Aquamanqué

Bon, bah, ce n’est pas un scoop: le DCEU, c’est très mal barré. Malgré un Wonder Woman qui a cartonné, l’ensemble s’est avéré, au mieux, décevant. Du coup, Aquaman faisait un peu figure de dernier espoir, ou à défaut de baroud d’honneur: un film qui, par ses qualités, soit relancerait le projet, soit constituerait un crépuscule du cycle respectable. Pas de bol, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Un soir de tempête, Jango Fett Thomas Curry sauve et soigne le Dr Meridan Atlanna, princesse atlante qui s’est échouée sur un rocher. Comme elle se plait bien sur la terre ferme, elle reste avec lui, et ils vécurent heureux et n’eurent qu’un seul enfant. Fin. Ah, si seulement… Parce que, manque de chance, un commando de stormtroopers de contrefaçon débarque pour enlever la belle, et cette dernière de choisir de rentrer au pays, histoire que sa famille soit laissée tranquille. Son fils, Ronon Arthur, grandit en développant peu à peu ses capacités surhumaines (parler aux poissons, nager très vite, prendre des balles sans une égratignure…), jusqu’au jour où il participe au sauvetage du monde dans Justice League. Devenu une star mondiale, il doit désormais faire des selfies dans les bars à bikers, entre deux pintes. Mais comme la vie est une pute, c’est à peu près à ce moment que Ed Warren le roi Orm choisit de se venger des offenses faites par les surfaciens à l’Océan (pollution, surpêche, militarisation, etc.). Il commence donc à unifier les royaumes sous-marins et provoque un tsunami. La fille de Musclor Nérée (roi de Xebel), Miss San Antonio Mera, vient donc chercher Conan Arthur pour qu’il revendique son héritage royal.

Et je ne sais même pas par où commencer. Déjà le contexte de visionnage: aucun souci ce coup-ci, mais une salle vide aux deux tiers, pour une avant-première à tarif réduit, à un horaire raisonnable, avec un film tout public, juste avant les fêtes de fin d’année; ce n’est pas bon signe du tout (heureusement pour la prod’ et le staff que le film a l’air de cartonner en Chine). Ah et, oui, « tout public » implique donc que niveau violence, ça va rester très très soft. Même s’il y a de vraies grosses bastons meurtrières, elles sont filmés à une telle échelle que tout impact en est amoindri au point qu’on ne sait même plus vraiment ce qu’on voit mourir. Et quand on le sait, ça porte une grosse armure en plastoc déshumanisante ou n’est simplement pas humain. Ce qui fait que la seule vraie violence montrée à l’écran consiste en du stormtrooper shooting et du monster/mermaid kill.

On arrive d’ailleurs là au point le plus problématique du film, car autant le bestiaire et les créatures marines intelligentes sont superbes (à défaut d’être créatives), autant les équipements sont effroyablement pourris. J’imagine que, si le département effets spéciaux (sous-traités par ILM, il me semble) a bénéficié d’un énorme budget, le département costume a dû composer avec le stock du magasin de déguisements du coin. C’est moche au point qu’on se croirait dans un toku fauché des années 1970. Et du coup, ça jure monstrueusement avec les créatures numériques super bien faites (un peu comme dans Warcraft, en fait).

Après, « super bien faites » ne veut pas dire super originales, et on a juste droit à une espèce d’accumulation de jolis clichés, du gros hippocampe à la monstruosité lovecraftienne (avec un gros foreshadowing en début de film, évidemment) en passant par le bestiaire mésozoïque, les baleines et les grands requins. Mais au moins, c’est beau. C’est d’ailleurs un gros point positif du film: si on ne tient pas compte des costumes dégueulasses, il est beau. Les décors sous-marins sont juste magnifiques, colorés comme un épisode des Gardiens de la Galaxie ou un Thor: Ragnarok, façon néon fluo des 80ies, soit à des années-lumières de ce qu’on s’attendrait à trouver pour un univers sous-marin (un peu à la façon de la fin d’Abyss, mais ça va beaucoup plus loin). La musique suit le même chemin, d’ailleurs, avec une pâte synthé pas désagréable et beaucoup moins hors-sujet qu’on pourrait le penser (par contre, le remix d’Africa par Pitbull, j’ai failli vomir).

Quel dommage, cela dit, que cette direction artistique soit au service de CE scénario, qui est à la hauteur des costumes: merdique. Et c’est d’autant plus désolant que c’est James Wan qui est aux commandes, et que le monsieur est très loin d’être un bras cassé. D’ailleurs, les meilleurs scènes du film sont celles qui ont un penchant horrifique (notamment celles en rapport avec le Peuple de la Fosse ou Karathen)… sauf que, OK, elles sont très jolies, ces scènes, mais impossible de croire que Arthur sera ne serait-ce qu’un instant en danger. Pareil pour les scènes d’action, joliment filmées et chorégraphiées, mais dans lesquelles jamais on n’arrive à craindre pour la vie des persos principaux engagés dedans: on sait pertinemment comment le film va se terminer, alors comment avoir peur pour eux?

C’est d’ailleurs bien le problème du film: il n’est pas seulement scripté comme une origin-story ultra-basique, il est totalement bâclé niveau écriture. En plus, pas de bol, Black Panther est sorti avant dans l’année, et il marche sensiblement sur les mêmes plates-bandes (avec une inversion de rôles principaux, puisque c’est Arthur le challenger et Orm qui est en place). On essaie de nous construire Black Manta comme un gros méchant en devenir, sauf que le build-up est quand même très décevant, et même assez ridicule. Mais au final, c’est l’ensemble du scénario du film, qui est très décevant et assez ridicule, transformant très rapidement tous ses enjeux en sortes de blagues, et faisant de la rivalité Arthur/Orm un concours de qui a le plus gros trident (ouais, ça vole haut). Après, ça donne des scènes sympa, comme la baston en Sicile, mais c’est aussi plus comique/loufoque que vraiment impressionnant.

Je sais que c’est un peu le personnage d’Aquaman version Momoa qui veut ça, depuis qu’il a été défini dans Justice League, mais ça fait quand même beaucoup de couleuvres à avaler d’un coup, là. D’autant que les antagonistes ne sont pas du tout à la hauteur. En effet, qu’il s’agisse de Orm ou de Black Manta, tous deux ont a priori d’excellentes raisons, éthiquement défendables, d’agir comme ils le font. Mais la chose est tellement « méchantisée à la Disney » que c’en devient juste un prétexte ridicule pour taper sur Arthur et les gentils (humanité incluse). Pour les autres personnages, ce n’est pas mieux. Mera est un perso très basique dont la substance se limite à servir de présence bienveillante aux côtés du héros, pour le sortir de la panade quand il s’y met. Quant-à Vulco, il est joué par Willem Dafoe, un acteur que j’apprécie énormément, mais qui a l’air de dormir debout pendant la majeure partie du film, dans son rôle-stéréotype de mentor qui ne veut pas trop ouvertement se mouiller (un comble pour un habitant du monde sous-marin, mais bon).

« Alors c’est à ça que ça ressemble, le cercueil du DCEU… » Telle a été la réflexion d’une personne assise dans la même rangée que moi dans la salle de ciné. Je ne serai pas aussi radical, mais Aquaman est quand même très très bof, loin de Wonder Woman (même s’il est techniquement mieux ficelé). La faute à un scénario qui n’a pas grand-chose pour lui. Restent ses visuels superbes, dès lors qu’on arrive à oublier qu’il y a des putains de persos de Spielvan au premier plan, bordel!

Au revoir; à bientôt.

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