Mobile Suit Gundam: Char’s Counterattack a 30 ans

En 1988, Gundam était depuis un petit moment déjà considéré comme un monument de la SF japonaise. Si la première diffusion de la série de 1979 n’avait pas rencontré un franc-succès, les rediffusions, les résumés au ciné et sa suite Z Gundam avaient catapulté la franchise aux sommets. Las, en 1986 devait sortir Gundam ZZ, série à scénarisation aléatoire réalisée dans des circonstances… disons particulières: Yoshiyuki Tomino avait été écarté du projet et il avait été arbitrairement décidé de « rajeunir » le public. Conséquence: après des débuts d’une hallucinante débilité et des audiences en berne, Tomino fut rappelé en urgence pour tenter de sauver les meubles. Ce qu’il fit dans la mesure du possible (et démontre au passage que le monsieur avait encore bien du talent à l’époque), mais le mal était fait: Gundam ZZ est encore considérée de nos jours comme l’une des pires séries de la saga. Que faire, donc, pour conclure cette période de l’Universal Century après cette calamité? La réponse est dans le titre.

UC 0093: Neo-Zeon, que l’on croyait vaincu après la mort de Haman Karn à la fin de Gundam ZZ (ce qui vous épargne le visionnage de la série; ne me remerciez pas), revient en force sous la houlette d’un fantôme de la Guerre d’Un An: Char Aznable. Bien décidé à mettre un terme à l’hégémonie de la Fédération sur les colonies spatiales, il décide un beau matin que la source du problème tient à la nature terrienne dudit gouvernement: rendre la Terre inhabitable et forcer ainsi ses populations à émigrer dans l’espace permettrait donc de le résoudre (en théorie). L’organisation militaire Londo Bell, reconnue par le gouvernement fédéral et qui comporte dans ses rangs des vétérans de la Guerre d’Un An (dont Amuro Ray et Bright Noa), ne l’entend évidemment pas de cette oreille: elle s’oppose donc à Neo-Zeon quand ce dernier tente de faire s’écraser une météorite sur Lhassa, QG des forces fédérales. Avant que Char ne décide de passer à la vitesse supérieure.

Adapté du roman éponyme de Tomino de 1987 (sous-titré Hi-Streamer; à ne pas confondre avec Beltorchika’s Children, sorti l’année du film et actuellement en cours d’adaptation en manga), il s’agit en effet d’un des rares longs métrages animés de la saga a avoir apparemment été conçu dès l’origine du projet en format non-sériel (contrairement aux films résumés de Gundam, Gundam 0083 & Z Gundam, ou encore Gundam F91, qui devait à l’origine être une série qui n’a jamais vu le jour, et ça se sent).

Pour l’occasion, la Sunrise avait mis les petits plats dans les grands: la réalisation est particulièrement bonne (si bien que rien ne choque visuellement de nos jours) et le mecha-design est un des meilleurs de la franchise. Il est signé Yukata Izubuchi, qui avait à son actif pas mal de travaux sur des tokusatsu (Bioman, Flashman…) et déjà alors un certain nombre de mecha-designs d’anime derrière lui (sur Yamato III, Xabungle, Dunbine…). Char’s Counterattack n’était d’ailleurs pas son premier travail sur Gundam, puisqu’on lui devait le design d’un certain nombre de MS de Neo-Zeon dans Gundam ZZ (Dreissen, Hamma-Hamma, Bawoo, Galluss-J, R-Jarja…).

On retiendra évidemment le ν-Gundam d’Amuro, mais surtout ses nouveaux MS de Neo-Zeon, particulièrement le Sazabi de Char et les deux Jagd Doga. L’unique Mobile Armor du film, l’α-Azieru, est lui aussi plutôt classe dans son genre (même s’il a quand même moins de gueule que d’autres). Une curiosité, également, avec un Zaku sous forme d’appareil de plaisance, cas rare dans l’ensemble de la saga.

Côté musical, enfin, si les « background musics » ne sont pas particulièrement exceptionnelles dans l’ensemble, le thème final composé par le groupe de synth-pop/new wave TM Network est lui resté dans les mémoires (au même titre que le générique de fin qu’ils avaient composé pour City Hunter): Beyond the Time incarne à lui seul l’identité musicale du film.

Cependant, si Char’s Counterattack a effectivement plus de qualités que la majorité des autres longs métrages de la saga, il n’est clairement pas exempt de défauts rédhibitoires. Dont sa fin, que je ne spoilerai pas mais qui s’avère relativement décevante (et pas foncièrement cohérente, en plus). D’autant plus décevante qu’elle ne se contentait pas seulement de conclure le film: elle devait clôturer (jusqu’à la sortie de Unicorn) toute une époque de l’UC, à savoir celle des guerres contre Zeon et ses héritiers. Ce qu’elle fait de manière… discutable.

Néanmoins, le principal souci du film tient à quelques-uns de ses personnages. L’écriture de Char est problématique (un défaut récurrent chez Tomino), par l’exposé de ses motivations profondes qui, présenté ainsi, est assez ridicule (surtout après ce qu’on a vu dans Z-Gundam avec le même perso). Ce n’est cependant rien à côté de Quess et Hathaway, deux gigantesques têtes-à-baffes dont l’existence même est très regrettable et dont la présence ne sert guère qu’à pourrir la situation.

Enfin… c’est un film qui ne se suffit pas vraiment à lui-même: il est a priori pratiquement impossible d’en saisir les tenants et aboutissants sans rien connaître de la franchise. Ce qui implique d’avoir vu, au moins, les films résumés de Gundam et Z Gundam avant (ou dans l’idéal, les trois séries TV; même si on peut quand même faire l’impasse sur la première avec les films; seul cas de réel apport de plus-value par rapport à l’œuvre d’origine dans toute l’histoire des films résumés des séries TV Gundam, d’ailleurs).

Toutefois, on parle de Gundam, une franchise qui a bercé l’enfance de millions de Japonais, et Char’s Counterattack a donc sans problème trouvé son public à l’époque et même après. Il nous aura cependant fallu plus d’une douzaine d’années avant de le voir débarquer en France (après les USA), chez Beez, qui a depuis cessé ses activités éditoriales.

Il n’est donc plus officiellement commercialisé chez nous de nos jours, ce qui pourrait éventuellement changer à l’avenir. @Anime a récemment édité en Blu-Ray Z Gundam & Gundam ZZ, entre autres animés de la franchise; aussi la sortie du Blu-Ray de Char’s Counterattack n’en serait que la suite logique. Toutefois, aucune annonce n’ayant été officiellement faite en ce sens, la prudence reste, encore et toujours, de mise. Sachant qu’il faut aussi tenir compte du manque flagrant de succès de Gundam en France (contrairement à l’Italie; je suis né du mauvais côté des Alpes, en fait). Les impatients peuvent se rabattre sur l’import ultramarin ou sur l’édition italienne de Dynit (qui a le mérite d’être vraiment pas chère, en plus).

Au revoir; à bientôt.

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