Shazam!

Shazam!, avant d’être un film, est le nom d’un héros DC (et même de Fawcett à l’origine). Il ne l’a pas toujours porté, d’ailleurs, puisqu’il s’appelait Captain Marvel jusqu’en 2011 (ce qui est un poil ironique, vu que le film de celui du MCU est sorti environ un mois avant le sien). Et il m’a toujours, au mieux, laissé de glace. Au mieux, hein, parce que la plupart du temps, je le trouve juste horripilant, et surtout très très très très très très très con. Du coup, évidemment, je n’y suis pas allé en m’attendant à un chef-d’œuvre.

Thaddeus Sivana, enfant de l’upper-class états-unienne, est un jour convoqué par magie chez un vieux sorcier qui cherche désespérément à se trouver un héritier. Las, il échoue son épreuve et reste définitivement traumatisé par cette rencontre et ses conséquences. Plusieurs décennies plus tard, Billy Batson, ado qui passe de famille d’accueil en famille d’accueil, recherche désespérément sa mère, mais n’y parvient pas. Et c’est à peu près à cette époque que Thaddeus parvient à retrouver la séquence d’incantation qui lui permet de revenir devant le vieux sorcier (encore plus vieux, du coup) pour lui piquer le pouvoir des sept péchés capitaux (sous forme démoniaque) dont il avait la garde. Or, afin de l’arrêter, le vieux sorcier n’a plus pour seul espoir que Billy, qu’il convoque à son tour, pour lui confier les pouvoirs de Salomon, Hercule, Atlas, Zeus, Achille et Mercure; autrement dit, SHAZAM!

Alors, déjà, ça commence mal. Pas pour l’histoire, ni pour la façon dont c’est filmé: sur certaines séquences, ça rappelle le court métrage Lights Out, du même réalisateur, David F. Sandberg (également réalisateur du regrettable long-métrage qu’il a inspiré; aucun lien avec Kung Fury). Non, c’est le montage qui rend le truc pénible à suivre, puisqu’on va beaucoup suivre Thaddeus Sivana dans un (trop) long premier temps, avant de passer sans transition sur Billy, puis revenir sur le premier, sans qu’il y ait la moindre connexion entre les deux. Alors, oui, commencer par montrer la jeunesse de l’antagoniste, ça marchait très bien dans Batman Returns, mais on connaissait déjà le héros, aussi… Du coup, la seule impression qui nous reste, c’est que le perso principal est moins développé que son adversaire principal.

Concernant le choix de cet ennemi en particulier… disons qu’il a dû être vite-fait, puisque les plus grands adversaires récurrents de Shazam/Captain Marvel sont Black Adam (en gros, sa version maléfique) et le Dr Sivana. Donc, oui, c’est un choix des plus logiques. Ce qui est plus étrange, c’est ce qu’ils ont fait du personnage. Le Dr Sivana était à l’origine une sorte de scientifique fou, qui a eu droit à de multiples variations, au fil des décennies. Ce qui laissait pas mal de possibilités aux scénaristes… lesquels ont juste choisi d’en faire un richissime mystique dopé à la puissance des démons incarnant les sept péchés capitaux.

Or, c’est bien là que le bât blesse: Billy n’est pas un enfant de chœur, et « pèche » régulièrement au cours du film, sans que ça entame en quelque façon sa qualité de héros, ou que les formes démoniaques en tirent parti. D’ailleurs, ces dernières n’utilisent à aucun moment la moindre capacité relative à leur « attribut » (et de toute façon, vu que tout ce qui devrait être vraiment violent est hors champ pour ne pas choquer…). Du coup, je ne comprends pas ce choix, qui pose une incohérence qui n’avait juste pas lieu d’être (il suffisait juste de dire que, oulàlà, ce sont de dangereux démons ancestraux tellement anciens qu’ils n’ont pas de nom et zou!). Et qui rajoute en plus une couche de christianisme réac’ à un film qui n’en avait clairement pas besoin.

Quant-au héros… bon, pas manqué, il est aussi con et pénible que dans mes souvenirs, mais c’est étrangement mieux passé que, par exemple, dans Young Justice. Peut-être du fait du jeu outré de Zachary Levy et de la tonalité générale. Laquelle semble dire: « OK, on doit composer avec un héros super con, donc on va faire du vraiment super con. » Ce qui fonctionne dans une certaine mesure: le film est une parodie de films de super-héros, dont le sérieux se fait la malle dès que Shazam entre en scène (à la regrettable exception de pas mal de passages impliquant le Dr Sivana). Même les effets spéciaux et costumes sont une blague, tellement ils sont low budget et kitsch (on se croirait dans Black Lightning).

Donc quelque part, le film est beaucoup proche du Batman de 1966 que de Man of Steel ou tout autre film du DCEU. L’ennui, c’est que se poser sur le créneau, très spécifique, de l’autoparodie/autotroll, après deux épisodes de Deadpool, c’est sacrément casse-gueule; surtout avec une contrainte de type « film tout public » qui va faire virer tout ce qui pourrait paraître un minimum violent ou trash. Tout ce qui pourrait le sauver, ce sont ses punchlines. Et… j’avais rarement entendu une VF aussi loupée. Pas au niveau du doublage, mais au niveau de la traduction, puisque tous les jeux de mots tombent à plat. Certes, l’humour arrive bien à se frayer un chemin de temps à autres, mais c’est plus souvent grâce au jeu qu’autre chose.

Enfin, pour une origin story, ce n’est vraiment pas folichon folichon. Le film a en effet un feeling « production pour Noël » évident dès les premières minutes: l’idée, c’est de montrer un ado à la recherche de sa « vraie » famille, justement à la période des fêtes de fin d’année (à Philadelphie, en plus). Et une bonne partie du « formel » super-héroïque va servir (parfois exclusivement) à exagérer caricaturalement ces aspects, que ce soit par un choix de décor (au hasard, la fête foraine, qui ouvre la présentation de Billy et voit se dérouler le plus gros combat, dans des circonstances que je ne spoilerai pas), ou dans le choix de l’antagonisme Billy/Thaddeus (l’un n’a plus de famille et s’en cherche une, l’autre en a une et ne la supporte pas).

Tout ça pour dire que, non, étonnamment, Shazam! n’est pas le meilleur film de super héros produit par la Warner avec des persos de DC. Maintenant, ce n’est pas le pire non plus (remember Justice League), et il faut le prendre pour ce qu’il est: une comédie qui débarque comme un chiot un peu foufou dans un jeu de quilles en ruines, avec son lot de taunts et de trolls qui, s’ils n’arrivent jamais au niveau d’un Deadpool, font au moins l’effort d’essayer. Ceci étant, je le répète, je l’ai vu en VF, laquelle n’est clairement pas optimale (euphémisme), aussi mon avis a-t-il probablement été biaisé; négativement. Mais même en tenant compte de ça, ce n’est vraiment pas terrible.

Au revoir; à bientôt.

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