Le Secret des Marrowbone

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Il arrive parfois qu’on aille voir un film juste pour ses têtes d’affiche, sans vraiment se renseigner sur ce dont il sera question (en même temps, vu la tronche de certains résumés… bref). Ça a été mon cas pour Le Secret des Marrowbone, que j’ai décidé d’aller voir dès le moment où j’ai appris que le film réunissait Anya Taylor-Joy (brillante dans The Witch) et Charlie Heaton (très bon dans Stranger Things), mais dont je ne savais pas vraiment de quoi il parlait (juste qu’il était considéré comme un film d’horreur). Et du coup…

À la fin des années 1960, Jack et sa fratrie déménagent dans la maison d’enfance de leur mère, avant d’abandonner leur patronyme pour son nom de jeune fille, Marrowbone. Ils y rencontrent Allie, fille de la ferme voisine, à laquelle ils se lient très rapidement (surtout Jack). Las, leur mère, de santé fragile, succombe à la maladie, les laissant livrés à eux-mêmes, dans une maison de plus en plus inquiétante.

Le film a reçu un accueil critique assez froid, et je ne comprends pas vraiment pourquoi. Enfin, si, j’imagine bien que les gens en mal de teen-horror-movies à jumpscares ont pu être déçus si on leur a vendu le film comme ça. Parce que, si le film joue bien avec les codes du film de « maison hantée » il reste avant tout un drame familial doublé d’un thriller à tendance fantastique.

Jusqu’au début de son dernier quart, le film va d’ailleurs jouer sur cette corde fantastique et laisser le spectateur dans une relative incertitude quant-à la nature des phénomènes auxquels les personnages sont confrontés. Avant de trancher définitivement (OK, je ne spoilerai pas).

Mais ce sont surtout les difficultés d’ordre social (et psychologique) qu’ils rencontrent qui importent: la mort de leur mère impliquerait qu’ils soient séparés si la chose venait à être révélée, raison pour laquelle ils la dissimulent autant que possible, vivant dans une isolation quasiment complète. Seul Jack se rend en ville pour se réapprovisionner (et voir Allie), tandis qu’ils n’ont pour seules visites que celles, impromptues, d’un emmerdeur d’avocat; une des rares personnes à connaître la vérité sur leur père.

Ce dernier, incarné par Tom Fischer, n’est pas un gentleman. En fait, c’est même un putain de psychopathe, l’unique cause qui a provoqué leur fuite de Grande-Bretagne et l’abandon de leur nom. Censé être mort, les Marrowbone soupçonnent son spectre d’être à l’origine des phénomènes étranges auxquels ils sont confrontés, comme une figure indicible et quasi-imperceptible. Une figure qui s’assimile à la maison elle-même et terrifie Jack.

Niveau mise-en-scène, c’est inégal, on ne va pas se mentir: c’est le premier film que réalise Sergio G. Sánchez, et il souffre évidemment de maladresses de débutant. Mais la direction artistique compense en grande partie, notamment grâce à des visuels « vintage » qui alternent l’aspect bucolique de la campagne américaine et l’ambiance inquiétante de ce qui ressemblerait à un huis clos horrifique si Jack n’avait pas cette possibilité de s’évader de temps à autres avec Allie.

Niveau jeu d’acteur, que du bon, même si ce sont Anya Taylor-Joy (Allie) et George McKay (Jack) qui, compte tenu de l’importance de leur rôle respectif, portent le film. Après The Witch et Split, la première est en passe de devenir une figure incontournable du cinéma de genre actuel (ce qui me hype d’autant plus pour le futur Les Nouveaux Mutants où elle retrouvera encore une fois Charlie Heaton, en compagnie d’Alice Braga et Maisie Williams; et qui n’en finit plus d’être repoussé, bordel!). Le second est une excellente surprise et une découverte pour moi (qui n’ai vu ni Captain Fantastic, ni Ophelia); j’espère qu’on lui laissera à nouveau sa chance en cinéma d’épouvante à l’avenir.

Aussi vous aurais-je conseillé d’aller le voir en salle, si je n’étais autant à la bourre: peu de salles le diffusent encore sur le territoire français; j’imagine qu’il n’a pas dû rencontrer un franc succès, peut-être du fait de ses critiques, pas franchement laudatives en général. À tort, AMHA: ce n’est certainement pas un chef d’œuvre révolutionnaire, et il y a beaucoup de choses très convenues; mais pour un premier film, c’est une sacrée réussite. Il permet surtout de placer Sergio G. Sánchez parmi les cinéastes de genre « à suivre » dans ces prochaines années (comme David Robert Mitchell, Robert Eggers, Jonathan Glazer, Alex Garland…).

Au revoir; à bientôt.

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