Black Panther

C’est aujourd’hui une date à marronnier, mais il se trouve qu’hier, je suis allé à l’avant-première de Black Panther. Ce qui tombe plutôt bien, vu que je n’avais pas d’idée (et puis bon, il y a quand même une petite romance dans le film, donc c’est un peu raccord).

Après les événements de Captain America: Civil War, T’Challa, le Black Panther, s’en retourne dans son pays africain natal pour en devenir le roi. Las, Ulysses Klaue (qu’on avait rapidement vu dans Avengers: Age of Ultron) continue de trafiquer du vibranium wakandais, métal rare aux propriétés énergétiques plus qu’intéressantes. Le malandrin étant par ailleurs directement responsable d’un certain nombre de morts au Wakanda, la première mission que se fixe le Black Panther est de le mettre hors d’état de nuire. Sauf qu’un fantôme du passé de son père refait surface pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Narrativement parlant, le film retourne une approche classique de récit colonial: la « cité perdue » isolée du monde mais brillante (ici par sa technologie) découverte par des aventuriers occidentaux (ici un seul, pas vraiment aventurier d’ailleurs, l’agent Ross), montrée dans le cas présent du seul et unique point de vue wakandais. Ce qui explique pourquoi, si la question de l’ouverture au monde est centrale, l’intrigue tourne principalement autour de questions politiques et de jeux de pouvoir internes au Wakanda, dans lequel Ross, s’il y joue bien un rôle, demeurera cependant relativement secondaire (j’ai même bien envie de dire qu’on aurait totalement pu se passer de lui et le faire remplacer par une IA au « moment clé » de la bataille finale).

Visuellement, le film est franchement pas mal, même s’il faut bien dire que, comparé à ce qu’on a pu voir dans Dr Strange, les SFX sont moins tape-à l’œil et impressionnants. Il n’empêche que les scènes d’actions et plus particulièrement les combats sont fort correctement filmés et bien chorégraphiés (mieux que dans la majorité des films du MCU).

L’écriture et la direction d’acteurs suivent à peu près le même chemin: on a un film qui a une certaine identité au sein d’un univers où elle risquait de se noyer (comme Ant Man). D’ailleurs, niveau cohérence générale par rapport à cet univers, l’isolement géographique du Wakanda, ainsi que le côté « interne » de la crise décrite, expliquent dans une certaine mesure le fait que les autres super héros Marvel ne soient pas de la partie (on est donc loin de Iron Man 3, Captain America: Le Soldat de l’hiver ou Thor: Le Monde des ténèbres). Même si l’absence de Captain America, compte tenu de la fin de Civil War, est un peu étonnante.

Surtout, et une fois n’est pas coutume, le principal antagoniste est consistant. Killmonger, incarné par Michael B. Jordan (aucun lien), a des motivations qui non seulement sont crédibles et logiques, mais surtout ont un écho important: écœuré de voir qu’un pays aussi avancé que le Wakanda a choisi la réclusion, il part du principe qu’un interventionnisme extérieur direct est nécessaire, quitte à faire un usage démesuré de la violence pour parvenir à ses fins.

Bref, on a un casting qui fait très bien son job, une écriture qui fait très bien son job, une photographie qui fait très bien son job, plein d’autres trucs qui font très bien leur job… Bon film du MCU, donc? Alors oui, effectivement. Mais il y a quand même un souci, et il tient principalement à la com’ autour du film.

L’accent y a été en effet fortement placé sur l’aspect africain de la localisation du royaume fictif du Wakanda, en insistant sur le fait qu’il s’agit du premier film nord-américain de ce siècle à mettre en scène un super-héros africain sur son propre continent en personnage principal. L’ennui, c’est que, à l’exception de peut-être deux ou trois stock-shots (et encore, je n’en suis même pas certain), rien n’a été tourné sur le continent africain.

Ça n’a rien de bien nouveau, me direz-vous, et vous aurez raison: cela fait des décennies qu’Hollywood nous produit à la chaîne des films censés se dérouler en Afrique ou au Moyen Orient, et en réalité tournés en Californie ou en Andalousie. D’autant que le fait que le Wakanda soit une nation fictive permet d’excuser son aspect factice (vu qu’on est dans le même genre perspective que pour L’Atlantide de Jacques Feyder).

Même chose pour le casting, d’ailleurs: la majorité des acteurs principaux du film sont nés sur le continent américain plutôt qu’en Afrique (à quelques exceptions près), mais combien de Français, d’Allemands ou d’Espagnols ont été incarnés au cinéma par de braves Américains?

Sauf que, du coup, la com’ autour du film laisse clairement une impression désagréable d’hypocrisie mâtinée de condescendance vis-à-vis de son objet: on montre une Afrique fictive et fantasmée pour la glorifier, mais on ne va pas y mettre les pieds, ni aller recruter ses acteurs à Nollywood. Alors que le son de cloche a été bien différent quand il s’est agi d’aller tourner des scènes en Corée du Sud.

Comprenons-nous bien: j’ai parfaitement conscience que le film s’adresse avant tout à un public nord-américain (avant de lorgner sur les marchés européens et asiatiques). De fait, il n’est pas illogique que la prod’ ait tout mis en œuvre afin que ce public (surtout le public afro-américain) retrouve ses marques. Et de ce point de vue, le film est une réussite: on y retrouve l’essentiel des enjeux qu’on aurait été en droit d’attendre d’une fiction estampillée de ce nom.

Sauf que ça se fait aux dépends des identités africaines, reléguées à un vague décorum d’influences diverses, tandis que la com’ des producteurs et du staff du film entend prétendre, au contraire, les valoriser. Je crains qu’à plus ou moins long terme, ce ne soit dommageable à un film qui, pris pour lui-même ou en tant qu’élément d’une franchise cinématographique, s’avère plutôt bon. Après, si ça peut encourager ne serait-ce qu’un spectateur sur 10000 à s’intéresser, même superficiellement, aux cultures africaines, c’est toujours bon à prendre.

Au revoir; à bientôt; et joyeuse Saint-Valentin.

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