Gundam 0080 a 30 ans

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Si vous suivez ce blog depuis un petit moment, vous n’êtes pas sans savoir que j’aime, vraiment, beaucoup Gundam. Au point de mettre infligé G no Reconguista et Gundam Build Divers jusqu’au bout. C’est dire. Parce qu’il faut bien admettre que, malgré quelques ratés, il y a eu de très bons titres estampillés de ce nom: le long métrage Char’s Counter Attack, la récente série TV Iron-Blooded Orphans ou la très « fan-service Gunpla » Build Fighters Try, par exemple (oui, je me fais de la pub au passage; je suis chez moi, j’ai le droit). Mais si je devais ne garder qu’une seule œuvre de la franchise, ce serait, sans hésitation, Mobile Suit Gundam 0080: War in the Pocket.

Décembre UC0079: la Guerre d’Un An touche alors à sa fin, c’est l’évidence pour tous. Tandis que la Fédération rassemble ses forces pour l’assaut final contre la flotte de Zeon et sa dernière forteresse spatiale, un petit détachement de la principauté sécessionniste s’attaque à une base fédérale terrienne dans laquelle se trouverait un puissant prototype. Ne parvenant pas à empêcher son envoi dans l’espace, ces soldats d’élites sont mobilisés pour une attaque éclair sur une station de la colonie Side 6, qui a accueilli le prototype en question. Enfin, ça, c’est pour le contexte; parce que toute cette histoire sera racontée au travers des yeux de deux protagonistes un peu particuliers. Du coup, je recommence le pitch.

Alfred Izuruha est un gamin de onze ans qui a grandi dans la station Libot de la colonie théoriquement neutre de Side 6, et n’a donc jamais été directement confronté à la Guerre d’Un An. Pour laquelle, avec ses amis, il se passionne néanmoins; surtout pour la Principauté de Zeon, qu’il idéalise. Aussi qu’elle n’est pas sa joie quand il rencontre Bernard Wiseman, jeune pilote zeoniste de l’unité Cyclops, chargée de détruire un puissant MS fédéral dans sa station. Malheureusement pour eux, les réalités de la guerre sont souvent beaucoup plus cruelles que ce qui en est montré à la TV.

Au risque de me répéter, il s’agit probablement du meilleur OVA de la franchise, et de l’un de ses meilleurs anime tout court. Si Gundam et Z-Gundam s’évertuaient à mettre en scène de jeunes civils embarqués à leur corps défendant (et en grande partie à cause d’un de leurs parents) dans un conflit qui les dépasse, Gundam 0080 va beaucoup plus loin. Déjà dans sa crédibilité, puisque ne se retrouvent aux commandes des MS que des soldats ou assimilés (côté fédéral, c’est un pilote d’essai plutôt qu’un véritable combattant de terrain), et pas un mec lambda arrivé aux commandes comme par hasard et qui s’avère être le meilleur pilote du moment pour cause de newtypisme.

D’ailleurs, c’est assez intéressant, puisque cet aspect est pris à contrepied: le Gundam Alex est spécifiquement optimisé pour les newtypes, mais il ne montre à aucun moment la moindre particularité en la matière (son pilote d’essai n’est d’ailleurs pas un Newtype). C’est en revanche, effectivement, une machine très puissante, puisque l’élite des commandos de Zeon galère à essayer de le mettre hors d’état de nuire. Et puisque c’est de cela qu’il s’agit, parlons mecha-design.

Il est le fruit du travail de Yutaka Izubuchi, à qui l’on devait déjà ceux de Char’s Counter Attack. Mais à la différence de ce dernier, la très grande majorité des MS présentés ici (en fait, tous sauf un seul) sont des MSV, autrement dit des améliorations/personnalisations/modifications de MS préexistants: Rick Dom II, Gelgoog Jäger, Hy-Gogg, diverses variations de GM… même le Gundam Alex est un up-grade du RX-78-2 d’Amuro (dont les hauts faits ont d’ailleurs inspiré sa mise en chantier). Seul se détache le Kämpfer, MS de pointe de Zeon, confié à l’un de ses meilleurs pilotes, Mikhail Kaminski.

Eh non, là encore, l’anime tranche avec l’habitude des scénarios de Gundam, en refusant de poster l’un de ses personnages principaux aux commandes du meilleur MS de son camp. Et ce n’est pas illogique en soi: Bernard n’est clairement pas le meilleur combattant de son unité, aussi ne lui confie-t-on que du matériel rôdé, à savoir l’un des fameux (et nombreux) Zaku de Zeon. Dans une version « Kai » certes, mais ça reste un Zaku.

Autant dire qu’en 1989, ça tranchait un peu avec les productions anime Gundam précédentes, qui déjà mettaient au premier plan des pilotes newtypes d’exception aux commandes du dernier proto à la mode, mais qui surtout plaçaient toujours le « Gundam » principal dans le camp des « gentils » (ou du moins ceux qu’on était invité à suivre). Et si on pouvait reprocher un certain manichéisme à Gundam et Z-Gundam, ici, cette notion est inexistante.

Gundam 0080 présente simplement des soldats zeonistes et fédéraux qui tentent d’accomplir leur mission. À savoir, respectivement, détruire ou protéger coûte que coûte ce qui semble être le plus puissant MS créé par la Fédération jusqu’ici. Quant-à Alfred, s’il idéalise l’héroïsme des combattants de Zeon (après tout, il est lui aussi natif d’une colonie spatiale), sa perception de la guerre changera du tout au tout au fil de ces épisodes. Spoilers dans ce qui suit, vous voilà prévenus.

Une fois le commando de Bernard décimé et son MS hors service, ce dernier entreprend néanmoins de terminer, seul, la mission. Alfred l’aide à réparer son épave, et, dans un combat dont l’intensité n’a que rarement été égalée dans la franchise, sacrifie sa vie dans l’accomplissement de sa tâche. Alfred découvre alors avec stupeur que la pilote du Gundam Alex n’était autre que sa voisine, Christina McKenzie, avec laquelle Bernard avait fortement sympathisé auparavant, chacun ignorant l’alignement politique de l’autre.

Gundam 0080 commence au moment où ce qui est alors le conflit le plus sanglant de l’histoire humaine touche à son terme: la défaite de Zeon est à peu près inéluctable, et seule une poignée de fanatiques estiment encore possible de renverser la situation. De fait, tout ce qui est raconté dans cet OVA est une suite de combats sans autres conséquences que des morts inutiles, dans les deux camps. Ce qui permet à Alfred de réaliser tout à la fois l’absurdité de ce conflit et l’horreur qu’il a réellement été, bien au-delà des affrontements de robots cools qu’il pouvait imaginer.

En substance, c’est aussi un rappel au spectateur: Gundam, ce ne sont pas que des gros mechas qui se tapent dessus dans l’espace pour vendre des maquettes en plastique. C’est aussi un drame humain, lequel était déjà perceptible dans les séries TV. Mais, à une nouvelle échelle et dans un nouveau format (une OVA laissant plus de liberté scénaristique qu’une série TV), Gundam 0080 accentue l’impression d’impuissance de personnages qui, quoi qu’ils fassent, ne pourront jamais infléchir le cours de la guerre. Mais estiment cependant devoir s’en tenir aux ordres, à la mission, etc.

Mobile Suit Gundam 0080: War in the Pocket est un anime à voir. Dans la mesure du possible. Parce que, heureux que nous sommes en Europe, il est inédit chez nous. Même l’Italie semble être passée à côté (alors qu’ils ont quand même eu les OVA de Gundam 0083). Toutefois, il existe une version américaine, au moins en DVD (pas eu connaissance d’une version Blu-Ray, mais qui sait, ça existe peut-être, je n’ai pas la science infuse). En attendant une très éventuelle future version @Anime

Au revoir; à bientôt.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. VpV dit :

    Bonne piqûre de rappel, qui a en plus l’élégance de ne pas invoquer le toujours très tentant « ouin, ouin, c’est trop triste, c’est trop beau, donc c’est trop bien ».

    Il faudrait vraiment que je le revois, parce qu’en relisant ton billet, je me souviens clairement de l’histoire, de ses faux airs de drame antique et du point de vue singulier qu’elle développe, par contre, je me rappelle aussi d’éléments qui m’avaient bien gâchés le plaisir, mais je ne sais plus lesquels. XD

    Bref, ça mérite une seconde chance.

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  2. tommyloser dit :

    L’OVA n’est évidemment pas exempt de tout défaut, même s’il faut contextualiser. Les aspects techniques, par exemple, ne sont clairement pas à la hauteur de ceux de 0083, mais c’était deux ans avant (et pas le même budget, apparemment). J’imagine qu’il y a aussi d’autres trucs à côté desquels je suis passé (ou que je n’ai pas relevé ici; comme le fait que les musiques ne soient franchement pas inoubliables).

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  3. VpV dit :

    C’est marrant, parce que 0083, je me souviens avoir beaucoup aimé sans en avoir aucun souvenir. Je l’avais vu en même temps que 0080 et The 08th MS Team. #PremiersGundam #ÀLaRechercheDuPucelagePerdu

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