Legend of the Galactic Heroes – Mobilization

Un post qui arrive avec quasiment trois mois de retard (le roman est sorti au début du mois de décembre 2017), mais bon, mieux vaut tard que jamais, pas vrai? Et puis je fais ce que je veux de toute façon. Ah, oui, évidemment, il y a du spoil (mais j’imagine que si ce titre vous intéresse, c’est que vous avez déjà vu les séries d’OVA; donc en fait, vous connaissez déjà les grandes lignes).

Dans Stratagem, nous avions laissés le duc Reinhard von Lohengramm et sa flotte après la prise presque sans coup férir de la nation neutre de Phezzan. Sachant que cette dernière était l’un des deux verrous barrant l’accès de l’Empire à l’espace allié, les politicards de Heinessen, capitale de la Free Planets Alliance, commencent à souiller leurs chausses et s’activent en urgence pour accueillir comme il se doit leur pire ennemi. Yang Wen-li, de son côté, apprête sa flotte pour quitter la forteresse d’Iserlohn, afin d’aller affronter son alter-égo impérial.

Voici donc la préparation et le déroulement de LA grande bataille qui doit décider du sort de la galaxie; celle qui doit opposer les deux plus grands stratèges et tacticiens de leur temps; celle qui doit déterminer qui, de l’autocratie impériale ou de la « démocratie » de l’Alliance, va remporter cette guerre. Et c’est un peu un pétard mouillé. Enfin, non, pas tout à fait. Je m’explique. Et je spoile.

Les deux premiers tiers du roman sont un gros build up de cet affrontement attendu, avec ce que ça entend de préparation stratégique: loin de ses bases, la flotte impériale doit composer avec une logistique et un ravitaillement compliqué, ce que Yang Wen-li et ses alliés tentent d’exploiter à leur avantage. Lorsque les combats commencent, les forces (au départ en faveur des impériaux) se sont peu ou prou équilibrées, et Yang mène tactiquement la danse. Sauf que la bataille de Vermillion s’interrompt brutalement par la capitulation de Heinessen, et ce alors que le vaisseau amiral de Reinhard est directement menacé par la flotte alliée. Au final, le duel, quasiment gagné sur le « terrain » par Yang Wen-li, est politiquement perdu du fait d’une manœuvre de Hilda von Mariendorf et Wolfgang Mittermeier.

Un dénouement insatisfaisant pour tous, côté vaincu comme côté vainqueur (il est impossible pour Reinhard de se satisfaire de ce triomphe sans gloire victorieuse). De fait, même si l’Alliance n’est plus désormais qu’une coquille vide inféodée à un gouverneur impérial, l’histoire de ce conflit est loin d’être terminée (en même temps, on n’est qu’à la moitié du cycle de romans). D’autant qu’un certain nombre de subordonnés de Yang continuent de trainer dans la nature. Parmi ceux-ci, un Julian Mintz bien décidé à tirer au clair les intentions du culte terrien, lequel a brillé dans ce volume par son absence.

Surtout, la fin officielle du conflit entre l’Alliance et l’Empire est l’occasion pour les deux antagonistes principaux de se rencontrer pour la première fois en personne et non par flotte de guerre interposée. Et cette rencontre est l’occasion de mettre en évidence leurs ressemblances tout autant que leurs dissemblances, dans une forme de fraternisation martiale. Deux brillants stratèges et tacticiens, audacieux et fins analystes, l’un dévoré par l’ambition et le chagrin, l’autre jouant les Cincinnatus modernes et n’attendant que l’occasion de profiter d’une retraite bien méritée en compagnie de sa future épouse.

Mobilization se caractérise par un accent fortement placé sur les combats, davantage que ses prédécesseurs. Pourtant, c’est par une manœuvre, certes menaçante, mais pratiquement sans coup férir, que l’Empire emporte la victoire, et dans la foulée l’Alliance, Phezzan (même si c’était déjà le cas dans le volume précédent pour celle-ci) et les derniers résidus du gouvernement des Goldenbaum (la dynastie abdique finalement en faveur du jeune duc Lohengramm, lui léguant le titre impérial).

Davantage que la défaite de la démocratie, le triomphe de Reinhard est avant tout celui de la jeunesse, de l’audace et du talent libérés de leurs contraintes (il a les pleins pouvoirs sur l’Empire depuis Ambition), sur des régimes minés par une corruption et un népotisme inhérent à tout système politique vieillissant, aux principes hypocrites érigés en dogmes que les élites s’avèrent incapables de s’appliquer à elles-mêmes.

Côté allié (puisque c’est principalement ce dont il est question dans ce volume), c’est en grande partie la direction calamiteuse de Job Trünicht qui a mené le régime à sa perte, même si la responsabilité est collective, « démocratie » oblige. Les élites politiques peuvent être incompétentes, corrompues, motivées par des principes dont elles ne comprennent ni les tenants ni les aboutissants, elles tiennent cependant leur pouvoir de leur légitimité élective; légitimité dont elles ont abusé jusqu’à la destruction du système qui les avait portées au pouvoir. Du désastre d’Amritsar à la capitulation, toute cette partie de l’histoire de l’Alliance s’avère être une suite de décisions au mieux hasardeuses d’une poignée de dirigeants soit incapables de comprendre ce qui leur arrivait, soit persuadés que, quoi qu’il arrive, ils tireraient leur épingle du jeu, voire profit de la situation (ce qui est le cas de Trünicht).

La chose est parfaitement résumée par l’amiral Bucock: « They preach democracy yet make no efforts to protect it. Even its people have relinquished politics to fewer and fewer hands and have stopped trying to shape the state altogether. The collapse of a despotic government is the sin of its ruler and senior statesmen, but the collapse of a democracy rest on the shoulders of every citizen. Although you’ve had any number of chances to run from your seats of power legitimately, you’ve chosen to abandon your authority and responsability by selling yourselves over to a rotten politician. »

Il y a d’ailleurs un parallèle intéressant à dresser entre les deux camps à la fin de la bataille de Vermillion, puisque les incarnations des deux gouvernements sont directement menacées. L’une continue le combat tandis que l’autre préfère la capitulation. L’aspect le plus paradoxal de la chose étant que, tout bien considéré, l’Alliance aurait pu survivre à la destruction de Heinessen: c’est une démocratie, quand les dirigeants sont hors course, on en élit d’autres. Tandis que l’Empire aurait eu le plus grand mal à se remettre de la disparition de Reinhard (on imagine aisément les conflits internes qui auraient éclaté sans sa figure dominatrice), Trünicht (et sa clique) n’était qu’une pièce remplaçable dans un système largement capable d’en produire d’autres du même acabit.

C’est donc quelque part la lâcheté qui a offert la victoire à un homme audacieux de plus en plus suicidaire. Ou la loyauté: Yang Wen-li aurait très bien pu ignorer les ordres et continuer le combat, sacrifiant la capitale à la victoire finale. Mais il est vrai qu’à ses yeux, limiter le nombre de pertes humaines constitue un objectif prioritaire sur tous les autres.

À l’instar de Ambition, la conclusion de Mobilization marque un tournant majeur dans l’histoire (elle correspond à celle de la deuxième partie de la série d’OVA), signifiant la fin des deux principales « nations » refondues dans un nouvel ordre galactique, celui de la dynastie Lohengramm. Le triomphe de Reinhard, désormais empereur de plein droit, est cependant amer: Siegfried n’est plus et Annerose s’est retirée de la vie publique; or, c’était avec eux qu’il aurait souhaité le célébrer. Et si les oppositions se sont tues pour le moment, elles n’ont néanmoins pas disparu.

Suite au printemps prochain.

Au revoir; à bientôt.

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