Sans un bruit

Je préfère prévenir: vu que la Fête du Cinéma a commencé hier, ce blog va être pris d’une petite crise de diarrhée de posts ciné pendant quelques temps (amis de la poésie, bonjour). Quoi qu’il en soit, histoire de bien commencer, allons-y pour un film dont les retours critiques sont pour l’heure globalement élogieux: Sans un bruit, ou A Quiet Place en version originale.

États-Unis d’Amérique, 2020: une étrange forme de vie hostile a émergé l’année précédente et décimé l’humanité (pas seulement elle, d’ailleurs, puisque la faune dans  son ensemble a pris assez cher, manifestement). La famille Abbott, qui fait partie des miraculés, tente du mieux qu’elle peut de survivre à ces prédateurs aveugles, mais dotés d’une ouïe exceptionnelle. C’est sans compter sur le fait que vivre sans faire de bruit, quand on a trois gamins et un quatrième en route, c’est plutôt compliqué.

Le film s’ouvre sur une séquence franchement bien foutue, qui a le mérite de présenter à la fois un pan de l’univers du film (une petite bourgade rurale déserte, qu’on ne reverra plus par la suite mais qui donne un aperçu de la situation désespérée dans laquelle se trouve le monde), et les personnages principaux. Enfin, les personnages tout court, en fait, puisqu’à deux exception près, ce sont les seuls que nous verrons dans ce film. Tous sont plus ou moins archétypaux, sauf peut-être Regan, la fille de la famille, sourde et muette, qui sera comme on le devine assez rapidement « l’héroïne » dramatique de l’histoire. Toutefois, une fois cette introduction terminée, eh bien… le film passe en pilotage automatique.

La séquence suivante, par exemple, est un cliché du film d’invasion ou de fléau, où on constate que l’antre du papounet Lee est remplie de coupures de presse sur la catastrophe et son ampleur mondiale, de matos électronique divers (radio et vidéo principalement), et avec un tableau récapitulatif des caractéristiques des créatures. J’ai encore du mal à croire qu’on puisse encore faire ça dans le premier quart du vingt-et-unième siècle.

Ce qui est un peu dommage, parce que d’un point de vue esthétique, c’est une sacrée réussite. Le travail sur le son, notamment, est particulièrement bon; après, vu que c’était le thème du film, il était évident que c’était LE point à ne pas foirer. Et ça fonctionne, la majeure partie du temps (il y a juste deux ou trois séquences un peu maladroites, où on a ajouté une musique au montage qui n’a juste rien à foutre là). Surtout, on passe parfois d’un environnement sonore « naturel » (à base de bruits de fond type vent dans les arbres ou eau qui coule) à du silence sourd et lourd (quand le spectateur suit Regan, par exemple). Bref, c’est le premier point fort du film.

Le deuxième, c’est sa colorimétrie. En particulier la colorimétrie des scènes d’intérieur, aux tonalités rougeâtres, à la fois chaleureuses et inquiétantes. Elle contribue très fortement à l’ambiance angoissante du film, surtout quand une créature s’introduit dans la maison familiale. Cette dernière est une bâtisse traditionnelle en bois, et… non, sérieusement, dans un monde où le moindre bruit peut tuer, les persos sont restés dans une baraque avec du parquet PARTOUT??? OK, j’imagine qu’il y a un attachement affectif de cette famille à sa maison, mais quand la survie est en jeu… et puis ce n’est pas non plus comme si le tout début du film ne nous avait pas montré qu’il y avait d’autres possibilités d’habitats abandonnés moins mortellement dangereuses, non plus.

Et c’est là que commencent les problèmes, car, si je peux comprendre certaines décisions irrationnelles des personnages (on a affaire à des êtres humains, hein), j’ai déjà beaucoup plus de mal quand elles confinent à la connerie pure; et on n’en manque pas, au point qu’on en arrive à se demander comment cette famille a pu survivre aussi longtemps. Quant-aux créatures, bah c’est du xénomorphe moche, quoi. Mâtiné d’un peu de Demogorgon de Stranger Things, à la limite, mais c’est bien tout. En plus, d’accord, elles sont rapides, agressives, puissantes et résistantes, mais… ces xénomoches ont vraiment décimé la majeure partie de l’humanité sans aide? Parce qu’elles sont loin d’être invincibles, quand même; et les rares fois où on nous les montre de près, eh bien c’est pour constater qu’elles sont un peu connes, en fait.

Bref, l’idée de base était excellente, mais la mise en forme pèche quand même pas mal. Pas d’un point de vue technique, il y a très peu de reproches à faire au film sur ce plan (en plus, l’idée de faire un film d’horreur presque silencieux où les personnages passent l’essentiel de leur temps à signer est juste excellente). Ni au niveau du jeu, vu que tous les acteurs sont dans le ton (surtout Millicent Simmonds, dans le rôle de Regan). C’est au niveau de l’histoire (et plus généralement de la scénarisation) que se situent les plus gros problèmes, car non seulement elle n’a rien d’exceptionnel, mais en plus, elle est lourde (voire parfois incohérente). Genre, on insiste dès le début sur l’idée de trouver le point faible des créatures, mais, indice, ON SAIT QU’ELLES ONT UNE PUTAIN D’OUÏE DE OUF! Alors ouais, évidemment que c’est là qu’il se situe, leur point faible, bordel! Après, le film est coproduit par Michael Bay, et le monsieur n’est pas réputé prendre son public pour des intellos. Au final, ça donne un film d’anticipation horrifique sympathique, avec de très bonnes idées visuelles et sonores, mais un scénario bancal; donc certainement pas une révolution du genre.

Au revoir; à bientôt.

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