Drop Frame

Le manga est fini depuis le mois d’août, et j’aurais probablement dû en parler avant (dans le dernier vrac, par exemple), mais… Pour être honnête, je ne savais pas vraiment quoi en penser en première lecture: sur les deux premiers volumes, j’étais en mode « hype » avant d’être un peu refroidi par le troisième, et pour le quatrième, c’était plutôt quelque chose du genre « OK… Cool? Je suppose? » Bref, il m’aura fallu une deuxième lecture.

Junnosuke a rejoint le club de ciné de son bahut, dirigé par la Haruhi locale (qui n’est pas une déesse, juste une chieuse, pour le coup). Cette dernière s’est mise en tête de réaliser un film pour le festival de la rentrée, et entraine ses trois acolytes dans son sillage. Jusqu’au jour où ils croisent le chemin de Lou, métisse anglo-japonaise qui ne laisse pas Junnosuke indifférent et est recrutée d’office pour tenir le rôle féminin principal. Seulement, voilà: cette dernière est un jour assassinée, et c’est Junnosuke qui fait figure de meilleur suspect. Sauf qu’à partir de ce jour, Junnosuke vivra les journées de cet été dans le désordre. À charge pour lui de résoudre cette enquête, ou à défaut de sauver sa bien-aimée.

Je trouve le concept de base assez génial, rappelant un peu ce que Steven Moffat avait fait avec River Song dans Doctor Who. Junnosuke dispose d’un pouvoir incontrôlable qui le déphase totalement de ses amis, et même du reste du monde, à deux exceptions qui ne peuvent être nommées ici sous peine de spoiler. Parce qu’en fait, j’en ai déjà trop dit, rien qu’avec l’annonce du meurtre de Lou: il n’arrive qu’en fin de premier volume (mais vu que c’est quand même l’élément déclencheur de l’histoire, je me voyais mal éluder la chose; désolé, donc, d’avoir niqué l’effet de surprise).

C’est que l’histoire prend son temps: pas mal de mangakas auraient plié le truc en un ou deux volumes, mais Shinichirô Nariie l’a fait en quatre. Pourquoi pas, remarquez, ça permet d’étoffer un peu les persos. Ou presque. Parce que, si Junnosuke et Lou sont assez développés, et si Nozomi (la Haruhi à ponytail de service) et un inspecteur chargé de l’enquête ont droit également à un petit développement, pour les autres protagonistes, c’est le minimum syndical. Y compris pour l’assassin.

De fait, c’est un peu problématique, car l’intérêt d’un polar, ce n’est pas seulement son intrigue, mais également la personnalité du coupable: il est toujours un peu décevant de devoir se contenter d’un simple « c’est un taré » en guise de motivation. Même si pour le coup, ce n’est pas nécessairement illogique. Ce qui l’est, en revanche, c’est le prétexte invoqué pour l’anomalie temporelle dont est victime Junnosuke. Je vais devoir spoiler dans le prochain paragraphe, donc à bon entendeur…

La justification du foutoir chronologique est juste complètement conne: Junnosuke est né un 29 février. Juste ça. Je veux bien que ce soit rare, mais comment croire que ça suffit à provoquer tout ce pataquès? Pareil, on insiste également sur le fait que les victimes du tueur, toutes nées à cette date, sont très facilement oubliées du fait de leur date de naissance… et c’est tout! Pas de truc mystique pour justifier la chose, rien. De fait, on est, en tant que lecteur, violemment catapulté hors du récit, simplement parce qu’il est dès lors impossible d’y croire.

Bref, le prétexte à l’anomalie est donc juste idiot… et inutile: il suffisait simplement de laisser planer le mystère, tout n’a pas vocation à être clairement explicité dans une fiction. En l’occurrence, je me serais parfaitement accommodé d’un « je ne sais pas vraiment comment ni pourquoi, mais depuis que l’affaire est résolue, ça ne m’est plus jamais arrivé » comme dans Erased.

C’est d’autant plus navrant que c’est vraiment LE point faible d’un manga autrement bourré de qualités, avec un dessin certes assez passe-partout, mais pas désagréable pour autant. Et une histoire qui sur les deux premiers volumes est vraiment excellente… jusqu’au moment fatidique où on découvre le pourquoi du comment. Et le quatrième, s’il redresse un peu la barre, enfonce le clou dans son final, lors de la révélation du criminel. Qui sonne presque comme un troll, maintenant que j’y pense.

Toutefois, le récit évite l’écueil principal des fictions à anomalies temporelles: l’usine à incohérences. Là, ok, il y a bien (en plus des explications idiotes) deux ou trois trucs qui ne vont pas, mais on arrive à en faire abstraction. Si bien que le scénario tient globalement la route.

Ma deuxième lecture de Drop Frame a en un sens confirmé mon impression première: la première moitié est vraiment très intéressante, originale et bien fichue, mais la deuxième se perd inutilement en explications qui pourrissent le concept de base, sabotant la crédibilité de l’ensemble. Drop Frame est donc en quelque sorte un acte manqué, un thriller de SF très prometteur qui aurait pu être bien meilleur s’il avait été mieux maîtrisé.

Cela étant, il n’est pas non plus totalement honteux comme ont pu l’être certains thrillers en manga publiés chez nous (ceux de Toshiki Tonogai, par exemple). Juste que c’était si bien parti…

Au revoir; à bientôt.

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