The Expanse – Saison 3

Si la première saison de The Expanse m’avait emballé, je ne peux malheureusement pas en dire autant de la deuxième. C’est donc avec une certaine circonspection que j’attendais cette troisième saison, d’autant que Syfy avait annoncé l’an passé que ce serait la dernière…

Jim Holden et son équipage ont réussi à se débarrasser de leur « passager clandestin » et font route vers Io, toujours dans le but de retrouver la fille de Prax Meng. Dans le même temps, Bobbie Draper tente d’évacuer la sous-secrétaire Avasarala du yatch de Jules-Pierre Mao, dans lequel ce dernier l’a piégée. Elle dispose en effet de preuves que Mao magouillait avec le sous-secrétaire Errinwright, pour à la fois déclencher une guerre contre Mars et mener en secret des expériences sur la protomolécule impliquant des enfants; sur Io.

Les principaux soucis de la saison 2 tenaient essentiellement à deux choses. La première relevait de choix esthétiques douteux: les Calibans étaient juste des versions schtroumpf de super-zombies. Ce qui est toujours le cas, mais vu qu’on n’en verra plus beaucoup en action, ça passe forcément mieux; bon, ça ne suffit pas à rendre crédible la séquence où Bobbie se fight avec en mode Ripley version Aliens, mais on ne peut pas tout avoir, non plus. Et puis, ce qui est fait est fait: la direction artistique de la série a volontairement choisi d’amoindrir la dimension « horreur gore » des bouquins depuis la première saison, donc ça ne laisse pas vraiment de grande liberté de manœuvre en la matière pour la suite.

La deuxième chose problématique de la saison 2, c’était son rythme étrange avec un gros climax au milieu pour se finir sur un cliffhanger un peu OSEF. Qui ne paraît au fond pas si étrange que ça, si on se rappelle que, en réalité, la saison 2 se trouvait à cheval sur deux romans distincts, et s’achevait en plein milieu de l’histoire du deuxième. Laquelle n’était pas vraiment prévue pour ça: le climax, on l’a ici, en saison 3. Et toujours en plein milieu. Du coup, pourquoi ça ne passait pas avec la deux et maintenant si? Eh bien parce que le second segment de la saison 3 couvre la totalité de La Porte d’Abaddon. Or, La Porte d’Abaddon est un roman chiant. Beaucoup trop long, et chiant. Du coup, le fait qu’il soit rushé en quelques sept épisodes, c’est juste… bien, en fait.

On s’épargne les longueurs pénibles de l’histoire originale, et les nouveaux persos introduits ne sont finalement pas plus cons et bâclés que leur version de papier. Dans l’objectif d’abréger, certaines libertés ont été prises, notamment avec la suppression du personnage de Bull (ou, s’il est là, je ne l’ai pas remarqué), la présence de Bobbie jusqu’à la fin (alors qu’elle est quasi-absente de La Porte d’Abaddon version roman), et l’introduction anticipée du Dr. Annushka Volovodov (qui gagne au passage en importance dans le background général). Melba Koh est, elle, toujours aussi conne, mais comme l’actrice (Nadine Nicole) joue bien, ça passe forcément mieux.

Certains persos, assez caricaturaux dans le roman, s’étoffent ici un peu plus et gagnent en personnalité. Je songe principalement aux deux commandants rivaux du Behemoth, à savoir Klaes Ashford (campé par David Strathaim) et Camina Drummer (jouée par Cara Gee). Tous deux incarnent des individus à forte personnalité, radicalement opposés tout en ayant un objectif commun: le bien de la Ceinture et de ses habitants. Sauf qu’ils ambitionnent d’occuper le même poste, qu’ils cheminent par des voies différentes et qu’ils n’ont pas du tout la même opinion de l’équipage du Rossinante (Camina ne cache d’ailleurs pas son affection pour Naomi). Le premier semble avoir été adouci par rapport au roman, tandis que la seconde semble plus endurcie, en une sorte de duo père-fille improvisé par les circonstances où chacun éprouve un respect mêlé de condescendance paternaliste d’un côté et de rejet rebelle de principe de l’autre. Comme en témoigne d’ailleurs une suite de scènes de l’épisode 11, qui de mémoire n’est pas dans le roman et que je m’en voudrai de spoiler ici.

Si la première partie de la saison est par beaucoup d’aspects très proche de la précédente, la seconde adopte, elle, un ton assez différent, du fait de l’évolution des événements et du contexte général. On y retrouve pas mal d’éléments constitutifs typiques des huis clos spatiaux, et le fait que la majeure partie de l’action se déroule sur le Behemoth (le plus gros vaisseau jamais créé par l’humanité) donne un côté très « Battlestar Galactica » à l’ambiance générale. Ne serait-ce que par la dualité Ashford/Drummer, qui rappelle un peu la dualité Adama/Roslin.

Quant-à l’équipage du Rossinante, qui reste le cœur de la série, il reste égal à lui-même. Et cependant, il semble tiraillé entre les idéaux de son Don Quichotte de capitaine et le passé de chacun. C’est que, confrontés à l’armée de Mars en difficulté ou aux intérêts de la Ceinture, Alex et Naomi sentent leur loyauté vaciller, dans un sens comme dans l’autre, tandis que Jim se découvre une particularité que je ne vais pas spoiler ici. Seul Amos reste inflexible dans sa position, mais il est vrai que s’il y a bien un personnage monolithique dans cette série, c’est lui.

Enfin, le temps de présence de Bobbie a été fortement rallongé, à plus ou moins raison. Bon, c’était déjà le cas dans la saison précédente, mais je n’arrive toujours pas à croire en Frankie Adams en space-marine. Sauf quand elle porte son armure (ce qui est toutefois plus souvent le cas qu’auparavant). Ceci étant dit, le maintien du personnage dans l’histoire contribue à apporter une certaine continuité dans la liste des persos principaux, sans quoi on devrait pratiquement se contenter du seul équipage du Rossinante comme unique fil rouge d’une saison à l’autre (d’ailleurs, c’était aussi le cas dans la première saison, où Avasarala avait été ajoutée alors qu’elle était pour ainsi dire absente du roman).

Donc cette troisième saison redresse très fortement la barre après une deuxième en demi-teinte, et… c’eût été très regrettable de s’arrêter en si bon chemin. Syfy l’a annulée, mais elle a été reprise par Amazon Prime Video. Un service de VOD dont je dis beaucoup de mal habituellement, mais qui a assuré, sur ce coup. Plus qu’à espérer que la prochaine saison, qui devrait couvrir (au moins en partie) le roman Les Feux de Cibola (j’en parlerai d’ailleurs bientôt), suive le même chemin.

Au revoir; à bientôt.

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