Outlaw King

Parce que le cinéma, ce n’est pas qu’au cinéma et que Netflix a aussi de jolis trucs dans son catalogue perso, je m’étais dit que ce serait cool de laisser une chance à Outlaw King. Après tout, ça ne pouvait pas être pire que le dernier Robin des Bois

William Wallace a été écrasé par Édouard Ier à Falkirk, en 1298, laissant l’Écosse désemparée au point que son aristocratie, dans sa majorité, a accepté la suzeraineté du roi d’Angleterre. Parmi les plus éminents, Robert Bruce, l’un des deux « gardiens » du pays, avale beaucoup de couleuvres pour le bien des siens, jusqu’au jour où le cadavre démembré de Wallace est exposé, ravivant la colère des Écossais. Et Robert de décider de prendre la tête de la révolte, en commençant par éliminer John Commyn (l’autre gardien) et en recrutant James Douglas (un chevalier dépossédé de ses terres par la Couronne et du coup particulièrement hargneux vis-à-vis des Anglais).

Certains verront immanquablement dans ce film la suite spirituelle (autant que chronologique, d’ailleurs) de Braveheart. Sauf que, s’il y a bien, outre les inévitables aspects contextuels, quelques allusions au film de Mel Gibson, ça s’arrête là. Outlaw King est par de nombreux aspects plus proche, dans sa manière de montrer les faits, de séries TV à la Game of Throne que du cinéma médiévaliste à grand spectacle auquel on est habitué depuis quelques années (et ce n’est pas plus mal). Les batailles, par exemple, ne sont pas aussi impressionnantes que ce à quoi on pourrait s’attendre, mais n’en font pas moins un travail des plus honorables en matière de spectaculaire et de sanglant.

Quant-à la contextualisation et au factuel… mouaif. David Mackenzie n’est pas un habitué de la période, l’essentiel de son travail de cinéaste s’étant surtout focalisé sur des drames dans des contextes relativement récents. Aussi, pour une première fiction médiévaliste, on va dire que, OK, ça passe. Mieux que le dernier Robin des Bois, donc (en même temps, je ne suis pas certain qu’on puisse vraiment faire pire). Ceci étant dit, il y a quand même des trucs qui font tiquer à l’écran. Certaines libertés maladroites et pas foncièrement utiles.

Le fait que la mort (d’ailleurs très mal mise-en-scène) d’Édouard Ier arrive plus tôt que dans la réalité et que le futur Édouard II participe à la bataille de Loudoun Hill (alors qu’il n’est arrivé en Écosse que plus de trois mois après, dans la vraie vie), par exemple. Il y a aussi quelques autres choix très discutables, comme l’inutile scène avec les chevaliers français, dont on ne reparlera plus par la suite. Ou celui d’avoir fait de Loudoun Hill un climax plutôt que Bannockburn, qui a certes eu lieu sept ans après, mais correspondait mieux au contexte général de la bataille décrite dans le film (Édouard Ier mort, Édouard II à la tête de l’armée, défaite décisive du roi d’Angleterre assurant l’indépendance de l’Écosse…).

Après, certains choix, pas nécessairement évidents au premier abord, se sont avérés payant. Notamment le fait d’avoir fait de James Douglas un second personnage principal à part entière, avec un passage entier qui lui est consacré (l’épisode du Dimanche des Rameaux de 1307). Il faut dire aussi qu’avoir Aaron Taylor-Johnson dans le rôle a sans doute beaucoup contribué à donner une aura au personnage, vu qu’il le joue de manière assez outrée (ce qui colle bien au final avec la personnalité violente que le réalisateur-scénariste semble avoir voulu lui donner).

Pour Chris Pine, en revanche, la performance est plus fonctionnelle, et sonne par moments assez faux, dissonant par rapport à certains de ses interlocuteurs (est-ce que c’est lié au fait que c’est un acteur américain dans un casting presque exclusivement britannique pour ses rôles principaux, ça…). Je trouve d’ailleurs un peu étonnant que le film se « vende » surtout sur nom plutôt que celui de Taylor-Johnson, même s’il tient le rôle titre, tant ce dernier semble plus impliqué, mais bon, il est certainement plus bankable.

Enfin, il y a les décors, pour l’essentiel naturels et écossais. Donc beaux. Et qui justifieraient de visionner le film à eux-seuls, s’ils étaient un peu plus mis en valeur. Même si certaines vues sont absolument superbes. Après, c’est vrai que ce n’est pas un documentaire, ou qu’on ne peut pas faire du Peter Jackson à tout bout de champ. Peut-être, aussi, s’agit-il d’une intention artistique, histoire de rappeler qu’on est et reste dans une histoire faite de sang et de boue plus que de jolis paysages bucoliques.

Outlaw King n’est pas nécessairement un mauvais film, mais a à son actif des actes manqués qui en font une petite déception, avec quelques moments de flottement qui viennent parfois ralentir un rythme déjà assez lent, en plus de tous les petits défauts évoqués plus haut. Pourtant, il ne m’a pas laissé une mauvaise impression, contrairement à beaucoup d’autres fictions historiques. Peut-être parce qu’il assume son côté « guerre crade » à base de coups fourrés, de tromperie et de brutalité souvent cruelle, dans les deux camps (car, même si on est évidemment invité à suivre Robert Bruce, ce dernier est loin d’être un saint).

Au revoir; à bientôt.

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