Les Feux de Cibola

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Chose promise, chose due: retour sur le quatrième volume de The Expanse, dont l’édition de poche est sortie il y a peu. Alors…

Près d’un millier de nouveaux mondes colonisables à souhait. Tel est le magot sur lequel l’humanité pense pouvoir faire main basse depuis que les « portes » sont désormais sous contrôle. Petit problème: une conscience générée au sein de la protomolécule (adoptant les traits et postures de Miller) a informé Jim Holden qu’une implacable catastrophe avait décimé la civilisation qui l’a élaborée. Dans des circonstances qui demeurent très mystérieuses, et sur lesquelles il sera nécessaire d’enquêter. Bref, tous les voyants sont au rouge et devraient inciter l’humanité à la prudence. Sauf que non. Parce que… non. La fièvre du lithium a poussé moult colons venus de la Ceinture à prospecter sur Ilus, au grand dam de la compagnie désignée par les Nations Unies terriennes pour l’exploiter. L’ennui, c’est qu’entre Ceinturiens/squatteurs et Terriens/exploiteurs, les tensions deviennent très rapidement sanglantes. Et puisque décidément, personne ne peut l’encadrer, c’est Jim Holden que la Secrétaire Avasarala envoie servir de médiateur, sur cette si jolie pétaudière.

Ce volume marque un certain changement de ton dans la série, qui passe de la space opera à la planet opera sans crier gare: c’est qu’Ilus recèle bien des mystères en son sein, car, au-delà de sa faune exotique, c’est toute la science de la civilisation de la protomolécule qui transpire dans la biosphère semi-artificielle de la planète. Science qui n’est d’ailleurs qu’en dormance et ne demande qu’à s’éveiller, au son des conflits humains. Comme dans le précédent volume, l’humanité semble très petite face aux restes de ceux qui l’ont précédé, et n’apparaît pour ainsi dire que comme une nuisance aux yeux des IA et autres protocoles de défense automatisés.

Mais la nuisance, elle s’en fout: ce qu’elle veut, la nuisance, c’est exploiter Ilus, au nom de sa faction. Aussi retrouve-t-on, transposées dans un contexte exoplanétaire, les antagonismes du système solaire que l’on connait déjà bien. La Terre entend toujours imposer sa prééminence, même en espace inconnu, tandis que la Ceinture exporte sa lutte anticoloniale jusque dans ses propres colonies informelles. Deux postures évidemment incompatibles et inconciliables, qui vont permettre aux tarés de tous bords de laisser libre cours à leurs pulsions fanatiques et/ou nihilistes, autour d’un litige sur un chargement de lithium.

Jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de fermer les yeux sur ce qui les entoure et que l’on commence, enfin, à considérer la planète pour ce qu’elle est: un habitat mortellement dangereux. Au fond, Ilus est le personnage principal de l’intrigue, comme pouvaient l’être Solaris, le Monde Azur ou Dune, dans les romans éponymes. Et c’est donc en toute logique que l’un des nouveaux personnages point de vue est Elvi Okoye, biologiste de formation et envoyée sur Ilus par les Nations Unies.

Toutefois, si, du fait de sa formation, elle est un personnage idéal pour faire découvrir la planète au lecteur, sa personnalité est vraiment… fade. En gros, c’est une groupie de Jim Holden, et c’est à peu près le seul trait de personnalité qui va la définir (ça et la curiosité scientifique; heureusement). Bref, clairement pas le meilleur perso féminin de l’histoire. Pour ce qui est des autres personnages point de vue, on retrouve, évidemment, Holden (et aussi, dans une certaine mesure, Miller), mais c’est le seul que l’on connaisse déjà à cet office (hormis Bobbie Draper et Chrisjen Avasarala pour deux chapitre, en introduction et conclusion). Les deux autres personnages point de vue récurrents sont nouveaux, bien qu’on ait déjà eu l’occasion de les croiser dans les volumes précédents, en tant que personnages secondaires.

Basia Merton était ainsi une connaissance de Prax Meng et le père de Katoa, une des nombreuses victimes des expériences sur la protomolécule de Jules-Pierre Mao dans La Guerre de Caliban. Autant dire qu’il en a gros sur la patate après cette histoire et en veut à mort aux institutions terriennes. Quant-à Dmitri Havelock, il s’agit de l’ancien partenaire de Miller sur Cérès dans L’Éveil du Léviathan, et officie désormais en tant qu’agent de sécurité pour le compte de l’équipe terrienne. Il éprouve un mélange de sympathie et de méfiance vis-à-vis des Ceinturiens, dont il connait les excès tout autant qu’il reconnait les injustices dont ils sont victimes. De fait, il n’arrive que très difficilement à cautionner la politique expéditive de son supérieur hiérarchique direct.

Car Murtry (c’est son petit nom) est un vrai connard. Cynique, rusé et nihiliste, il use et abuse de son pouvoir dans le seul et unique but de pouvoir buter des gens tout en se planquant derrière le sacro-saint règlement de l’entreprise qui l’emploie. Peut-être le perso le plus intéressant de l’histoire, même s’il s’avère assez caricatural au final. Pour le reste, j’avoue n’en avoir trouvé aucun qui soit particulièrement marquant. Je dirais même qu’il y a pas mal de potentiel gâché. Comme Carol Chiwewe, dont rôle restera toujours fonctionnel, ou Wei, qui aurait pu bénéficier d’un peu plus de développement.

De même, l’équipage du Rossinante est ici assez fadasse, et il n’y a guère que Holden (encore) qui connaisse un réel développement. Amos, Alex tout comme Naomi restent égaux à eux-même (bien que cette dernière joue un rôle beaucoup plus important que les deux autres). Mais au fond, peu importe: c’est la découverte de la planète qui constitue l’intérêt premier du titre, et… eh bien… c’est sympa, oui, mais ça aurait pu être quand même un peu plus que ça. Ce n’est pas Aldébaran et son bestiaire surréaliste, quoi. On reste vraiment dans les clous, et si certaines descriptions ont indéniablement un certain charme exotique, aucune ne donne réellement le vertige.

Les Feux de Cibola m’a un peu déçu sur ce plan, mais il est vrai que, la planet opera étant un de mes sous-genres préférés de la SF, je suis probablement plus exigeant en la matière que je ne le devrais. L’histoire se tient, l’univers aussi, et les persos également. Le tout avec suffisamment de rythme pour que, contrairement à La Porte d’Abaddon, on ne s’ennuie jamais vraiment. De fait, il remonte la pente et a bien piqué ma curiosité pour la suite.

Au revoir; à bientôt.

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