Bohemian Rhapsody

Au départ, je voulais écrire un truc sur le dernier Halloween, histoire de faire d’une pierre deux coups (après séance + marronnier; oui, j’aime les marronniers, pas vous?). Mais je n’ai pas encore pu voir le film, donc il faudra vous contenter de Bohemian Rhapsody.

Est-ce que ça vaut vraiment le coup pitcher? Oui? Bon. En 1970, Farrokh Bulsara, alias Freddie, assiste à un concert donné par le groupe de Brian May et Roger Taylor, qui viennent de se séparer de leur chanteur/bassiste, Tim Staffell. Freddie en profite pour prendre sa place et, avec le recrutement du bassiste John Deacon, forme le groupe Queen, qui ne tarde pas à se faire une place au soleil. Cinq ans plus tard, EMI, leur maison de disque, aimerait bien renouveler le succès de leur titre Killer Queen, et les invite à préparer un nouvel album plein de futurs tubes. Sauf que Freddie « Mercury » a maintenant des ambitions musicales bien plus grandes: un titre révolutionnaire de plus de six minutes mêlant rock et opéra, Bohemian Rhapsody. Un titre qui leur aliène EMI, mais propulse le groupe aux sommets, avant que Freddie n’entame une longue décente aux enfers.

L’avantage avec les biopics et les fictions historiques, c’est que toute personne assez conne pour beugler « SPOILER PUTAIN » peut légitimement être renvoyée chez elle avec une fessée. Du coup, je ne vais pas me gêner, mais en même temps, si vous avez jamais ouvert une encyclopédie aux articles  « Freddie Mercury » et « Queen » vous n’apprendrez rien de l’histoire du film. Parce qu’on va juste suivre Queen, focalisés sur Freddie Mercury, de la création du groupe au Live Aid du 13 juillet 1985. Et une fois n’est pas coutume, commençons par la fin, soit ledit concert. Le passage de Queen y est partiellement reproduit avec une certaine fidélité (pour le son, ce sont les prises du concert, non?), donnant donc à la séquence un air de résumé du parcours du groupe: un Bohemian Rhapsody écourté au profit de Radio Ga Ga, suivi de Hammer to Fall, tandis que We Are the Champions conclut la scène; et le film. Suivent en générique Don’t Stop Me Now et The Show Must Go On. Bref, la vie de Freddie Mercury au sein de Queen résumée en six titres… si bien qu’on peut se demander s’il n’aurait pas été plus pertinent de se focaliser uniquement sur le Live Aid et sa préparation (quitte à insérer du flashback) plutôt que de tenter de suivre 25 années d’histoire du groupe.

Ou mieux: se focaliser exclusivement sur la préparation et la sortie du titre qui a donné son nom au film. Parce que ça a été une sacrée petite aventure, mine de rien, et lui consacrer au moins 1h30 n’aurait probablement pas été de trop. Sauf que non. De fait, la première moitié du long métrage a un rythme aussi saccadé qu’effréné, avec peu de longueurs, mais beaucoup de césures et d’ellipses pas forcément très bien amenées. Beaucoup de transitions ne sont pas fluides, et donnent un peu l’impression que le film a été tronçonné au montage (ce qui n’est probablement pas le cas, vu qu’il dure déjà plus de deux heures). Et je crains, également, que le dialoguiste ne soit pas le plus brillant de sa génération; ou c’est la VF qui pue vraiment, c’est très possible; et ce n’aurait rien de très surprenant, en plus. Bref, j’en aurai le cœur net quand je l’aurai revu en VO. Ah bah oui, je le reverrai, ce film. Parce qu’il a quand même une sacrée bande son. Presque exclusivement de Queen, évidemment, et à l’exception de The Show Must Go On et de Who Wants to Live Forever, elles datent toutes d’avant 1985 (donc même si, pour le coup, j’aurais bien aimé plus de contenu des albums Innuendo ou A Kind of Magic, je peux comprendre pourquoi ce n’est pas le cas).

Du reste, si je n’aime vraiment pas le montage et la narration, tout est superbement filmé. Il a beaucoup été reproché au film de faire beaucoup trop de paraphrases de lives, et c’est très vrai, surtout pour le dernier segment. Mais… sérieusement, vous attendiez quoi d’autre, au juste, d’un biopic sur Freddie Mercury, centré sur la période 1975-1985? Parce que le mec était une bête de scène, c’était évident que ce serait le cœur du film. Maintenant, il y a aussi, évidemment, le souci des libertés prises avec la réalité. L’amitié qui liait Freddie à Tim Staffell a par exemple été sacrifiée sur l’autel du « on n’a pas le temps » tout comme sa relation avec Kenny Everett (réduit ici au simple rôle de l’animateur radio qui a fait connaître Bohemian Rhapsody au monde). De même, Freddie Mercury n’a appris sa séropositivité que plus d’un an après le Live Aid, ce qui arrive bien avant dans le film. Enfin, la plupart des interactions du groupe avec d’autres groupes ou chanteurs passent à la trappe.

Voir réduite Under Pressure à une simple musique de fond, je peux l’accepter (et même trouver ça cool) dans Atomic Blonde; pas dans un film sur Freddie Mercury et Queen, vu l’histoire qu’il y a derrière cette collaboration avec David Bowie. De même, pas véritablement de connexion avec les autres participants au Live Aid (tout au plus entendra-t-on un peu de Dire Straits, en fond, avant le passage de Queen). Ceci étant dit, c’est un choix qui, en termes de production, peut se comprendre: il n’est jamais facile de faire incarner une star, et il n’est pas nécessairement illogique que le studio ait préféré s’épargner cette charge pour se consacrer exclusivement à Queen. Dont les membres sont très pertinemment interprétés, surtout Freddie Mercury, joué par Rami Malek, qui fait un excellent boulot. Mais au final, tous les acteurs sont bons. Si on m’avait dit il y a vingt cinq ans que Timmy de Jurassic Park serait un jour John Deacon…

Pour l’heure, les critiques sur le film sont très mitigées, et à mon avis à juste titre. En termes purement narratifs, il tente de couvrir une période beaucoup trop longue, et de manière beaucoup trop maladroite. Encore une fois, la seule production/diffusion de l’album A Night at the Opera (celui de Bohemian Rhapsody, donc) ou la préparation et le passage sur scène au Live Aid auraient amplement chacune suffit à faire deux films denses et équilibrés. Certaines omissions et libertés prises avec la biographie réelle de Freddie Mercury n’ont pas manqué de faire grincer des dents; et je dois bien admettre que, même si je sais bien qu’on est dans une fiction, la plupart ne font que faire plonger le film tête la première dans une piscine de clichés, sans rendre honneur au personnage. Restent le jeu, le son et l’image, juste excellents; et il est très regrettable que le reste ne suive pas.

Alors, est-ce que je suis déçu? Un peu, mais pas assez pour avoir détesté le film. Au contraire, je crois que je serai assez content de le revoir. Mais après, peut-être aussi que mon avis est biaisé par le fait que les trois derniers films que j’ai vu au ciné étaient des purges, aussi.

Au revoir; à bientôt.

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