Captain Marvel

Puisque le DCEU avait une Wonder Woman et un Superman, il fallait bien que le MCU sorte sa propre mouture, et tant qu’à faire, autant avoir les deux en un. Voilà, en somme, ce qu’est Captain Marvel version cinéma. Du moins, dans ses intentions manifestes.

Vers est une noble guerrière héroïque Kree, nation spatiale en guerre depuis de nombreuses décennies contre le peuple métamorphe et manipulateur des Skrulls. Cependant, elle est amnésique, et le déroulement chaotique d’une mission de récupération d’un agent infiltré fait qu’elle se retrouve accidentellement sur une planète que ses habitants appellent « Terre » (un « trou » selon ses collègues). Elle y rencontre l’agent du S.H.I.E.L.D. Nick Fury, réalise bien vite que les Skrulls ont commencé à infiltrer le monde des humains, et retrouve petit-à-petit des fragments de mémoire, qui l’amènent à penser que ce n’est pas la première fois qu’elle y met les pieds.

Captain Marvel était attendu de pied ferme, puisqu’il était censé introduire le personnage héroïque le plus puissant du MCU. De plus, il s’agit du premier de la saga proprement centré sur un personnage féminin, donc autant dire que symboliquement, ça se posait. Et évidemment, il a eu droit à une incroyable volée de merde dans la gueule avant même sa sortie. Le film, dont la tonalité féministe s’avère aussi évidente qu’elle était prévisible (et pertinente, pour le coup) ne méritait clairement pas ça; et Brie Larson encore moins. Est-ce qu’il est vraiment aussi bon qu’il l’aurait dû pour autant, eh bien…

L’histoire est très étrangement rythmée, avec pas mal de passages OSEF ou scénarisés de manière juste, disons, fonctionnelle, voire molle. Ça fait le job, mais… on est entré dans l’ère post-Black Panther, là; donc pour marquer les esprits, je doute que ce soit suffisant. Oh,  bien sûr, il y a de bonnes idées à côté, et même quelques franches réussites, comme des plans qui donnent une impression d’ampleur et de gigantisme rarement aussi maîtrisés dans le reste du MCU. Mais du coup, ça donne un aspect très inégal aux visuels du film. D’autant que, niveau design, il n’y a pas de vraie fulgurance créative, rien qui donne une identité profonde à Captain Marvel. Pas même pour les séquences extraterrestres où c’est un peu Les Gardiens de la Galaxie, mais en beaucoup plus terne. Après, c’est peut-être aussi le monde des Krees qui veut ça.

Civilisation toute entière tournée vers la guerre et une certaine conception de l’honneur, elle est celle dans laquelle évolue Vers (dont ce n’est pas le vrai nom, évidemment). Elle y « apprend » à maîtriser ses pouvoirs sous la direction de Yon-Rogg avec l’assistance de l’Intelligence Suprême, lesquels sont des parangons de l’autorité, masculine/militaire pour le premier, et institutionnelle/maternelle pour la seconde. Dans une société normée et rigide, ils constituent un carcan dont Vers n’arrive à s’extirper qu’accidentellement, au fil du conflit avec les Skrulls.

Ces derniers sont, comme dans les comics, une espèce de métamorphes opposés aux Krees depuis plusieurs siècles, mais c’est bien la seule chose qu’ils aient en commun avec leurs homologues de papier. Certes, ils nous sont présentés au départ comme des infiltrateurs/manipulateurs, qui jouent les body snatchers pour s’emparer de planètes entières. Mais le film repose essentiellement sur le principe de retournement des certitudes: Vers réalise progressivement que les Krees sont loin d’être des saints, et que les Skrulls ne sont pas les ordures absolues qu’elle imaginait.

Le souci, c’est que ces retournements sont évidents depuis le début (encore plus si on a vu les trailers), et même si Talos, le chef des Skrulls, semble effectivement inquiétant au premier abord, Yon-Rogg et ses acolytes ne le sont pas moins; et ce dès le départ. Surtout avec les discours de propagande déshumanisants qui tiennent lieu de dogme chez les Krees. En plus, Ronan l’Accusateur, bad guy en chef du premier film des Gardiens de la Galaxie faut-il le rappeler, mène la guerre à leurs côtés: impossible de croire ne serait-ce qu’une seconde que Vers est dans le bon camp durant le premier quart du film. De fait, le scénario s’avère assez maladroit, pas par son propos, mais par sa façon de l’exprimer.

Et c’est un peu dommage, car, niveau casting, on avait vraiment du beau monde: Brie Larson, Jude Law, évidemment Samuel L. Jackson, Annette Bening, Ben Mendelsohn… Bref, aucune fausse note à ce niveau, que des gens talentueux qui savent jouer. Le souci viendrait plutôt de l’écriture des personnages, mais elle n’est pas nécessairement illogique compte de celle du scénario. Ce dernier alterne en effet entre space opera, body snatcher, buddy movie, quête identitaire et, enfin, film super-héroïque. Et ça fait beaucoup pour un seul long métrage de deux heures.

Du coup, on a parfois des persos bipolaires, d’abord inquiétants et manipulateurs qui deviennent en quelques minutes des figures comiques, ou l’inverse, ou autres bizarreries. Un autre souci, selon moi, tient à la façon dont Vers survole le film, avant même d’être Captain Marvel: hors flashbacks, elle n’est que très rarement en réelle difficulté (juste deux fois; et pour chacune, la séquence suivante lui permet de reprendre assez facilement le dessus; et accessoirement de faire avancer l’histoire). De fait, on ne la sens jamais réellement en danger. Alors, oui, le perso est explicitement défini comme surpuissant, mais ça ne doit pas servir d’excuse à la faire se balader du début à la fin.

Enfin, niveaux effets spéciaux, outre le très réussi rajeunissement de Samuel L. Jackson et Clark Gregg (Fury & Coulson version 90ies), il y a quelques effets sympas (la métamorphose des Skrulls, notamment). L’ennui, c’est que le reste du film est assez pauvre en la matière. Pas mauvais, mais on a connu pas mal de films mieux fichus dans le MCU. Ceci dit, là encore, ça tient peut-être à la direction artistique, bien moins exubérante que, disons, Dr Strange. En contrepartie, je n’ai pas vraiment ressenti de « forcing » dans la contextualisation: il ne semble pas y avoir eu de volonté délibérée de bourrer à mort le film de références aux 90ies, contrairement, par exemple, à Bumblebee qui en faisait des tonnes sur les années 80. Un peu de Des’ree, une grosse scène d’action (la meilleure du film, d’ailleurs) sur du No Doubt, des franchises états-uniennes qui n’existent plus, quelques autres trucs datés (comme un pager, une borne Street Fighter II’, etc.), bref.

Captain Marvel s’avère au final un peu décevant à mes yeux. Mais, à sa décharge, il s’inscrit dans un calendrier qui n’est clairement pas à son avantage: coincé entre deux gros épisodes d’Avengers à un an d’intervalle, ce qui lui donne dans le MCU un statut équivalent à celui du dernier Ant-Man; plutôt pas cool, donc. Sans compter le climat délétère qui a précédé sa sortie en salle et le fait que beaucoup d’attentes reposaient sur ses épaules. Reste que sa direction artistique est assez terne (surtout après deux Gardiens de la Galaxie et un Thor: Ragnarok assez clinquants), et que son scénario s’éparpille inutilement. Maintenant, faut arrêter de déconner: il est loin d’être le plus mauvais film du MCU, n’en déplaise à ceux qui s’en sont persuadés avant même de l’avoir vu.

Au revoir; à bientôt.

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