Robin des Bois

Mine de rien, Robin des bois et le cinéma, c’est une histoire commune de plus d’un siècle. Depuis le Robin Hood and His Merry Men de Percy Stow en 1908, le noble voleur est apparu dans tellement d’œuvres filmiques qu’il est difficile de les lister sans en oublier. La plupart le sont d’ailleurs aujourd’hui, à quelques notables exceptions. Comme les versions Disney (live en 1952, animée en 1973), par exemple. Dans les trois dernières décennies, ce sont principalement trois films américains qui sont restés dans les mémoires: celui de Kevin Reynolds avec Kevin Costner dans le rôle titre (c’était avant Waterworld), son hilarante parodie par Mel Brooks (en 1993), et le désastre de Ridley Scott (en 2010) dont on se souvient surtout parce que… voilà quoi. Je ne doute pas que la version proposée par Otto Bathurst entre dans ce panthéon, parce que c’est une comédie à mourir de rire.

Robin attrape un jour Marian à tenter de voler un de ses chevaux, mais accepte de fermer les yeux en échange de… euh… enfin, vous voyez quoi (autre époque, autres mœurs, dirons-nous). Las, alors que nos deux « héros » batifolent joyeusement dans la demeure familiale des Loxley, arrive un messager porteur d’un ordre de mobilisation pour la croisade (car il est bien connu que c’est comme ça que ça marchait, la croisade). Sur place, Robin découvre les joies de la guerre au Moyen Orient, de ses snipers embusqués et de ses arbalètes lourdes qui tirent en rafale (oui oui), mais il est un peu nostalgique de sa dulcinée, et, ayant un peu désobéi, il est renvoyé au pays sur un navire médical (car les flottes médiévales avaient toutes des navires médicaux; vous ne le saviez pas?). Malheureusement, il découvre placardé sur la porte de sa baraque un ordre d’expropriation et de confiscation signé par le shérif de Nottingham, qui saigne à blanc le pays depuis quelques temps: une croisade, ça coûte putain de cher, en fait. Pas très jouasse en apprenant, en plus, que sa meuf en a profité pour se recaser avec le secrétaire général du syndicat local, Robin décide, avec l’aide de son pote Jean-Go (c’est d’origine maure), de mener quelques actions secrètes bien senties contre le pouvoir en place.

Et bordel, mais qu’est-ce que ce film est drôle! Déjà, il y a un surjeu abusé des acteurs qui rend la plupart des répliques tordantes (sachant que niveau texte, on y va fort). Mais c’est au niveau de la mise-en-scène que le film déchaine tout son potentiel comique: il est jusqu’au-boutiste au point de tenter des trucs dignes de Mel Brooks. Genre les flèches et carreaux qui font des impacts de balle, ou les chevaux au squelette d’acier qui rentrent dans des trucs comme une bagnole lancée à pleine vitesse (et en ressortent sans une égratignure).

On a donc des séquences hilarantes où les personnages se comportent comme de braves GIs en mission en zone ennemie, mais avec des arcs à la place des fusils, ou d’autres où on aura droit à une émeute de type « Mai 68 » avec des gardes équipés de boucliers de CRS luttant contre des révolutionnaires armés de cocktails Molotov! C’est du Hot Shots! à ce niveau, là! D’autant qu’on sent qu’il y a du budget derrière: 100 millions de dollars (certes, ce n’est pas autant que Astérix aux Jeux Olympiques, mais quand même: ça laisse de quoi faire).

Du coup, l’équipe s’est bien lâchée et on a droit à de beaux moments de vaillance, qui n’auraient pas dépareillé dans un film à grand spectacle, rendus totalement ridicules tantôt par un ou plusieurs élément(s) de mise-en-scène abusé(s), tantôt par un dialogue débilement drôle, tantôt par un truc tellement anachronique que le décalage est délirant (un peu comme les Reebok Pump du film de Mel Brooks, là encore). Mention spéciale au shérif de Nottingham et son costume Armani, qui fait du coup penser à un mix entre Nolan Sorrento de Ready Player One et le directeur Krennic de Rogue One (c’est le même acteur, aussi); en plein Moyen Âge, oui. Ce n’est d’ailleurs pas le seul perso dans ce cas: il y a toute une scène parodiant celle du casino de Star Wars VIII qui regorge de ce genre de blagues vestimentaires (à un moment, j’ai même cru qu’on aurait droit à un plan Rolex).

Bref, pas grand-chose de plus à en dire, si ce n’est, encore une fois, que c’est certainement LA comédie de l’année, et… hm? QUOI? LE FILM SE VEUT SÉRIEUX??? TOUT EST À PRENDRE AU PREMIER DEGRÉ????? Oh. OK. C’est une grosse merde, en fait… OK. Bon. Du coup, on va dire que c’est un nanar à budget pharaonique, et… voilà. Donc, oui, c’est une merde, mais tellement débile qu’elle en est franchement drôle. Du coup, je regrette un peu qu’ils aient eu autant de pognon: avec les mêmes intentions, si tout avait été réalisé avec des bouts de ficelles, ç’aurait été… magique.

Au revoir; à bientôt.

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