Spider-Man: Into the Spider-Verse

Décidément, je ne comprendrai jamais les marketeux français. En quoi changer un titre en anglais par un autre titre tout autant en anglais peut-il être nécessaire pour vendre un film en France? Parce que « New Generation » … bon, déjà, il n’y a pas plus passe-partout, mais c’est quand même perdre tout le sens du titre original, non? Je sais bien qu’on présente Miles Morales comme le successeur de Peter Parker, mais l’idée dominante, c’est qu’il y a un multivers avec plein de variations de l’homme-araignée (parfois pas homme, d’ailleurs), et que Morales est une itération comme une autre. Du coup, ça coûtait quoi de traduire en « dans le Spider-vers » ou, plus neutralement, « dans le multivers »? Mais sinon, il est vraiment très bien, ce film.

Miles Morales, jeune new-yorkais de Brooklyn qui a réussi à intégrer un prestigieux établissement, est un peu mal dans sa peau dans cet environnement aisé. Aussi est-ce vers son oncle, peu recommandable mais bienveillant avec lui, qu’il se tourne et va graffer la nuit venue. Lors d’une de ses sorties nocturnes, il est mordu par une araignée mutante, et assiste par la suite au dernier combat de Spider-Man contre les sbires de Wilson Fisk, ce dernier étant bien décidé à ouvrir une brèche entre les mondes. Mais si le Peter Parker de ce monde y laisse sa peau, apparaît bien vite un nouveau « Peter Parker » (plus âgé), venu d’une dimension parallèle. Et il n’est pas le seul a avoir franchi la brèche.

J’avais quelques appréhensions à propos de l’animation, que les trailers montraient comme un peu saccadée. Et elle l’est, oui, mais plus comme un effet de style intéressant qu’autre chose. La sensation « stop motion » du résultat laisse un peu l’impression qu’on est en train de tourner les pages d’un comic book plutôt que devant un grand écran, qu’on a sous les yeux des personnages de papier qui s’animent pour nous raconter l’histoire, avec des idées visuelles juste brillantes.

En fait, tout le film est agrémenté d’effets assez fous, et font de lui une œuvre unique en son genre. Surtout dans la première moitié, c’est vrai (la deuxième est plus conventionnelle), mais l’ensemble du film est extraordinaire. L’introduction de Miles Morales et de son univers visuel, pour commencer, est bien plus originalement rythmée et stylée que celle des autres versions de Spider-Man vus au cinéma jusqu’ici. Les effets visuels des brèches trans-dimensionnelles sont aussi splendides (et m’ont étrangement beaucoup fait penser aux films d’animation de Ghost in the Shell et à Gankutsuou; qui n’ont pourtant rien à voir, mais bon). J’aime aussi beaucoup les effets de mise-en-abîme qui intègrent les comics à la narration en allant beaucoup plus loin que ne le faisait Logan.

Niveau référencement, le film se lâche, avec tellement de clins d’œil, d’easter eggs et d’hommages qu’un seul visionnage est clairement insuffisant pour tous les remarquer. Il se permet même de troller ses prédécesseurs en live action, d’ailleurs. Quant-à l’inévitable caméo de Stan Lee, il a cette fois-ci une valeur toute particulière, puisque c’est sa première scène posthume au cinéma. Et il a sens très particulier, arrivant peu après l’annonce officielle de la mort de Peter Parker.

Bon, côté réal’ et mise-en-scène, c’est juste dingue, mais côté histoire et écriture en général, c’est aussi plutôt cool, sans être nécessairement révolutionnaire. L’histoire est une origin story assez classique, mais avec suffisamment de matière pour être pertinente. Miles Morales est en fait beaucoup plus intéressant que les trois premiers Peter Parker de la Columbia. Fortement marqué par le steet art et la culture du hip-hop, sa double identité à la fois latino et afro-américaine en fait, dans son école, une sorte d’élément étranger dans un environnement très marqué par l’élitisme WASP. L’apparition de ses pouvoirs est d’ailleurs dans un premier temps un vrai problème, à ses yeux.

Sa rencontre avec le premier Peter Parker constitue un événement aussi inspirant que traumatisant, par sa conclusion tragique. Quant-à sa rencontre avec le second, elle marque son entrée dans l’univers super-héroïque à proprement parler. Le Peter Parker d’un autre monde est lui un homme fatigué et cynique, ayant échoué à tous les niveaux, non pas de manière dramatique en tant que super héros, mais, encore pire, dans le monde de la vie quotidienne, ce qui le rend encore plus pathétique.

Quant-aux autres Spider-héros… bon, OK, c’est un peu le point faible du film. Spider-Gwen est posée comme une sorte de love-interest potentiel et pourtant impossible, mais elle est plutôt réussie, pour le coup. Pour les trois autres, en revanche, c’est un peu de la sous-exploitation. Et en même temps, ç’aurait difficilement pu être mieux, à part pour Spider-Man Noir (qui aurait pu être un vrai pendant hard-boiled au Peter Parker fatigué), vu les persos choisis, à savoir SP//dr et Spider-Ham. Tous deux certes issus de Edge of the Spider-Verse, mais qui sont plus des blagues que des persos réellement intéressants.

Cela étant, ces trois persos sont surtout là pour l’humour, de manière générale, et les clins d’œil parodiques aux trois volet de la culture pop dont ils sont issus (à savoir les polars, les mangas, et les cartoons). Donc, techniquement, ils remplissent leur fonction. Alors, effectivement, c’est déjà plus que dans pas mal de films super-héroïques, mais il n’empêche qu’en comparaison du reste de ce métrage, c’est un peu décevant. Et ce n’est pas comme s’il n’y avait pas matière à trouver mieux, parmi les différents héros-araignées (Silk, Jessica Drew…).

Enfin, le sujet qui fâche: l’aspect sonore. Rien à dire niveau musique, tout est dans le ton général. Par contre, je l’ai vu en VF. En même temps, vu la distribution en France, il n’est pas facile de trouver une VOST. Je ne sais pas qui est le con qui a cru que c’était une bonne idée de recruter un footballer pour faire du doublage en espérant tabler sur sa popularité pour faire des entrées, mais manifestement, ça ne marche pas (je crains même que ça ait eu l’effet inverse). Et rien d’illogique à ça: si vous étiez fan de foot et qu’on essayait de vous vendre un match sur le fait que Brigitte Lecordier serait gardien de but et Roger Carel attaquant, ça vous donnerait envie d’aller le voir, vous? Ben pour l’inverse, c’est pareil.

Donc Olivier Giroud, malgré le peu de répliques qu’il peut avoir, c’est non, et ça confirme juste l’évidence: comédien de doublage, c’est un métier. Après, c’est vrai que son perso a très peu de temps de présence à l’écran, et que le reste du staff fait de l’excellent boulot, donc au final, ça ne gâche pas grand-chose. Stéphane Bak en Miles Morales, c’est un excellent choix. Valentin Merlet pour Peter Parker aussi. Camélia Jordana pour Gwen Stacy, également. Déborah Perret et Thierry Hancisse pour les deux principaux antagonistes, j’adhère totalement. Mais il n’empêche que, si j’avais pu choisir, j’aurais préféré le voir en VO.

Quoi qu’il en soit, c’est un excellent film, une véritable claque visuelle, qui réussit à transformer en chef d’œuvre une histoire pas foncièrement originale (le principe des multiples dimensions est certes peu courant au cinéma, mais les lecteurs de comics sont tellement habitués à ça…). Aussi me dois-je de vous encourager à aller le voir, même en VF, et malgré la distribution clairement pas optimale sur le territoire français. Je trouve même assez désolant que le film ne rencontre pas davantage de succès (même si je devine très bien pourquoi). Parce qu’en fait, c’est certainement le meilleur film Marvel jamais sorti au cinéma, live-action et animation confondus.

Au revoir; à bientôt.

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