Solo: A Star Wars Story

Il m’a fallu un peu de temps pour aller le voir, vu que la motivation n’était pas vraiment là. Déjà parce que le film a été pris dans l’enfer de développement, avec changement de réalisateur en cours de route pour « divergences artistiques » (ce qui est rarement bon signe et peu encourageant). Et ensuite parce que je ne comprends pas vraiment l’intérêt d’un biopic sur Han Solo, sachant que la partie la plus intéressante de sa vie, c’est sa période rebelle (donc la trilogie originelle). Bref.

Sur Corellia, Han vit de divers larcins pour le compte du cartel local jusqu’au jour où il met la main sur de quoi échapper à sa planète natale, si possible en compagnie de son amie de toujours, Qi’ra. Las, s’il y parvient, c’est sans celle-ci et en intégrant les forces impériales. De fil en aiguille, il libère un Wookie prisonnier (un certain Chewbacca) et déserte pour rejoindre la bande de Tobias Beckett, sur un gros coup impliquant le syndicat pour lequel travaille désormais Qi’ra.

Le film se pose en fait comme une sorte de western à la sauce space opera, puisqu’on en retrouve à peu près tous les lieux communs: désertion d’un champ de bataille qui ressemble à une version high-tech de la Guerre de Sécession, duel au colt blaster, références à peine voilées aux Amérindiens, jeux de cartes dans un saloon une cantina, attaque de bandits sur un train en marche… ne manquent guère que les longues chevauchées et une impasse mexicaine pour remplir la grille du bingo des clichés. Pour ma part, je n’ai rien contre, d’autant que le remaniement SF du western n’est pas non plus si courant que ça au cinéma.

L’ennui, c’est qu’il n’est pas facile de passer après Firefly, qui reste LA référence du genre, et qu’il n’y a guère que sur le plan technique que Solo surpasse la série de Joss Whedon. Parce que oui, c’est plutôt joli dans l’ensemble et l’esprit de la saga n’est en rien trahi, mais le scénario n’a lui rien de bien palpitant. Ne serait-ce que parce qu’il est a priori impossible d’éprouver la moindre appréhension pour Han, Chewbacca ou Lando (et par extension pour le Millenium Falcon), vu que, préquelle oblige, on sait pertinemment qu’ils sortiront indemnes de leurs épreuves.

Le fameux raid de Kessel, par exemple, joue sur la tension et le danger, prenant d’ailleurs à un moment une dimension homérique titanesque… mais vu qu’on sait déjà comment ça se termine, ça n’a guère plus d’impact que la course de pod de l’épisode I. Et au final, vu que le film est évidemment centré sur Han, c’est un peu comme si on regardait un mec jouer à un TPS en mode 0 damage, et où les seules morts d’importance seront celles de PNJ.

Par ailleurs, le film est souvent assez maladroit dans son écriture, en passant beaucoup (trop) de temps en explications pas toujours bienvenues. Genre le pourquoi du nom « Solo » ou le fait de montrer comment Han a récupéré la quasi-totalité de son stuff de l’épisode IV (ce qui ressemble d’ailleurs un peu trop à un passage très gênant de Pirates des Caraïbes 5). Quant-aux personnages, ils sont pour la plupart assez fades.

Qi’ra, par exemple, est un simple McGuffin, vu qu’elle est pour ainsi dire la seule raison qui pousse Solo à agir. Même chose pour Dryden Vos, assez monolithique et loin d’être aussi charismatique que son patron (qu’on ne verra que quelques secondes, d’ailleurs). Beckett, en revanche, est plus ambigu: il est tout à la fois mentor et connard; une chance qu’il soit campé par Woody Harrelson, toujours aussi bon dans ce genre de rôle. Donald Glover est aussi plutôt crédible en Lando; mais ce n’est pas le cas de Alden Ehrenreich, qui peine vraiment à rentrer dans les bottes de Han (même si, au fond, sa prestation n’a rien de bien scandaleux; ça ne doit pas être facile de passer après Harrison Ford).

Et puis, il y a le personnage joué par Phoebe Waller-Bridge, dont on ne verra jamais le visage dans le film puisqu’elle incarne le droïde L3-37 (nom symbolique s’il en est). Elle est la compagne de Lando et accessoirement l’une des meilleures bases de données de la galaxie, mais il s’agit surtout d’une activiste pro-libération des droïdes. Toutefois, elle tient plus du militantisme énervé que de Skynet ou des Enfants de David de Real Humans. Sa « révolution » a un aspect tragicomique assez peu courant dans les fictions qui abordent le topos de la révolte des machines, et elle est l’un des persos les plus attachants du film, malgré un temps de présence relativement faible à l’écran.

Chewbacca est lui campé par Joonas Suotamo, qui a commencé dans le rôle comme doublure de Peter Mayhew (le Chewbacca historique) dans l’épisode VII et a pris sa suite dans le VIII. Il fait un suffisamment bon boulot pour qu’on y croie, mais il n’est pas nécessairement montré sous son meilleur jour.

Ce qui est un tantinet paradoxal, c’est que, à l’exception de Beckett, les personnages les plus intéressants sont aussi ceux qui sont le moins mis en avant. Même constat pour les acteurs, à ce propos. Je veux dire, ça sert à quoi de recruter des gens aussi talentueux que Warwick Davis et Linda Hunt si c’est pour que leurs persos respectifs n’aient droit qu’à quelques secondes de présence à l’écran? Je me doute qu’ils sont bien moins bankable que Emilia Clarke, mais quand même…

Au final, force est de constater que, s’il n’avait pas bénéficié d’un budget de 250 millions de dollars et du nom de la franchise, Solo n’aurait été qu’un petit film de space opera lambda en direct to video (voire un nanar, diront les mauvaises langues). Ron Howard (tout comme Kasdan père & fils) a probablement fait de son mieux dans le cadre d’un processus pour le moins compliqué, mais ça ne change rien au fait que le résultat est assez mitigé, et encore, ça, c’est l’appréciation optimiste. On en retiendra cependant le personnage de Tobias Beckett, celui de L3-37, et les visuels du raid de Kessel, qui ont quand même pas mal de gueule.

Au revoir; à bientôt.

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