Illang: La Brigade des Loups

… est une libre adaptation coréenne (sur le catalogue de Netflix) du Kerberos Panzer Cop de Mamoru Oshii, qui reprend le même segment que Jin-Roh en le transposant dans la Corée des années 2020. Le pitch?

Au début des années 2020, les deux Corées entrent en phase de réunification, mais doivent faire face à une puissante opposition. Externe, d’abord, puisque USA, Chine, Japon et Russie se sont apparemment mis d’accord pour torpiller le processus à grand coup de sanctions internationales (ce qu’on peut oublier, puisqu’il n’en sera plus jamais question après; c’est con). Interne, ensuite, puisque, outre les politiciens conservateurs frileux, il s’est constitué un petit groupe terroriste surnommé la Secte, face auquel les forces de l’ordre sont restées impuissantes. Du moins jusqu’à la constitution de l’Illang (soit littéralement « hommes-loups » en toute logique), unité spéciale de sécurité composée d’une infanterie blindée lourdement armée. Un jour, cette brigade provoque accidentellement la mort d’une quinzaine d’adolescentes, tragique événement qui marquera profondément l’officier Im. Quelques années plus tard (en 2029), ce dernier se retrouve face à une jeune rebelle, vêtue de rouge, qui choisit de se faire exploser plutôt que se faire arrêter.

À l’instar de l’œuvre d’origine, il sera donc question de dystopie (anticipatrice plutôt qu’uchronique, cette fois-ci), d’une contextualisation dans un univers de SF fascisant sur fond de complot du conte du Petit Chaperon Rouge: un officier-loup entre en contact avec la sœur d’une rebelle décédée affectionnant la couleur rouge, le courant semble passer entre les deux, de gros pontes veulent le démantèlement de l’Illang, et… Bref.

La photographie du film est impeccable et la mise-en-scène soignée (on n’en attendait pas moins du réalisateur de Le Bon, la Brute et le Cinglé et de 2 Sœurs). J’aime aussi beaucoup la direction artistique du film, qui a (un peu) modernisé les design diesel punk de l’original sans les trahir. Les jeux de couleur sont plutôt élégants et le film, explicitement politisé, multiplie les symboles (comme le moment où une expo, qui dresse le parallèle entre le Mauer et la DMZ, est démolie par les forces de sécurité, lancées après les deux héros). La direction d’acteur est aussi plutôt bonne, pour peu qu’on adhère à ce qui, pour des yeux d’Européen, ressemble parfois à du surjeu mais correspond au fond à la norme des cinémas est-asiatiques continentaux.

Dans son déroulement, le film suit une ligne assez fidèle à celle qu’on pouvait voir dans Jin-Roh. Pour les deux premiers tiers, du moins. Et je ne comprends pas vraiment ce qui a pu se passer dans le dernier, en fait. Sur les quarante dernières minutes, donc, on a droit à vingt minutes d’action dans des égouts, où le personnage de Im est tantôt iconisé, tantôt ridiculisé, sans que je sache très bien s’il s’agit d’une intention artistique à part entière (pour nuancer l’impression de terreur qui émane de l’équipement blindé?), de copier-coller pas toujours bien géré (coucou, Aliens!) ou de vraies maladresses formelles (parce que certains trucs, c’est limite du Looney Toons). Quant-aux vingt dernières minutes… c’est une blague.

Je n’ai rien contre l’idée de faire les choses différemment de l’œuvre d’origine, mais la tordre pour en faire une soupe conformiste et consensuelle en mode guimauve, c’est non. Juste non. C’est quelque chose qu’on a déjà vu mille fois et qui n’apporte rien, ni à l’univers de la franchise, ni au film proprement dit. D’autant que ça réduit très fortement la portée symbolique de l’Illang, arrivant même à implicitement légitimer la brutalité de leurs méthodes (qui ne sont de toute façon pas présentées comme pires que celles des autres factions dans le film) et en faire, au final, les gentils de l’histoire de manière presque inconditionnelle. De braves chiens de garde en lieu et place de loups, en fait.

Alors oui, Illang est un beau film, avec beaucoup de choses à dire (il est même trop bavard, à mon avis) et à montrer (ce qu’il fait bien, de manière générale). Le problème, c’est son dernier tiers qui gâche beaucoup de choses. En fait, le film aurait parfaitement pu s’arrêter autour de la centième minute; ç’aurait fait une fin ouverte très correcte, avec quelques aménagements. Mais non, quarante minutes de trop…

Il n’est donc pas à la hauteur de Jin-Roh, sans pour autant être aussi catastrophique que ce que son échec en salle (en Corée) aura pu laisser entendre. Après, c’est vrai que les critiques ne l’ont pas raté et que ça a dû dissuader pas mal de monde.

Au revoir; à bientôt.

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