Éclat(s) d’âme

Ce que je trouve foncièrement appréciable, dans la collection L d’Akata, c’est qu’on y trouve des titres souvent difficilement imaginables chez d’autres éditeurs. Pas parce qu’ils sont totalement barrés (pour ça, il vaut mieux se tourner vers la collection WTF?!), mais au contraire parce qu’ils arrivent très souvent à poser avec justesse le doigt où il faut. Ça s’était vérifié avec Le mari de mon frère, c’est encore le cas avec Éclat(s) d’âme.

Accidentellement outé au lycée, Tasuku Kaname éprouve une profonde envie de mettre fin à ses jours, mais tombe par hasard, au moment de passer à l’acte, sur un étrange individu. Une femme (a priori) qui s’avère être « l’hôte » d’un organisme associatif chargé de retaper les maisons abandonnées de la ville d’Onomichi, et qui rassemble des personnes LGBT en tous genres, aux talents divers et variés. Des personnes qui vont aider Tasuku à reprendre confiance en lui et s’accepter tel qu’il est.

Le manga est signé Yuhki Kamatani, principalement connue en France pour Nabari, un manga sur des ninja (qui n’est malheureusement plus commercialisé) assez éloigné des thèmes abordés ici (encore que, la relation Miharu/Yoite était plutôt ambiguë). Et on sent bien, à sa lecture, qu’Éclat(s) d’âme s’attaque à des sujets qui lui sont personnellement chers: compréhension de soi et des autres, acceptation de la différence de genre ou de sexualité, déconstruction et reconstruction (au propre comme au figuré, puisque des ruines sont remises à neuf en même temps que les personnages se construisent leurs propres présent et avenir)…

Des sujets qui n’ont certes rien de bien nouveau, mais qui ont rarement eu droit à un traitement aussi soigné. Loin d’être un simple prêche de tolérance, le manga montre quelque part plus qu’il ne raconte. Et ce qu’il montre, c’est un Tasuku maladroit et mal dans sa peau, qui trébuche et blesse ses amis autant qu’il se blesse, mais apprend de ses erreurs, progresse, et se régénère.

Ses rapports avec Tôma Tsubaki, qui fréquente le même lycée, seront tout à la fois, pour Tasuku, l’expression de son premier amour, la confrontation brutale à l’homophobie et l’espoir de jours meilleurs. Autrement dit, il s’agira du fil rouge de l’histoire, même s’il n’est au début présent qu’en filigrane, avançant crescendo au fil des pages. Ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, à voir leurs sentiments respectifs exposés, et Tasuku aura l’occasion d’en découvrir beaucoup sur les gens qu’il côtoie.

Sur Utsumi et Misora. Sur Monsieur Tchaiko et l’amour de sa vie. Sur le joli couple que constituent Haruko et Saki (et dont le devenir est gentiment spoilé par la couverture du volume 4). Mais, au final, très peu sur « l’hôte » qui demeurera pourtant toujours au cœur de l’histoire (bien qu’en arrière-plan le plus souvent), en se présentant comme le miroir de ce qu’on veut y voir, une personne indéfinissable et pourtant salutaire, humaine tout autant que détachée du monde des hommes.

Ce dernier, s’il n’est pas montré sous son meilleur jour, est cependant abordé avec un relatif optimisme: si tous les personnages seront à un moment ou à un autre confrontés à diverses formes de LGBTphobies, au final, les gens avec lesquels ils interagiront le plus directement sauront faire preuve de l’ouverture d’esprit minimale pour leur laisser l’espoir de pouvoir exister tels qu’ils sont.

Enfin, sur la forme, le moins que l’on puisse dire est que le style de Kamatani est juste parfait pour ce genre d’histoire. Qu’il s’agisse du découpage des cases ou de son trait à la fois délicat, précis et expressif, capable de produire des planches désespérément sombres ou à la luminosité solaire, froides de réalisme ou revêtues de leurs plus beaux atours oniriques.

Et je vais en rester là avec les superlatifs: allez juste, simplement, le lire. Point.

Au revoir; à bientôt.

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