Annihilation

Annihilation est un film qui, déjà, n’a rien à voir avec la série de comics du même nom, mais surtout dont je n’attendais rien. Et pour cause: à l’instar de The Cloverfield Paradox, il a popé hier directement sur le catalogue européen de Netflix (un peu moins d’un mois après sa sortie en salle aux USA), sachant que niveau com’, en France, ça a été à peu de choses près inexistant.

Lena est une biologiste universitaire qui a quitté l’armée américaine quelques années auparavant, tandis que son époux, Kane, continuait, lui, ses activités militaires, la plupart du temps marquées du sceau du secret. Sauf que ça fait environ un an qu’il a disparu, et qu’il réapparaît d’un coup, chez elle, dans un état… pas tout-à-fait normal. Pris en charge par l’armée, ils sont transportés dans l’avant-poste de l’Area X, chargé de surveiller et analyser un phénomène fort étrange: une météorite, qui s’est écrasée quelques années plus tôt sur un phare, a provoqué l’apparition d’une membrane scintillante en constante expansion. Or, nulle personne l’ayant traversée n’en est jamais revenue. À l’exception de Kane. De fait, le Dr. Ventress monte une énième expédition pour tenter de découvrir ce qui s’y trouve, y adjoignant Lena à la dernière minute.

Adaptée d’un roman de Jeff VanderMeer qui a remporté le prix Nebula en 2014 (mais que je n’ai pas lu), l’histoire se propose de suivre un quintet de femmes de science confrontées à des situations « impossibles » qui exacerbent leurs propres névroses. Car on réalise bien vite que, si elles se portent volontaires pour une mission suicide, c’est qu’elles ont leurs raisons personnelles, pas nécessairement rationnelles. Ventress montre ainsi un flagrant manque d’empathie et fait de la recherche du phare, épicentre du phénomène, une quête égoïste obsessionnelle quasi-morbide. Lena, elle, est taraudée par la curiosité, mais aussi et surtout s’interroge sur les motivations qui ont pu pousser son époux aimant et apparemment heureux à se porter volontaire pour une mission dont il était pourtant hautement improbable qu’il revienne jamais.

Après, les intentions sont une chose et la réalisation une autre. Et elle est très bonne (en même temps, c’est Alex Garland aux commandes, le contraire aurait été très étonnant). Esthétiquement, le film est superbe, que ce soit au niveau des éclairages ou des décors qui donnent l’impression permanente, après franchissement de la membrane, qu’on se trouve sur une autre planète. La végétation, au sens large, a fait l’objet d’un soin artistique particulier, participant très fortement à l’identité visuelle du film, associée à une luminosité étrange, qui donnent à l’ensemble un effet d’irréalité ambiante.

Le bestiaire, bien qu’à deux exceptions près assez discret, est magnifiquement designé, faisant dériver des espèces terrestres bien connues vers des formes évolutives improbables, certaines particulièrement glauques. Le spectateur se retrouve de fait régulièrement confronté à des situations super creepy où, dans un décor bucolique et exotique, apparaissent quelques éléments très dérangeants; un peu comme si Avatar et Alien avaient décidé de se marier avec comme officiant Die Farbe et comme témoins The Thing et Nausicaä.

Le film, dans son ensemble, est traversé par un symbolisme mâtiné d’inquiétante étrangeté: un village abandonné où poussent des arbustes de forme humanoïde, une base désaffectée au contenu des plus flippants, une plage littéralement marquée par la mort et la renaissance sous une forme totalement étrangère à la vie terrestre (et en même temps si proche de l’humain qu’elle tente de singer). Bref, sur ce plan, le film est une vraie réussite.

Il est aussi servi par un casting de haut vol, avec Natalie Portman dans le rôle principal, Jennifer Jason Leigh dans le rôle du Dr. Ventress et une Tessa Thompson méconnaissable dans le rôle d’une timide physicienne tout juste sortie de ses études doctorales. Gina Rodriguez et Tuva Novotny, incarnant les deux autres personnages féminins forts du film, ne sont pas en reste, bien qu’il soit principalement porté par Natalie Portman. On en oublierait presque les personnages masculins, réduits soit à un rôle quasi-impersonnel d’interrogateur (Benedict Wong), soit à un rôle d’amant relativement détestable (David Gyasi), soit à un rôle de McGuffin (Kane, incarné par Oscar Isaac, ne constitue pour ainsi dire que la motivation principale de Lena). Enfin, il faut bien entendu citer Sonoya Mizuno, qui passe quasiment inaperçue à visage découvert, mais dont la prestation « en costume » est particulièrement marquante.

Bref, Annihilation est une réussite, et on n’en attendait pas moins d’Alex Garland, qui a de plus bénéficié d’un très bon casting. Mon seul regret, quelque part, est de ne pas avoir pu le voir en salle, vu qu’il ne sera vraisemblablement jamais diffusé dans les cinémas français (ou d’autres pays européens): il n’y a apparemment pas d’exploitation en salle prévue ailleurs qu’aux USA, au Canada et en Chine (où c’est la Paramount qui s’est chargée de la distribution). La faute à des retours calamiteux en projections test (sérieux, les critiques pro, vous avez de la merde dans les yeux ou quoi?).

Au revoir; à bientôt.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Laisse moi te corriger, mais le film a un très gros apport médiathique a base d’affiche géante un peu partout dans les métros parisiens (j’y suis passé cette semaine ^^)

    J’ai vu hier et… autant j’ai adoré l’esthétique, le jeu des actrices et le mystère autour de tout l’univers…
    Autant j’ai eu l’impression d’un manque en terme de contenus…
    Certaines scènes n’ont pour ainsi dire pas d’explication, voir pas réellement de sens : les 4 jours disparus du début d’expédition, le gars qui s’est fait ouvrir le bide répendu sur le mur, ok mais… euuh… what else?
    l’explication du miroitement qui modifie l’adn balancé comme ça pouf et puis on passe à autre chose…
    la fin racontée finalement du point de vue de la survivante (qui n’est pas celle qu’on croit) ou on se demande ce que l’armée fout, s’ils ont fait des analyses sanguines (voir des tests adn pitetre) pour voir qu’il y’avait quand même un truc qui clochait grave…
    Et puis, la faune, au finale trop discrète… On ne voit pas un seul insecte o_O

    Après, j’ai grave apprécié, mais quelques petits manque qui font que j’aurais grave préféré le voir en série, plus développé 🙂
    on va lire les bouquins pour le coup ^___^

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    1. tommyloser dit :

      Possible, je ne vais plus à Paris: trop près du Cercle Polaire. C’était avant ou après la sortie sur Netflix? Parce que depuis quelques jours, j’ai vu plusieurs pubs à son sujet, alors qu’avant la sortie, que dalle (c’était dans ce sens-là que je reprochais le manque de com’ en amont). Juste quelques news sur des sites spécialisés (surtout pour relayer que les projections tests avaient des retours décevants, donc pas tellement pour encourager à aller le voir). :/

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