Silent Voice

Je ne sais pas pour vous, mais dans mon trou perdu, réussir à voir un un anime au cinéma relève quasiment du parcours du combattant. Évidemment pas pour la grosse cavalerie shônen ou les Ghibli, plutôt largement diffusés de manière générale, mais pour des titres plus… « différents » (comme Your Name), c’est déjà beaucoup plus compliqué. Le film qui nous intéresse ici n’était diffusé que dans une seule salle dans un rayon de cinquante bornes autour de chez moi, à des horaires peu engageants et avec un prix du ticket prohibitif. De fait, nous étions moins d’une dizaine dans la salle. Pour un film que Makoto Shinkai lui-même considère comme une œuvre grandiose. Si ce n’est pas déprimant…

À l’école, Shoya et ses copains étaient de vrais petits cons qui s’amusaient à pourrir la vie de Shoko, malentendante. À cause d’un instit’ en dessous de tout, la gamine vécut un véritable calvaire, jusqu’au jour où sa mère décida de taper du poing; et tout le monde de désigner Shoya comme unique responsable, avant de lui faire subir le même genre d’ijime. Au lycée, Shoya n’est plus qu’une ombre qui n’ose même plus regarder les autres dans les yeux. Hanté par des pensées suicidaires, il cherche à retrouver Shoko pour lui rendre son cahier de conversation; et essayer, autant que possible, de se faire pardonner.

Silent Voice est la transposition en long métrage du manga quasi-éponyme (pas bien compris pourquoi le « A » a disparu entre-temps, mais passons, on n’est clairement plus à ça près).  Sauf que, évidemment, transposer un manga de 7 volumes en environ 2h d’animation, ça ne peut pas se faire sans coupes, ellipses, libertés, aménagements et modifications diverses. Lesquelles se sont avérées au final assez pertinentes, dans l’ensemble.

Le fait de resituer la période où Shoko et Shoya ont partagé la même scolarité en flashback, par exemple, était plutôt bien vu, d’autant qu’il arrive en première partie de film. De même, la disparition des délires cinématographiques de Tomohiro est à mon sens une bonne chose. Ne serait-ce que parce que ça réduit le temps de présence de ce dernier, du coup moins insupportable que dans le manga, mais ça permet aussi d’éviter une mise-en-abîme artificielle et forcée.

Du manga, on retrouve l’essentiel des thématiques brassées par Yoshitoki Ôima, et notamment, celles, centrales, de l’intégration sociale des personnes handicapées et du harcèlement scolaire. Ainsi que celles de la culpabilité, du pardon et du suicide. Dont le traitement est sensiblement identique à ce qu’il est dans le manga (à savoir au premier degré, mais tout en délicatesse), bien que certains personnages perdent au passage à l’écran en importance (comme Satoshi, par exemple).

De fait, on a un film qui, s’il n’est pas scrupuleusement fidèle à l’œuvre d’origine, n’en respecte pas moins l’esprit (jusque dans l’esthétique) et le déroulement général, tout en profitant globalement des spécificités de son support. Une bonne adaptation, autrement dit. Et en même temps, on n’en attendait pas moins de Kyoto Animation, dont c’est un peu la spécialité (même si le studio est plus habitué aux transpositions de romans & LN que de mangas).

Réalisé entre deux saisons de Sound! Euphonium (et accessoirement après le très oubliable Myriad Colors Phantom World), Silent Voice n’est peut-être pas du niveau technique de Violet Evergarden, mais il n’a pas à rougir face à la concurrence. Sur le plan visuel, le film est une vraie réussite, avec quelques plans absolument sublimes (bien qu’un peu clichés). Le trait de Yoshitoki Ôima se reconnait quant-à lui dans le chara-design, qui n’a pas été profondément modifié par rapport à l’œuvre d’origine. On perd juste au passage certains effets « crayonnés » dont le rendu aurait de toute façon été probablement assez douteux à l’écran.

Ceci étant dit, le film sort en France presque deux ans après sa sortie en salle au Japon, et surtout après la sortie de Sans un bruit. Un film qui n’a a priori rien à voir… mais en fait si: la scénarisation de la surdité est beaucoup plus aboutie dans le film de John Krasinski, notamment par le fait de jouer sur les ambiances sonores, du point de vue de Regan. Ce qui n’a pas été fait ici. Il est vrai que c’est un aspect évidemment absent du manga (support papier oblige), mais le passage à l’audio aurait justement pu être l’occasion de marquer le coup. Après, je chipote: Saori Hayami, qui double Shoko, fait du bon boulot, comme le reste du staff de doublage, par ailleurs (en VO, du moins; je ne sais pas ce que ça donne en VF).

Bref, le film est une réussite, intéressant aussi bien pour les lecteurs du manga que pour les autres, avec une réalisation d’orfèvre. Ce qui rend d’autant plus désolante sa distribution très limitée en salles en France. En fait, c’est un peu comme si notre système de diffusion s’évertuait à passer à côté de monuments internationaux, pour peu qu’ils sortent légèrement des sentiers battus.

Au revoir; à bientôt.

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