The Five Star Stories a 30 ans

Il s’agit à l’origine d’un manga de Mamoru Nagano, également mecha-designer ayant travaillé, notamment, sur L-Gaim et Z-Gundam (le Hyaku-Shiki et le Qubeley, c’est lui). Mais ça fait un petit moment qu’on ne l’a pas vu crédité sur un anime, alors je me suis dit que le trentenaire de ce film était une bonne occasion de parler d’une de ses œuvres. Enfin, de l’adaptation d’une de ses œuvres, pour être précis. Laquelle est dispo en combo DVD/BluRay chez Dybex.

Le système stellaire Joker a été par le passé secoué par de nombreuses guerres sanglantes, dans lesquelles se sont illustrés les Mortar Headds, gigantesques robots humanoïdes pilotés par des humains grâce à l’aide des Fatimas. Ces dernières sont des copilotes indispensables, de véritables ordinateurs vivants, seules capables d’assister efficacement leur binôme dans le contrôle de ces appareils complexes. On comprendra donc qu’elles sont l’objet de nombreuses convoitises, surtout les plus puissantes. Ladios Sopp, concepteur de Mortar Headds et pilote de génie, est un jour contacté par le Dr Ballanche, pour sauver ses deux dernières Fatimas, Clotho et Lachesis, les meilleures qu’il ait jamais créé, et qu’un potentat local a décidé de s’approprier. Ainsi commence l’histoire de Five Star Stories.

De ce que j’en sais, le film adapte le premier arc du manga, que je n’ai pas lu. Aussi, vous comprendrez aisément pourquoi je ne jugerai pas de sa qualité en tant qu’adaptation ou des éventuelles libertés qui ont pu être prises. Mais ça explique, au moins en partie, pourquoi le film, même s’il se tient indépendamment en tant que tel, ressemble à une longue introduction pour une histoire plus vaste.

C’est que l’univers de Five Star Stories, dont on ne voit manifestement que la surface, semble aussi fascinant qu’immense, à la croisée de multiples sous-genres de la SF, japonaise ou non. Bien évidemment, le côté « robot anime » est prépondérant, avec une forte identité, mais l’influence des courants new wave de la SF nord-américaine est palpable. Je songe notamment à Dune, puisque les Fatimas sont finalement des mentats artificiels et optimisés pour l’assistance au pilotage. Dans la structure générale des sociétés et hiérarchies du système Joker, également, puisqu’on a une sorte de néo-féodalité avec une figure impériale centrale, contrebalancée par l’influence de diverses organisations.

Quant-aux Mortar Headds, ils semblent devoir relever tout autant du real robot que du super robot, avec un aspect très matérialiste et militaire « à la Gundam » d’un côté, et de l’autre une dimension mystique qui fait de certains appareils des figures quasi-sacrées. Probablement du fait de la présence, en eux, d’une Fatima, littéralement surhumaine, et pourtant inféodée à l’être humain qui pilote. Probablement, aussi, du fait de leur design véritablement titanesque et quelque peu atypique, mêlant finesse et massivité. Surtout le Knight of Gold, très détaillé, qui a dû être un calvaire à animer. Le reste du mecha-design est beaucoup plus classique, stylistiquement parlant (les vaisseaux, notamment).

Le chara-design est lui assez étrange. Il est signé Nobuteru Yûki, qui s’occupa plus tard de ceux des OVA des Chroniques de la Guerre de Lodoss et de Gunnm, des séries TV Escaflowne et Terra e…, des jeux Seiken Densetsu 3 et Chrono Cross, bref, plein de trucs très cools. Les personnages de Five Star Stories sont pour la plupart assez filiformes et adoptent des styles vestimentaires (et capillaires) assez éloignés de ce qu’on s’attendrait à trouver dans un robot anime. Lachesis, par exemple, pourrait sans trop de problème trouver sa place dans une série de fantasy, sans grosses retouches. Le design d’Amateresu, empereur de Joker, sous sa forme cérémonielle, revêt quant-à lui une puissante dimension mystique, quasi-religieuse. Quant-à sa garde rapprochée, elle passerait comme une lettre à la poste dans un Phantasy Star.

Ladios Sopp est plus « passe partout » mais c’est aussi son rôle qui veut ça. Toutefois, il est visuellement assez éloigné de l’image qu’on pourrait se faire d’un spécialiste des technologies robotiques les plus avancées: on l’imaginerait presque trouver sa place dans Kaze no Tairiku. Et c’est peut-être ce décalage profond qui rend l’anime aussi mémorable, lui donne cette identité unique.

Après, l’anime n’est pas exempt de défaut, à commencer par ses antagonistes, très monolithiques et qui portent écrit en gros sur la gueule « JE SUIS TRÈS TRÈS MÉCHANT! BOUH! » et c’est un peu dommage: on aurait bien aimé un peu plus de subtilité et d’ambiguïté. De même, il y a quelques très grosses ficelles qui trainent ici ou là, et si la réalisation était au top de son époque, avec une indéniable qualité technique, on n’aura finalement que très peu de baston de gros robots. Ce qui est un peu déroutant, vu que les Mortar Headds et les Fatimas sont un peu le cœur du récit.

Le but du film semble avoir été de relater la rencontre entre Lachesis et Ladios, dont l’identité réelle est… un spoiler (donc je ne dirai rien); autrement dit, les débuts d’une relation intime, pas seulement d’un partenariat pour le combat. Et surtout le début de ce qui promettait d’être une belle histoire, mais qui ne devrait jamais voir le jour sous forme d’anime. Aucun autre long métrage, ni série TV, ni OVA n’a suivi celui-ci.

En 2012, Mamoru Nagano a réalisé le film d’animation Gothicmade, qui par certains aspects rappelle très fortement l’univers de Five Star Stories, sans, manifestement, en faire partie. Toutefois, là encore, il s’agissait d’une sortie sans lendemain, et qui n’a pas vraiment convaincu, peut-être du fait d’un mecha-design encore plus atypique (très filiforme et torturé) que celui du film dont il est question ici.

Officiellement, cependant, Five Star Stories version manga est toujours en cours; un bunko est même sorti l’année dernière au Japon, plus de trois ans après le précédent (lequel avait mis presque dix ans à sortir). De quoi dissuader toute tentative de publication en France, à moins qu’un éditeur ne se sente pousser des ailes: un rythme de publication lent, un design particulier, un des sous-genres qui fonctionnent le moins chez nous… autant d’arguments contre qui réduisent considérablement la probabilité de le voir arriver.

Ce qui m’ennuie un peu, car j’aimerais bien le lire (et je n’arrive pas à mettre la main sur la VA). Enfin, fort heureusement, il y a d’autres pays en Europe que la France, et il s’avère que l’éditeur italien Flashbook a déjà publié les quatorze volumes que compte actuellement le manga. Je vous ai déjà dit combien j’aimais l’Italie? Rome, Rimini, Ravenne (surtout Ravenne)?

Au revoir; à bientôt.

P. S.: hasard du calendrier, c’est le même jour qu’est sorti au cinéma Venus Wars, autre très bon long métrage d’animation de SF adapté d’un manga (d’un genre cependant très différent), et également disponible chez Dybex. Les coïncidences, tout ça…

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