme un cheveu sur la soupe qu’ils fleurent bon les scènes tournées en urgence au moment de la post-prod’ parce qu’un producteur voulait impérativement qu’il y ait un lien avec le premier épisode. C’est d’autant plus flagrant qu’à la base, le film n’était PAS censé être un Cloverfield, mais un film intitulé « God Particle«  (paie ton intégration à l’arrache).

Une connexion « chronologique » complètement artificielle, donc: le monde du premier Cloverfield, celui en found footage, n’a rien d’un monde en crise énergétique, de ce qu’on en peut en voir (même si, OK, c’est vrai, les personnages ont l’air d’appartenir à une classe privilégiée). On n’est clairement pas dans le même monde, mais  un (ou plusieurs) gus a estimé qu’il était nécessaire d’utiliser CE film pour expliquer l’arrivée du kaiju.

C’est non seulement complètement con, mais en plus, ça n’explique rien, en fait: l’expérience tourne mal, on a des gros problèmes d’ordre dimensionnel, etc., mais l’explication scientifique du truc, c’est « on konpren pa, c la fote a la clim mdr » (paie ton intérêt). Si les fans du premier épisode tenaient réellement à en savoir plus sur l’origine de la bestiole, ça n’aurait pas été plus pertinent, je ne sais pas, moi, de faire un court métrage, qui se passerait dans le bon monde? Ou mieux, un truc genre docu-fiction sur l’écosystème de la planète d’origine de la bête?

D’ailleurs, il y avait VRAIMENT besoin d’une explication? Je veux dire, les spectateurs sont-ils réellement si cons qu’ils en sont incapables d’élaborer eux-mêmes des théories sur les non-dits d’un scénario? D’autant que, merde, c’est un peu le principe d’un found footage que de garder une part de mystère… Ça valait vraiment le coup de tordre un film dans une direction qui n’était manifestement absolument pas la sienne, juste pour ça?

Parce que du coup, ça amoindrit sérieusement sa qualité, qui n’est déjà pas folichonne à la base, même quand on fait abstraction des passages sur Terre. En fait, on dirait juste un épisode de série TV de SF low cost en version rallongée. Le jeu des acteurs est juste fonctionnel, les twists se grillent à 20km, le TGCM tourne à plein régime et rien de ce qu’on peut voir dedans ne présente la moindre originalité tellement tout y a déjà été vu mille fois.

Monde futur en crise globale? Check. Équipe d’élite envoyée dans l’espace pour résoudre le problème? Check. Héroïne partie loin de chez elle suite à un drame familial? Check. Persos enfermés dans un environnement spatial hostile? Check. Monde parallèle avec des divergences qui vont amener certains persos à se questionner? Il y a eu une série entière là dessus. Et si, encore, il y avait une certaine originalité dans la manière de filmer… mais même pas, on a une majorité de plans qui ont été littéralement copiés-collés (sur les Aliens, les films de Carpenter, etc.). En fait, c’est con à dire, mais la seule originalité du film, c’est l’introduction forcée du kaiju. Donc son plus gros défaut.

Ce troisième épisode est donc pour l’heure le premier mauvais film de la franchise, la première fausse note (alors qu’en plus, le casting était bon; histoire de retourner un peu plus le couteau dans la plaie). Ce qui en fait donc une putain de déception, d’autant plus amère que ç’aurait pu faire un film de série B sans prétention ni originalité mais correct et sympa, s’il n’y avait eu cette tentative obsessionnelle de le placer sous l’égide du premier Cloverfield.

Au revoir; à bientôt.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Tu peux supprimer le commentaire d’avant plz ? 😉 pas fais avec le bon compte (thx) !

    Assez d’accord avec toi dans l’ensemble. On l’a vu aujourd’hui.
    On a pas passé un mauvais moment, mais on a trouvé au final l’héroine complétement effacée voir inutile, une blinde de cliché pompé en effet à Alien et des ficelles grosse comme mon cul…
    Et oui, le Kaiju Final j’ai pas compris du tout ! Mais why? ça n’a rien à voir avec le premier film !

    A la limite, j’étais plus pret à faire un lien avec le deuxième film et l’arrivée inopiné des extraterrestre (ce qui en plus aurait souligné le petit coté bunker sur terres). On sait pas grand chose du monde dans cloverfield lane, ça se trouve c’était la grosse memerde energetique (même si j’ai quand même un gros doute), et le paradox aurait amené les armés de l’espace détruire la planète…
    Enfin déjà mon scénario aurait eu un minimum plus de cohérence que le Kaiju de fin qui… non, bah non !!
    Limite, ça aurait juste été plus logique un bon vieux monde en guerre sans plus de délire…

    Mais sinon le film se regarde bien ^^ je reviendrais pas forcément dessus et n’en aurait pas un bon souvenir non plus !

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    1. tommyloser dit :

      Supprimé le message de trop. ^^

      Pas con pour la connexion possible avec le deuxième film; dommage que les scénaristes n’aient pas privilégié cette possibilité par rapport à l’autre.

      Enfin, à mon avis, la meilleure solution aurait été de traiter tous les films comme totalement indépendants les uns des autres, avec pour seule connexion le nom « Cloverfield » casé quelque part dans le contexte. Comme dans une vraie série d’anthologie, quoi. :/

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