They Live a 30 ans

Il n’y a pas eu de post anniversaire depuis juillet dernier, aussi était-il plus que temps de renouer avec cette facilité activité du blog. Ce sera donc un post plein d’enfonçage de portes ouvertes sur un film de John Carpenter, à savoir Invasion Los Angeles (on se demande bien pourquoi j’ai préféré garder le titre original…).

Ceci étant dit, maintenant que j’ai déversé mon venin, il faut bien admettre que la traduction française du titre n’est pas hors sujet (juste un bon gros spoiler qui, j’imagine, a dû faire rager pas mal de monde, en plus de manquer totalement de subtilité). They Live met en scène John Nada, homme de peu (ça ne s’invente pas) et ouvrier du bâtiment au chômage. Originaire de Denver, il s’est « expatrié » à LA pour trouver du boulot, mais se retrouve du coup sans domicile. Il squatte donc un terrain vague avec quelques autres désœuvrés, à proximité d’une église aux activités suspectes. Jusqu’au jour où la police débarque en force pour mettre au pas tout ce beau monde. Et si Nada réussit à tirer son épingle du jeu, il se retrouve en possession d’une paire de lunettes de soleil fabriquées par la bande de l’église, paire de lunettes qui lui révèle que le monde dans lequel il évolue est loin d’être celui qu’il imaginait.

Alors, pour contextualiser, le film est distribué par Universal, mais c’est la seul grosse compagnie impliquée, et elle n’est pas allée plus loin: le film a été tourné avec un budget ridicule de 3 millions de dollars, soit autant que Prince des Ténèbres (VOILÀ! ÇA c’est une bonne traduction!). Coïncidence: il a rapporté presque autant de pognon que ce dernier (autour de 13 millions). Bref, c’était la période où John Carpenter avait encore à prouver que l’échec de Jack Burton était un simple accident de parcours, et que le réalisateur était encore capable de succès commerciaux. Bon, le bide des Aventures d’un homme invisible en 1992 viendra un peu gâcher tout ça, mais toujours est-il qu’en 1988, Carpenter était un mec à qui on n’osait plus confier que des budgets modestes.

Ce qui explique deux choses, à propos de They Live. Déjà, le côté assez cheapos en général, qui se ressent beaucoup au niveau matériel, notamment avec des effets spéciaux pas franchement terribles mais heureusement très limités. Et ensuite son casting: aucune grosse tête d’affiche. John Nada est interprété par le catcheur Roddy Piper, dont la carrière cinématographique était quasi-inexistante alors. Il s’est depuis principalement cantonné aux films de série B et Z. Ce qui est également le cas de Meg Foster, dans le rôle de Holly Thompson (une salariée de chaîne de TV), alors surtout « connue » pour son rôle secondaire dans La Forêt d’Émeraude de John Boorman. Tous deux se retrouveront d’ailleurs dans Resort to Kill, alias Immortal Combat, un gros actioner aussi débile que fauché du début des années 1990, et qui tient plus du nanar qu’autre chose. Frank Armitage, le sidekick de Nada, est lui interprété par Keith David, avec lequel Carpenter avait collaboré pour The Thing (et dont le rôle a été selon le réal’ spécifiquement écrit pour lui). Enfin, il y a Peter Jason (vu dans le Prince des Ténèbres) qui campe Gilbert, révolutionnaire ayant contribué à fabriquer les lunettes trouvées par Nada et dernier rôle nommé du film. Bref, pas de quoi attirer les foules sur les noms au casting.

De fait, on pouvait même s’attendre au pire avec un premier rôle dont le métier n’était pas d’être acteur (quoique, le catch… oh, allez, c’est bon…). Et… OK, Roddy Piper n’entrera jamais au panthéon des comédiens les plus brillants de sa génération, mais son jeu est étrangement… normal. Piper dans le rôle de Nada, c’est un peu le premier mec croisé dans la rue qui joue un mec lambda croisé dans la rue (avec beaucoup de muscles quand même, mais vu qu’il est maçon, ça passe). Donc oui, c’est un bon choix de casting, et tout ce qui peut ressembler à des maladresses de jeu peut aussi se comprendre comme les simples réactions absurdes de quelqu’un catapulté sans préparation devant des situations aberrantes. En l’occurrence, l’invasion à pas de loup de la Terre par les « Ghouls » (qui ne sont jamais nommées comme ça dans le film, mais c’est ainsi que le générique les désigne), venues de la Galaxie d’Andromède.

Et pour le coup, on peut dire que le père Carpenter s’est bien lâché. L’invasion est en effet un prétexte pour coller de bonnes grosses tatanes à la société capitaliste étasunienne, en plaçant un homme du peuple fauché par la crise mais croyant au système, devant un mensonge fondamental, qui fait que, quoi qu’il arrive, il est impossible de se sortir de la mouise en jouant le jeu selon les règles. Le monde se trouve en effet sous la coupe des Ghouls, qui, avec l’aide de collaborateurs humains, tiennent la majorité de la population dans un état de servilité apathique par des messages subliminaux diffusés un peu partout et que seules les fameuses lunettes (puis des lentilles) peuvent révéler. Ces dernières révèlent également la nature réelle des Ghouls infiltrées parmi les humains, à savoir des écorchés (soit en fait littéralement ce qu’il y a sous la peau).

Visuellement, on passe avec cette Nada-Vision du monde coloré (bien que crade et pollué) des années 1990 au monde « réel » en noir et blanc, où des injonctions de type « CONSOMMEZ! » viennent remplacer les photos des tabloïds, les pages des magazines et les affiches publicitaires, tandis que des écorchés se baladent parmi les gens dans la rue et que la force publique s’attaque avec virulence à toute forme d’opposition. Bref, le film est très premier degré, et c’est ce qui fait sa force, voire son actualité.

Car, même trente ans après, et malgré un contexte culturel relativement différent, il ne semble pas avoir pris une ride sur le plan thématique. Surtout, ce sera le dernier succès commercial de Carpenter avant qu’il ne prenne sa retraite de réalisateur au début des années 2010, aucun de ses films suivants n’arrivant à faire mieux que rentrer dans leurs frais lors de leur exploitation en salle. The Ward, son dernier, a même été un cuisant échec (que je ne m’explique pas; il est très sympa, ce film).

Au revoir; à bientôt.

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