Bumblebee

Jusqu’ici, chaque film live Transformers s’est avéré au mieux décevant, et c’est un doux euphémisme. Alors, autant dire que l’annonce d’un spin-off sur le personnage de Bumblebee, ce n’était pas de nature à rassurer son monde sur la qualité de l’avenir de la franchise. Sauf qu’au final, il se révèle plutôt cool, ce film. Nettement meilleur que les autres, en tout cas.

Sur Cybertron, le dernier carré de la résistance Autobot tente de tenir bon face aux assauts des Decepticons victorieux, le temps d’évacuer ce qui leur reste de troupes. Dans ce chaos, le leader rebelle Optimus Prime charge le soldat B-127 de rallier la Terre afin d’y sécuriser une base pour accueillir les survivants de sa faction. Mais B-127 atterrit au beau milieu d’un entrainement de combat dirigé par Jack Burns, qui apprécie très modérément de voir un robot extraterrestre débarquer chez lui. D’autant que c’est l’instant que choisit le Seeker Decepticon Blitzwing pour attaquer l’éclaireur Autobot, qu’il parvient à sévèrement endommager avant d’être lui-même détruit. Quelques temps plus tard, dans une petite ville côtière de Californie, la jeune Charlie Watson, en quête de pièces pour sa bagnole, tombe sur une épave de Coccinelle jaune chez son oncle ferrailleur, et entreprend de la retaper. Au même moment, sur une lune de Saturne, les Decepticons Shatter et Dropkick exécutent l’Autobot Cliffjumper, avant de foncer vers la Terre pour retrouver B-127 et lui faire avouer où se cache Optimus Prime.

Comment se fait-il que ce film soit à ce point meilleur que les autres Transformers, alors que son budget a été très inférieur (genre environ deux fois moins de pognon engagé que pour le précédent, The Last Knight)? À mon humble avis, pour deux raisons principales. La première, c’est le mecha-design. J’ai toujours trouvé que celui des films était jusqu’ici dégueulasse la majeure partie du temps, en particulier côté Decepticon. Parmi les exceptions, Bumblebee lui-même. Ce qui tombe bien, puisque c’est pour ainsi dire le seul design qui ait été conservé presque tel quel pour ce film. Pour le reste, flashback dans les 80ies, avec juste une modernisation des vieux modèles.

La scène d’ouverture de Bumblebee est donc un festival nostalgique de souvenirs de la première série d’animation, où on peut retrouver des têtes biens reconnaissables dans les deux camps, comme Arcee, Wheeljack, Soundwave ou Shockwave. Une fois passée cette scène, cependant, on s’éloigne un peu de cette fidélité à la G1, premièrement avec un Blitzwing arborant les couleurs de Starscream (après, vu qu’il n’est pas nommé dans le film, j’imagine que le but était de coller un design plus familier pour le spectateur; et de toute façon, le design de Starscream a été saccagé dans les films de Michel Baie et ce sont eux qui constituent le canon officiel de la franchise au ciné).

Et deuxièmement avec un redesign complet de Dropkick en Triple Changer (ce qui n’est pas plus mal), lequel fait équipe avec Shatter (également Triple Changer). Le design de ces deux-là rappelle beaucoup ceux des précédents films, mais sont suffisamment « identifiés » pour qu’on ne se retrouve pas dans la situation, par exemple, de Revenge of the Fallen, où il y a tellement de robots lambda qu’on ne sait même plus vraiment qui est qui. D’ailleurs, puisqu’on en parle, ici, il n’y aura véritablement que trois robots importants (allez, cinq si on compte Optimus Prime et Blitzwing), soit Shatter, Dropkick et B-127/Bumblebee. Cela limite certes le potentiel de scènes d’action, mais le scénario ne s’en porte que mieux.

Du coup, deuxième raison expliquant que Bumblebee soit beaucoup plus digeste que ses prédécesseurs: Michael Bay n’est plus crédité qu’à la production. OK, c’est toujours un rôle extrêmement important, surtout aux USA, mais la réalisation a cette fois-ci été confiée à Travis Knight, dont c’est d’ailleurs le premier long métrage en prise de vue réelle. Or, il s’avère être un nettement meilleur réal’ que son prédécesseur, beaucoup moins bourrin et décérébré dans ses mises-en-scène. Et, ça, c’est aussi très visible dans l’écriture, confiée à Christina Hodson, également débutante (c’est son troisième film à ce poste), puisque le film est désormais à peu près dépourvu de l’humour beauf qui était jusque-là la marque de fabrique des Transformers ciné.

Le perso principal, à savoir Charlie (incarnée par Hailee Steinfeld), est bien éloignée du sexisme vulgos des films de Bay. En gros, c’est un stéréotype de jeune « punk-mais-pas-trop » des années 1980, le plus souvent vêtue de noir et arborant fièrement des t-shirts de ses groupes préférés (dont un Motörhead; cool). Il y a aussi un certain jeu symbolique avec Breastfast Club, aussi bien pour Bumblebee que pour Charlie, qui a pas mal de problèmes à régler avec la société, mais aussi et surtout au sein de sa famille (deuil de son père, remariage de sa mère, etc.) Alors, oui, évidemment, ce n’est pas exceptionnellement innovant ou créatif, mais je vous rappelle qu’on part de vraiment très loin.

De manière générale, d’ailleurs, la structure générale est celle d’un coming of age movie, où vient se greffer l’élément « robot alien » qui jouera pour elle à la fois le rôle de père de substitution (enfin, dans une certaine mesure) et celui de… euh… bah E. T. de Spielberg, en fait. Mais déguisé en bagnole/robot humanoïde qui tentera maladroitement d’aider Charlie dans sa vie quotidienne tout en essayant d’accomplir sa mission (laquelle consistera essentiellement à tenter de survivre). Et réciproquement, bien évidemment; donc, clairement pas un scénario oscarisable, mais un sacré progrès à tous les niveaux malgré les facilités scénaristiques.

Ici, la sauvegarde du monde se retrouve entre les mains de Charlie et son robot, qui vont quasiment faire tout le boulot: les autres personnages humains, et surtout les personnages masculins (ceux qui sont en position d’agir) resteront impuissants. Ah si, il y a une scène où le beau-père de Charlie est efficace (presque accidentellement, en fait), mais c’est à peu près tout. Car, force est de reconnaître que les décisions et actions masculines sont dans le meilleur des cas inefficaces, dans le pire des cas catastrophiques. Par exemple, la xénophobie anti-Transformers de Jack Burns (incarné par John Cena) n’est tempérée que parce que ses supérieurs hiérarchiques entendent tirer profit du contact extraterrestre; sauf qu’ils choisissent le camp Decepticon. De fait, Bumblebee est un « fugitif » pendant la quasi-totalité du film, n’étant aidé que par Charlie alors qu’il est le meilleur espoir de l’humanité, quand les pontes du Secteur 7 choisissent naïvement de s’associer avec ceux qui veulent être leurs fossoyeurs.

Enfin, il y a la question du référencement culturel. Parce que, pour tout dire, ça y va, et plutôt fort; plus que ce qui relèverait de la simple contextualisation, je veux dire. Outre les références à John Hughes et aux designs de la G1 de Transformers, le film baigne dans la fin des années 1980: les gens regardent Alf à télé, écoutent A-ha ou The Smiths sur cassette audio, mangent des Quakers Mr. T au petit déj’, jouent (encore?) sur console Atari (vous me direz, je jouais sur MO6 à cette époque, alors…), etc. On a même droit au thème du premier film d’animation Transformers de 1986 (You Got the Touch de Stan Bush) en combo avec le gimmick « je parle avec ma radio » qui est consubstantiel au personnage de Bumblebee depuis le premier film de Bay (d’ailleurs une de ses meilleurs idées. Quoi? Moi aussi, ça m’arrive d’être sympa, oh!). En la matière, je trouve même que le film s’en sort mieux que Ready Player One, pour comparer deux productions Spielberg récentes.

Au final, Bumblebee est LE film Transformers qu’on attendait depuis douze ans, donc clairement pas un chef d’œuvre absolu de la SF, mais un film chaleureux et nostalgique, aux antipodes du bling bling beauf des films dont il est la préquelle. Malgré de très grosses incohérences avec le reste de la saga, du coup. Perso, en sortant de la salle, je m’étais dit que c’était un reboot; sauf que le producteur Lorenzo di Bonaventura soutient le contraire… Maintenant, c’est vrai que la série n’avait juste plus aucun sens, on n’est plus à ça près. Mais quel gâchis: Bumblebee était justement l’occasion de repartir sur de nouvelles bases, beaucoup plus saines. Ou au contraire, d’en rester là, sur une note positive. Ce ne devrait être, a priori, ni l’un ni l’autre. Il faut juste espérer que les producteurs auront la présence d’esprit de laisser le duo Knight/Hodson aux commandes.

Au revoir; à bientôt.

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