Umbrella Academy (saison 1)

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La série est arrivée sur Netflix il y a un peu plus d’un mois, et j’étais alors un peu dubitatif: dernièrement, on ne peut pas dire que les adaptations de comics soient au mieux de leur forme, avec un univers Marvel en état de mort cérébrale sur la plateforme et un Arrowverse qui n’en finit pas d’agoniser (par contre, Titans, ça va encore, je trouve; l’exception qui confirme la règle). Du coup, avec un titre Dark Horse, qu’est-ce que ça donne?

1er octobre 1989: 43 femmes donnent simultanément naissance, un peu partout dans le monde, à un enfant alors qu’elles n’étaient pas enceintes. Le richissime philanthrope Reginald Hargreeves parvient à recueillir sept d’entre-eux, presque tous dotés d’un pouvoir différent, et fonde l’Umbrella Academy, un institut de formation de ces futurs super héros. De nos jours, le vieux Hargreeves a cassé sa pipe, et les anciens membres de l’Umbrella Academy, dispersés (ceux qui ont survécu, du moins), reviennent sur les lieux pour les obsèques de ce qui se rapprochait le plus d’une figure paternelle. Mais c’est aussi le moment où réapparaît Number 5, le téléporteur de la bande, disparu depuis des années sans laisser de traces et revenant d’un voyage dans le temps mouvementé. Pour empêcher la fin du monde, qui approche à très grands pas.

Imaginez un X-Men sans le côté clinquant, où le professeur Xavier aurait été encore plus un connard, dont tous les membres seraient encore plus des névrosés en puissance, et tenteraient tant bien que mal d’empêcher une apocalypse imminente. Voilà, en gros, ce qu’est Umbrella Academy. Sur le papier, s’entend. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça.

Outre les (ex-)membres de l’Umbrella Academy, la série se focalise également sur un duo d’assassins temporels (relativement éloignés de leur contrepartie originale, par ailleurs), à savoir Cha-Cha et Hazel, qui ont été chargés d’éliminer Number 5, leur ancien collègue. Ce dernier, en tentant d’enrayer la marche de l’histoire, menace de créer je ne sais qu’elle anomalie temporelle (la chose n’est pas très claire). Et c’est donc en esquivant ces deux gus que Number 5 va essayer d’établir l’origine de la fin du monde.

Qui est à peu près évidente dès le premier épisode pour le spectateur (à moins d’être un peu naïf, auquel cas, attention, spoiler dans ce qui suit). En même temps, quand on vous dit dès le départ qu’une seule membre de l’Umbrella Academy n’a inexplicablement pas de pouvoir, on devine aisément la suite. D’autant que, si je ne m’abuse, c’est la seule dont on montre la naissance. Et qu’elle est jouée par Ellen Page (seule célébrité du show avec Mary J. Blige).

Vanya est un personnage relativement chiant (ce qui m’embête un peu, vu que j’aime bien Ellen Page, quand même). Et étrangement antipathique, alors que manifestement tout est fait pour la rendre plus sympathique que le reste de sa famille d’adoption. Mais j’imagine que c’est principalement dû aux persos avec lesquels elle interagit le plus. Allison est peut-être fadasse, mais voir Vanya lui privilégier sa relation avec un parfait inconnu (qui, ô surprise!, s’avère être aussi un parfait connard) n’est pas de nature à la rendre plus attachante.

Plus généralement, il est difficile de s’attacher à la plupart des « enfants » de Hargreeves: Luther est en dessous de tout, Diego est un archétype de sale con (genre Robin dans Titans, mais en prétentieux agressif), Allison a la consistance d’un kleenex mouillé (alors que, mince, avec son pouvoir, il y avait matière à tellement mieux construire ce perso…), et… au final, seuls Klaus et Number 5 présentent un certain intérêt. Sûrement parce que ce sont les plus excentriques de la bande.

Number 5 a l’apparence d’un sale gosse arrogant et méprisant, qui sait tout mieux que tout le monde… ce qu’on comprend assez aisément quand il est établi qu’il a en réalité plus de la cinquantaine et qu’il sait, effectivement, mieux que tout le monde, comment les choses finissent (entre-autres, puisque, en tant qu’ancien assassin temporel, il en a vu pas mal). Et puisque la solitude a parfois tendance à rendre les gens un peu marteaux, il a évidemment gardé quelques séquelles.

Klaus est, de très loin, le perso le plus attachant de l’histoire. Son pouvoir lui permet d’entrer en contact avec les défunts, et c’est donc hanté que ce dernier doit vivre. En effet, l’équipe a perdu l’un de ses membres il y a longtemps, dans des circonstances mystérieuses (pour le spectateur, s’entend), mais ce dernier n’a jamais quitté Klaus. Qui est devenu un toxico en puissance, instable, capable du meilleur comme du pire, et globalement méprisé par ses congénères (en particulier Luther, qui le traite avec beaucoup de condescendance).

Parmi les antagonistes, Hazel est de très loin celui qui se détache le plus: tueur de plus en plus las de son mode de vie, il se montre critique et désabusé par son employeur, surtout quand ce dernier lui intime l’ordre d’éliminer un collègue. Amateur de pâtisseries, il se lie petit-à-petit avec la vendeuse de donuts du coin, découvrant le sens des petites choses, etc. Certes, ce n’est pas une construction très originale, mais Cameron Britton arrive à lui donner suffisamment de consistance pour le rendre foncièrement sympathique.

Pour ce qui est du déroulement de l’histoire proprement dite, il n’est pas particulièrement confus, ni ne joue trop outrancièrement sur les paradoxes temporels (ce n’est pas Flash, quoi). Aussi, si on excepte quelques très grosses facilités (l’identité de la cause de fin du monde et le personnage de Leonard Peabody dans son ensemble), le scénario est plutôt plaisant. Mais il a parfois tendance à en faire trop, dans un sens ou dans l’autre: parfois, il est trop dark par rapport à ce qui est raconté, et parfois, il est beaucoup trop naïf pour être crédible.

Umbrella Academy est cependant une bonne série de super héros, à peu près dépourvue de costumes, ce qui lui évite le kitch des séries DC. On pourra évidemment lui reprocher le fait que 2/3 de ses persos principaux sont chiants comme la pluie car beaucoup trop simplistes par rapport aux autres, mais c’est tout de même, là aussi, un gain qualitatif par rapport à la concurrence (au hasard, les dernières saisons des séries Marvel Netflix, exception faite de The Punisher). Et si les SFX sont assez bof, là encore, ils n’ont pas vraiment à rougir face à la concurrence.

Donc, techniquement, même si le show n’est clairement pas exempt de reproche, je vois mal comment on pourrait le considérer comme autre chose qu’une réussite. Bien entendu, ce n’est que la première saison, et sa conclusion en appelle explicitement une deuxième, qui sera attendue au tournant: on a déjà vu plusieurs séries super-héroïques démarrer sur les chapeaux de roues avant de se vautrer. Mais je reste relativement optimiste pour celle-ci.

Au revoir; à bientôt.

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