Ready Player One

S’il y avait bien un film dont les bandes annonces ne me donnaient pas du tout envie d’aller le voir, c’était celui-ci. En plus, le matraquage publicitaire dont il a fait l’objet m’avait rendu ce titre antipathique au possible. Toutefois, suite à des premiers retours critiques extrêmement enthousiastes, je me suis décidé à y aller, après lecture du roman, histoire de ne pas passer à côté de ce qui est déjà pour certains le film de l’année.

Je passe sur le pitch: c’est en gros le même que celui du roman (la fortune de Halliday a été doublée au passage). Avec toutefois un changement assez important: OASIS n’est plus un clone d’OZ de Summer Wars, se limitant désormais à ses aspects ludique et social network en VR; exit, donc, le lycée virtuel où Parzival et Aech font leurs études, ainsi que la majeure partie de sa dimension économique (ou du moins, tout ce qu’on voit à l’écran se limite à du contenu ludique, type skins, items spéciaux, etc.). Bon, c’est un choix. Après tout, adapter un roman en film est une affaire de choix, les deux médias étant si radicalement différents que ce qui est pertinent dans l’un l’est rarement dans l’autre. Par exemple, et pour rester dans le cinéma de Steven Spielberg, Jurassic Park s’éloigne beaucoup du roman éponyme, mais ça ne l’empêche pas d’en conserver l’esprit, et d’être un grand film.

Ici, il y a évidemment eu des adaptations: l’exposition (bien qu’un peu balourde et pas assez show don’t tell) est beaucoup plus digeste que dans sa version papier. Surtout, il a bien fallu modifier les éléments des œuvres présentés pour des questions de copyright (ou d’intérêt filmique): exit, donc, la plupart des références à des titres appartenant au moment de la production à Disney et ses filiales (Marvel, Star Wars, etc.). En revanche, Warner étant de la partie, Ernest Cline et Zak Penn se sont lâchés sur les clins d’œil à DC (entre autres; Le Géant de fer constitue aussi une référence récurrente). Il semble d’ailleurs qu’un certain nombre d’accords avec diverses sociétés nord-américaines et japonaises aient été signés (comme le laisse penser le générique de fin), aussi y retrouvera-t-on donc, pêle-mêle, des personnages de Street Fighter, la Kaneda Bike d’Akira, le RX78 de Gundam, RoboCop (version Verhoeven), plusieurs allusions à Mortal Kombat, etc.

Parmi les modifications plus profondes, il faut savoir qu’aucune des épreuves du film n’est absolument identique à celles du roman, et quelque part tant mieux: je vois assez mal comment rendre passionnant à l’écran un duel à Joust contre un seigneur-liche, alors le remplacer par une course blindée de références geeks, c’était plutôt une bonne idée. Et ce n’est qu’un exemple: à ce niveau (celui des références culturelles), je trouve les libertés prises vis-à-vis de l’œuvre originale souvent très pertinentes, visuellement percutantes tout en respectant son esprit (à la façon de ce qu’on avait pu voir avec Jurassic Park, donc).

Et puisqu’on parle de visuels… c’est beau. Techniquement, je veux dire: la CGI du film en jette carrément et les séquences « live » ne sont clairement pas en reste. J’irai même jusqu’à dire que le film est à voir rien que pour ça: c’est certainement l’une des plus belles de ces dix dernières années. Bon après, c’est sûr que le département créatif était en vacances (les avatars sont tout sauf originaux), mais c’est le principe de l’OASIS qui veut ça, aussi.

Déjà, le programme est conçu pour laisser la part belle à des références culturelles passées, sous forme d’une multitude de skins et d’items; aussi n’est-il pas illogique de penser qu’elles prennent le dessus dans le public sur les créations « originales » ; surtout que celles-ci peuvent être une transposition dans l’OASIS d’un élément a priori extérieur (on a d’ailleurs un bel exemple avec le travail de modding de Aech, qui tente de recréer le Géant de Fer in-game).

Ensuite… ben… si vous avez joué à un MMO récemment, vous aurez probablement remarqué que, très souvent, les joueurs qui jouent des personnages humains adoptent des physiques bien connus ou sortant peu des sentiers battus (le nombre de clones visuels de Sephiroth, Saber ou Squall que j’ai pu croiser… et encore, ce n’est qu’un extrait de la liste des persos en « S »). Du coup, rien de spécialement étonnant à ce que ceux de Parzival et Art3mis semblent tout droit venus d’un Final Fantasy ou d’Arthur et les Minimoys, c’est juste un élément relativement crédible, en fait.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est ce que le film a fait de IOI. La méchante corporation a tout d’une caricature, au même titre que ceux qui travaillent pour elle. Passons sur Nolan Sorrento (référence à Nolan Bushnell?), qui est un vrai teubé (sérieux, le coup du mot de passe… je n’ai pas de mots…) mais a au moins le mérite d’avoir un minimum de charisme, les autres sont… des fonctions. Un constat qu’on peut d’ailleurs étendre à la majorité des persos du film: en plus de Sorrento, il n’y en a que trois (quatre, à la limite, en comptant feu Halliday) qui aient une personnalité minimale.

À savoir, évidemment, Wade/Parzival, Art3mis et Aech. Tous les autres sont simplement des fonctions nommées ou des clichés plus ou moins racistes (ou un deus ex machina sur pattes, dans le cas d’Ogden Morrow). Le seul personnage a avoir gagné en consistance au passage à l’écran, c’est i-R0k, qui, de nuisance très secondaire du début du roman se voit promu au rang de joueur vétéran antagoniste; soit le méchant en second après Sorrento dans l’OASIS.

Le plus gros gâchis, c’est le traitement du personnage d’Aech. Aech dispose d’un avatar doté d’une voix synthétique dégueulasse, ce qui ne laisse aucune surprise quant-à son identité IRL; laquelle est de toute façon révélée par un simple regard à la liste du cast: c’était manifestement trop compliqué de coller un acteur différent pour le doublage de l’avatar, et ne créditer l’interprète du perso IRL que pour celui-ci. Ah, et évidemment, à aucun moment ne sont abordées les raisons de son choix d’avatar; il manque donc l’essentiel de ce qui rend le personnage attachant dans le roman (parce que ça évite d’aborder un point sensible de la pratique des MMO?).

Le scénario en lui-même a par ailleurs lourdement perdu en cohérence, soit qu’il repose sur des facilités d’écriture grossières, soit qu’il n’arrive à carburer qu’à la connerie de ses persos. Alors certes, le support d’origine n’était pas exempt de reproches sur ce point, mais on atteint là un niveau plutôt élevé. La faute, souvent, à une volonté de rusher certains événements ou à vouloir coller inutilement du spectaculaire (genre, quel besoin d’insérer une poursuite en bagnole quand on a eu droit, en début de film, à l’une des meilleures séquences de course de toute l’histoire d’Hollywood?).

Enfin, il y a la séquence finale qui rend le film détestable. Et que je vais spoiler, aussi bien dans sa version romanesque que dans sa version filmique; merci, donc, de zapper les trois prochains paragraphes si vous tenez à en conserver la surprise.

Dans le roman, après avoir annoncé qu’il partagerait ses gains avec ses trois camarades survivants (ah oui, plus tôt dans le roman, Daito est défenestré IRL, pendant qu’il se bat en OASIS, par des sbires de Sorrento), Parzival rencontre le « fantôme » numérique de Halliday qui lui file les pleins pouvoirs sur l’OASIS, ressuscite avec eux les avatars morts de ses camarades, avant de se déconnecter pour rencontrer IRL Samantha, qu’il ne connait jusqu’à ce moment que par son avatar d’Art3mis. À cette dernière, il déclare qu’il utilisera sa fortune pour essayer de mettre un terme à la famine sur Terre, avant de lui avouer une nouvelle fois ses sentiments (visiblement réciproques). Fin.

Dans le film, déjà, pas question de partager le pognon (ce n’est pas comme si les autres avaient sacrifié leur avatar pour son succès, hein…), Parzival rencontre le « fantôme » numérique de Halliday qui lui file les pleins pouvoirs sur l’OASIS, avant de se déconnecter pour rencontrer IRL Ogden Morrow, qu’il ne connait jusqu’à ce moment que par son avatar de conservateur des archives sur Halliday. Puis, il décide que la meilleure façon d’améliorer les choses sur Terre, c’est de couper à tout le monde l’accès à l’OASIS deux jours par semaine. Fin.

Ouais. On est bien loin des idéaux (certes un peu naïfs) du roman. Du coup, ça revient à dire que c’est l’OASIS le problème, plutôt que le monde dégueulasse qui lui a permis de devenir l’échappatoire par excellence. En gros, c’est considérer un symptôme comme une cause, et prendre une mesure absurde: en quoi est-il pertinent de dire aux gens « sortez de chez vous et profitez du vrai monde de la réalité véritable au lieu de rester connectés » si c’est pour se retrouver directement exposé à la pollution et à la criminalité? Sans que rien ne soit explicitement fait pour y remédier, d’ailleurs. Le seul truc positif pour l’ensemble de la société qui arrive avec la fin du film, c’est la déchéance d’IOI; en attendant que d’autres pourris viennent occuper la niche écologique laissée vacante, j’imagine…

Bref. Ready Player One est tellement bien foutu visuellement que je vois mal comment on pourrait le considérer comme un mauvais film. Même son scénario, en dépit de ses très (trop) nombreux clichés, de ses facilités et de ses personnages outrancièrement simplifiés jusqu’à la caricature, n’est pas honteux en soi: il soutient largement la comparaison avec tous les actioners hollywoodiens auxquels on peut avoir droit chaque année. De plus, il a cette pâte vintage/fan-service qui apporte, dans une certaine mesure, une grosse plus-value au film, en faisant une sorte de madeleine qu’on mangerait encore dans quelques années (un peu comme Gremlins). Sauf qu’il y a sa fin, hypocrite à la limite du gerbant, éthiquement indéfendable et d’une innommable stupidité. Je sais bien que c’est une métaphore, une parabole de notre rapport aux médias interactifs dont le message « brut » n’est pas nécessairement hors de propos, mais replacé dans le contexte de l’univers du film… ben c’est de la merde.

Au revoir; à bientôt.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je dirais que ceci : Merci Mr Spielberg !

    J'aime

  2. J’ai adoré ce film mais j’avais pas fais cette reflexion ma fois fort exacte sur la fin du film, t’as tellement raison !!! XD lol
    Mais sinon, on a la du très très bon Spielberg bien cool à regarder 😀

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s