Bird Box

Le film est arrivé avec l’hiver sur le catalogue de Netflix. Alors voilà.

Un vent de panique s’est abattu sur l’Eurasie, où une bonne partie de la population succombe à ce qui ressemble à une vague contagieuse de suicides. Malorie Hayes, qui habite en Californie, se dit que, bon, ça va, c’est pas à côté, donc elle peut aller sans risque avec sa sœur à l’hôpital pour un examen de grossesse. Mais pas de bol: la ville où elle se trouve est également frappée, tout comme sa sœur, qui meurt sous ses yeux. Dans son malheur, elle parvient à rejoindre la maison de Greg, où se rassemblent plusieurs survivants, dont Olympia, également enceinte. Cinq ans plus tard, Malorie, les yeux bandés, emmène vers de meilleurs lieux deux enfants, emportant une boîte dans laquelle elle a enfermé ses trois perruches, animaux indispensables pour détecter la présence de ce qui provoque la folie suicidaire.

Bon, bah à première vue, ça ressemble un peu à Phénomènes de M. Night Shyamalan, un film que j’ai vu deux fois et qui ne m’a pas vraiment laissé de bons souvenirs (ça va, j’ai été assez gentil, là? Parce qu’en vrai, je pense que c’est une sacrée merde). D’ailleurs, dans sa photographie, Bird Box ressemble aussi un peu à un pot-pourri de pas mal de films d’angoisse, de siège, d’invasion, d’horreur… dont on retrouve pas mal de ficelles. Comme par exemple l’idée d’avoir un animal pour détecter une menace invisible (et qui remonte à bien avant l’invention du cinéma, mais c’est une autre histoire).

L’ennui, c’est qu’est sortie l’année dernière la série The Mist, au concept de base vraiment proche (pour ne pas dire identique), pourtant adaptée de l’œuvre d’un autre écrivain. Bird Box est en effet tirée du roman éponyme de Josh Malerman, que je n’ai pas du tout lu, donc aucune idée de la fidélité de l’adaptation (à ce qu’il semble, plusieurs libertés ont été prises). Quoi qu’il en soit, le risque de redite avec la série adaptée de la nouvelle de Stephen King était bien réel. Sauf que, dans les faits, pas vraiment.

Parce que, si on y retrouve bien certaines idées, la scénarisation n’a quasiment rien à voir. Déjà, aucune démonstration du phénomène autre que par la réaction des personnes présentes: à aucun moment ce qui provoque la vague de folie ne sera montré, pas plus qu’on ne montrera ce que perçoivent effectivement les personnes qui en sont victimes (à part parfois les sons, et ce n’est pas la meilleure idée du monde, d’ailleurs). Outre l’économie de moyens non-négligeable que ça représente (et le fait qu’on esquive le kitch d’effets spéciaux ratés), ça a aussi pour effet de bien mettre en valeur le travail des acteurs, qui arrivent la quasi-totalité du temps à transmettre la tension au spectateur.

Car niveau acting, le film se pose plutôt bien, avec Sandra Bullock dans le rôle principal (et à la production, aussi), Trevante Rhodes et John Malkovitch pour lui donner la réplique, B. D. Wong dans un petit rôle qui n’en redore pas moins son blason après sa participation récente aux deux Jurassic World et à Gotham… Donc pas vraiment de fausse note, que ce soit en terme de casting ou en termes de jeu. Le personnage de Malorie est certainement le mieux écrit, mais il se dégage de la plupart une certaine ambivalence, malgré les sacrifices obligatoires aux sacro-saints stéréotypes hollywoodiens (et à ce titre, John Malkovitch joue très bien l’électeur de Trump aigri).

Pour ce qui est de l’histoire proprement dite, je serai un peu plus nuancé. Déjà elle accumule pas mal de clichés (bon, à la limite, d’accord) et certaines facilités semblent par moment beaucoup trop grosses (l’acquisition des oiseaux, par exemple). Mais surtout, le choix de raconter toute l’histoire en flashback par rapport au moment où Malorie quitte la maison avec les deux mioches sous-entend beaucoup de choses; à commencer par l’idée que tous les persos qu’on voit dans les flashbacks, soit la majorité du temps de film, sont morts, ou  portés disparus. Difficile, dès lors, de vraiment s’y attacher.

Il y avait aussi un gros défi à mettre en scène, à savoir le fait que la vue est un sens indispensable pour être touché par la folie suicidaire, et que, par conséquent, les persos ne se déplacent que dans des lieux calfeutrés ou les yeux bandés: comment rendre à l’écran les ténèbres dans lesquelles évoluent les personnages, pour impliquer le spectateur? Eh bien… juste en mettant de temps en temps une caméra en vue subjective avec du tissu dessus. Et c’est tout. Décevant, donc.

De fait, on en arrive à la situation paradoxale où les acteurs, crédibles et impliqués, arrivent à transmettre une tension ou des émotions que l’histoire et le montage viennent saborder par derrière. Autre chose: le film dure plus de deux heures, et on les sent passer. Je sais bien que ça prend du temps, de poser un univers et une ambiance, mais ça fait beaucoup, quand même.

Alors, malgré un bon jeu d’acteurs et quelques partis pris intéressants (comme celui de ne jamais montrer la menace proprement dite), Bird Box se contente le plus souvent de naviguer à l’aveugle sur la rivière des clichés, avec une ou deux fulgurances de temps à autre. Mais au final, on est quand même loin d’un scandaleux ratage. Sur un certain nombre d’aspects, il est meilleur que Sans un bruit, par exemple.

Au revoir; à bientôt.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. VpViennetta dit :

    « […] Phénomènes de M. Night Shyamalan, un film que j’ai vu deux fois et qui ne m’a pas vraiment laissé de bons souvenirs (ça va, j’ai été assez gentil, là? Parce qu’en vrai, je pense que c’est une sacrée merde). »

    XD
    Ta clémence t’honnore, ta clairvoyance t’ouvre carrément les portes du Panthéon.

    Aimé par 1 personne

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