En eaux troubles

… ou The Meg en version originale, alias Mégalodon pour la version québecoise (sérieux, les traducteurs français, C’EST QUOI VOTRE PROBLÈME???), est l’adaptation cinématographique du roman Mégalodon de Steve Alten (sorti il y a plus de vingt ans). Et accessoirement, Megalodon est aussi le titre d’un nanar de 2002 et le sous-titre de Shark Attack 3 (sorti la même année et tout aussi nanardesque; et dont le seul intérêt doit être la présence de John Barrowman au casting). Mais trêve de hors-sujet.

Jonas Taylor, officier de marine et spécialiste des sauvetages en eaux profondes, a été mis à la porte suite à un échec assez violent. Cependant, c’est lui que vient chercher le docteur Minway Zhang quand un sous-marin expérimental chargé d’explorer la Fosse des Mariannes reste bloqué dans les profondeurs suite à une attaque mystérieuse. L’auteur n’en est autre qu’un Mégalodon, gros requin préhistorique considéré comme l’un des prédateurs les plus dangereux ayant jamais nagé dans les océans terriens.

Déjà, il y a pas mal de différences avec le bouquin. Par exemple, le fait que Taylor ne soit plus un scientifique (en même temps, Jason Statham n’aurait pas franchement été crédible dans le rôle; et ça ne se justifiait pas, en plus). Ou le fait d’avoir supprimé l’anachronique scène d’intro où la bestiole bouffe un T-Rex durant le Crétacé (soit plus de 40 millions d’années avant l’apparition de l’espèce; moui). Ou encore la cause permettant au gros requin de remonter vers la surface (très capillotractée dans le roman). Entre autres. Donc ouais, pour une fois, on a indéniablement un film meilleur que l’œuvre littéraire qu’il adapte, ou en tout cas plus crédible et cohérent. Est-ce que ça suffit pour autant à en faire un bon film… meh.

Sur le plan technique, c’est une réussite (vu le budget engagé, le contraire aurait été scandaleux), mais il n’y a absolument aucune audace où que ce soit: l’essentiel des plans sont des reprises de trucs trouvés ailleurs. Pas nécessairement le meilleur, en plus: le film ressemble beaucoup à une hybridation entre Les Dents de la Mer 3 et Shark Attack 3. Sans parler du scénario, dont l’histoire était peut-être novatrice en 1997 (mouais), mais clairement plus vingt ans plus tard (il faut dire que le roman a été allègrement pompé par ailleurs; ne serait-ce que par Shark Attack 3, encore lui).

Mais surtout, il y a toujours un ou plusieurs trucs qui rendent le visionnage du film par moments pénible. Passons sur le science-bullshit, on n’est plus à ça près (et surtout, ce serait beaucoup trop long à énumérer; d’autant que pas mal de trucs étaient déjà dans le roman, donc bon). Mais certains personnages sont stupéfiants de connerie, comme l’insupportable Jack Morris, ou DJ, qui passe son temps à geindre. On pourrait aussi citer les trop nombreuses longueurs ici ou là, censées servir de set-up mais bien souvent contre-productives (nan mais on le sait qu’il va attaquer, le requin, pas la peine de nous teaser la plage pendant un quart d’heure!).

Enfin, les requins du film, s’ils sont bien foutus visuellement (comme l’ensemble du bestiaire marin, d’ailleurs), tiennent plus du monstre aquatique que du prédateur à proprement parler. Contrairement au premier épisode des Dents de la Mer, qui étale ses attaques sur la durée, tout semble ici se tenir sur un laps de temps très court. Entre sa remontée et la fin du film (soit au plus trois jours), le main shark bouffe littéralement l’équivalent de plusieurs fois sa masse totale, et a malgré tout encore envie de tout bouffer. Si possible des gens; et des bateaux.

Bon, on ne va pas se mentir: c’est très loin d’être le film de requin le plus mauvais que j’ai eu l’occasion de voir. Mais il faut bien avouer que la concurrence a placé la barre TRÈÈÈÈÈÈS haut en termes de connerie pure. Genre, avec L’Attaque du requin à deux têtes, dont rien que le titre est une blague. Ou les trucs issus de la franchise Sharktopus. Et puis ce n’est pas non plus comme s’il n’y avait pas du nombre: rien que cette année, en plus de celui-ci, ce ne sont pas moins de quatre nanars longs métrages à requins qui sortent aux USA (dont trois en août).

Donc ouais, évidemment, celui-ci sort du lot vers le haut, mais cela le rend-il incontournable pour autant… eh bien non. Parce que, quand on y réfléchit bien, l’intérêt de la majorité des shark movies, c’est leur nullité. Or, celui-ci n’est pas nul, mais pas extraordinaire non plus. Ce qui le rend assez oubliable, en fait. Même en tant que défouloir: si certaines scènes font bien le job, elles sont souvent précédées de longueurs trop étalées, qui brisent son rythme. Alors peut-être vaut-il mieux aller se fendre la poire sur un bon gros nanar à requin avec un scénario pourri, des effets spéciaux moisis et un acting lamentable; ou ressortir son DVD des Dents de la Mer, si on cherche quelque chose de plus sérieux (même si niveau réalisme, ce n’est pas tout à fait ça non plus, mais bref).

Au revoir; à bientôt.

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