Legend of the Galactic Heroes – Desolation

Petit retour, sur l’antépénultième (j’aime bien ce mot) volume de cette grande saga, paru le mois dernier.

Le Kaiser Reinhard von Lohengramm contrôle désormais 99% de l’espace humain, mais le pourcentage restant lui cause quelques tracas. En effet, Yang Wen-li s’est réfugié avec ses partisans (et une puissante armée) dans le planétoïde artificiel fortifié qu’est Iserlohn. Or, cette forteresse est quasiment inexpugnable: en plusieurs siècles, elle n’a été conquise que deux fois; par le même tacticien; à savoir celui qui l’occupe actuellement. Autant dire que, bien qu’ayant l’avantage du nombre, Reinhard aura bien du mal à en prendre possession, pour mettre au pas les derniers tenants de la démocratie galactique. Pendant ce temps, l’église terrienne continue de comploter dans l’ombre, avec l’espoir de changer la donne en sa faveur.

Alors, désolé, mais comme d’habitude, spoilers, etc. Ce volume est un des plus décisifs en termes de récit. Car, si, d’un point de vue stratégique, la victoire à moyen terme de Reinhard semble ne faire aucun doute, la survivance d’un noyau républicain constitue pour l’univers connu un espoir à long terme: Reinhard n’est pas immortel, et rien ne permet d’affirmer que ses successeurs seront aussi brillants. L’existence d’une flotte rebelle en Iserlohn peut donc assurer la renaissance ultérieure du régime de Heinessen, voire la reconquête des territoires perdus.

Cela, Reinhard en est parfaitement conscient, et cela justifie son acharnement à s’attaquer à ce qui n’est plus, démographiquement et économiquement, qu’une partie négligeable de l’humanité. Alors que Iserlohn, autrefois élément clef de la stratégie impériale, n’est désormais plus qu’une zone périphérique (la capitale ayant été transférée à Phezzan, nouveau centre de la galaxie), il est impensable pour le jeune empereur de laisser survivre ce reliquat de rébellion. Enfin, ça, c’est la version officielle.

Officieusement, il est évident que Reinhard souhaite, de toute façon, en découdre avec Yang Wen-li: encore frustré par sa fausse-victoire lors de la bataille de Vermillion, l’empereur reste un homme de guerre avant tout, et n’est manifestement satisfait que sur un champ de bataille; et encore, à condition d’avoir face à lui un adversaire de sa trempe. Or, tous ceux qui pourraient faire preuve d’un minimum de répondant contre lui sont désormais dans son camp, à une poignée d’exceptions. Ces dernières sont justement Yang Wen-li et quelques uns de ses alliés (Julian Mintz; peut-être Dusty Attenborough également).

Aussi toute la première partie du roman est une description de cette gigantesque partie d’échecs asymétrique, où l’un a l’avantage du nombre et l’autre de la position. Toutefois, cette partie n’est jamais terminée. Déjà parce que la santé déclinante de Reinhard et l’influence posthume de Siegfried Kircheis (présentée de manière très shakespearienne) invitent le Kaiser à chercher une résolution diplomatique à cette crise coûteuse en vies humaines. Et ensuite parce que la Church of Terra élimine physiquement Yang Wen-li.

C’est là l’un des plus gros coups de théâtre de cette série de romans, du même ordre que la tentative d’assassinat avortée de Reinhard qui a coûté la vie à Siegfried Kircheis. Surtout, cette mort est particulièrement pathétique. Déjà parce que Yang Wen-li n’a jamais rien eu d’un soldat. Un tacticien, un stratège, oui. Mais un soldat, jamais. Il est même répété à plusieurs reprises qu’avec une arme à la main, il serait plus dangereux pour sa propre personne que pour son ennemi. Le fait qu’il soit abattu dans un combat à échelle humaine et non au cours d’une bataille spatiale, tué par un ancien officier d’état major de l’Alliance qui plus est, a donc une portée symbolique particulièrement forte.

Car c’est un « démocrate » qui assassine le dernier espoir de la démocratie, au profit de l’Empire et pour le compte de fanatiques religieux: jusqu’au bout, Yang Wen-li sera victime des tenants des idéaux qu’il défend, tenants qui (parfois à leur corps défendant mais pas toujours) font systématiquement le jeu de leurs ennemis. Ironie du sort: Job Trunicht, dont les choix politiques et diplomatiques désastreux ont mené à la fin de l’Alliance, entre au service de l’Empire (ce que Reinhard conçoit comme une humiliation, mais manifestement pas lui), alors que le leader militaire de la dernière faction démocrate est lâchement abattu par le responsable du désastre d’Amritsar.

D’autant que sa mort arrive au pire moment possible: celui où des négociations de paix peuvent être entamées, où Reinhard accepte, enfin, de ranger les armes. Pour le jeune empereur, c’est une frustration supplémentaire que de devoir accepter l’idée que son plus grand adversaire a été anéanti par traitrise quand lui-même n’a jamais réussi, en suivant les règles de la guerre, à en venir à bout. En un sens, sa mort fait écho à celle de Kircheis, et pèse à son tour lourdement sur le moral déjà défaillant du Kaiser.

Elle pèse encore plus lourd sur le reliquat de l’Alliance, qui avec la disparition de Yang Wen-li a finalement tout perdu: aucun des officiers qui restent n’est suffisamment talentueux ou charismatique pour succéder, et c’est Julian Mintz qui, presque par défaut, se voit contraint de le faire. Ce dernier a bien le talent, mais manque cruellement d’assurance. De fait, il ne peut empêcher la défection de certaines de ses troupes, qui suivent Murai en direction de Heinessen, désormais régie par Oscar von Reuentahl au nom de l’Empire.

C’est aussi la fin de l’éphémère république d’El Facil, et le début d’un nouvel acte dans l’histoire de l’humanité: puisqu’elle est presque totalement réunifiée et en tout cas totalement pacifiée (vu que Iserlohn ne souhaite pas pour le moment continuer le combat), toute nouvelle forme de conflit ne pourra être qu’interne. Or, les dissensions sont loin d’être inexistantes au sein de l’Empire. C’est qu’Oscar von Reuentahl et sa dulcinée dissidente sont désormais bien loin du cœur du pouvoir, que Paul von Oberstein est un politicien cynique dépourvu de scrupules, que Job Trunicht revient aux affaires après un gigantesque retournement de veste, qu’Adrian Rubinsky continue de comploter dans la clandestinité à Phezzan, et que l’archevêque De Villiers de la Church of Terra a toujours le bras long…

En dépit de l’unité apparente, c’est donc dans une galaxie traversée de profondes tensions, capables de dégénérer à grande vitesse, que ce huitième tome nous laisse. Avec, en figure centrale, un empereur plus seul que jamais, et dont l’état de santé commence à se montrer préoccupant. Et, en figure toujours ascendante, un Julian Mintz catapulté à un poste dont il s’estimait indigne et qui devra faire ses preuves, hanté par l’ombre de son mentor.

La suite cet été, a priori.

Au revoir; à bientôt.

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