Une nuit sans étoiles

le

… est le titre du second volume des Naufragés du Commonwealth (AKA Chronicles of the Fallers en VO; et c’est beaucoup plus pertinent, IMHO), faisant donc suite à L’Abîme au-delà des rêves (lequel est d’ailleurs bradé en ce moment dans son édition de poche).

À l’époque où le régime de Slvasta se mettait tout juste en place à Opole, capitale de la planète Bienvenido, Laura Brandt s’est sacrifiée afin de contrer une attaque des Primiens, lesquels ont vu dans la foulée leur planète d’adoption atomisée. Las, cette menace disparue, il reste celle des Fallers, et plusieurs décennies après la mort de Slvasta, le programme spatial de Bienvenido essaie tant bien que mal de détruire les Arbres dont ils sont originaires et qui orbitent autour de la planète. Alors qu’il effectue l’une de ces missions de destruction, le major-pilote Ry Evine croise la route d’un étrange vaisseau/capsule, qui s’écrase non loin du lieu où braconne le garde-forestier Florian. Ce dernier, appartenant à la « caste » des Élitistes (largement déconsidérés par le régime en place), doit prendre en charge son passager, une petite fille à croissance accélérée, issue du Commonwealth. Et qui devient de fait la cible du gouvernement comme des Fallers, qui chacun voient progressivement en elle un danger mortel.

Comme son prédécesseur, le roman se situe à la croisée de plusieurs sous-genres de la SF, comme le body snatcher et, évidemment, la planet opera. Il faut y ajouter en sus un peu de space opera (même si c’est loin d’être l’orientation dominante) et surtout l’anticipation dystopique (qui commençait à transparaître dans l’Abîme au-delà des rêves, mais c’est ici beaucoup plus prononcé). Outre le fait que ça fait beaucoup de choses à digérer (dans un bouquin d’environ 900 pages, en plus), ce dernier aspect n’est pas des mieux traités.

En parallèle à l’aventure de Florian, qui évolue dans un monde politiquement hostile à son « ethnie » d’appartenance, le lecteur suivra (un peu) Ry Evine, le Youri Gagarine local. Mais surtout Chaing et son acolyte Jenifa, qui enquêtent pour le compte du Régiment de Sécurité Populaire. Normalement en charge de la chasse aux Fallers infiltrés, leur service voit son rôle détourné à des fins idéologiques et se retrouve chargé de traquer Florian et sa protégée.

Et si le capitaine Chaing, après avoir rencontré l’Ange-guerrière (héroïne des élitistes bardée de technologie du Commonwealth), a pas mal de doutes sur le bien-fondé de sa mission, il la continue néanmoins. Par lâcheté. Alors, j’imagine que le but était de poser un personnage déchiré entre deux positions, dont une dangereusement totalitaire, mais le fait est que son questionnement reste peu développé. Il reste ainsi au service du pouvoir en place, et ce alors qu’il a à peu près toutes les cartes en main pour saisir ce qui se passe. Ce qui est d’autant plus étrange que son adhésion idéologique ne semble pas aussi profondément ancrée que celle d’autres personnages, comme Stonal et Jenifa.

Le directeur Stonal est un héritier de Slvasta et donc une sorte de « gardien du temple » de sa pensée politique, ne parvenant que très difficilement à remettre en cause l’idéologie dominante (et il est vraiment dommage que ce personnage reste autant en retrait, parce qu’il s’avère beaucoup plus intéressant que Chaing). Quant-au caporal Jenifa, c’est une pistonnée et une caricature de conne. Vraiment. Et d’ailleurs, c’est un problème récurrent chez Peter Hamilton, dont les personnages féminins n’arrivent que rarement à s’extraire de deux archétypes, à savoir la gigantesque chieuse à connerie fortement prononcée, et la brillante sauveuse de mondes (valkyrie ou sainte sacrifiée, c’est selon; et ce n’est pas incompatible, d’ailleurs).

Quoi qu’il en soit, l’aspect dystopique du récit se trouve caricaturé en « les méchants communistes contre les gentils capitalistes » ou quelque chose du genre. Et si je n’ai rien contre l’idée de montrer la noirceur d’une idéologie donnée, j’ai beaucoup plus de mal avec la binarité qui est la norme ici. Car, littéralement, les Élitistes sont des bienfaiteurs désintéressés aux défauts négligeables, tant ils sont courageux, altruistes, libres et intelligemment cultivés quand leurs adversaires sont lâches (enfin ceux qui ne sont pas lobotomisés par la propagande), égoïstes, totalitaires et abrutis (sauf Chaing, mais pour ce qu’il en fait…).

Point très positif, en revanche, les Fallers sont beaucoup plus développés que dans le volume précédent. Déjà parce que la peur de « l’apocalypse faller » prophétisée par les Élitistes reste jusqu’à la fin au cœur du récit, quelque soit la faction considérée (d’un côté les Élitistes jouent la carte du lanceur d’alerte quand le gouvernement nie tout en prenant ses propre précautions). Et surtout parce qu’on a enfin droit à un personnage-faller nommé et durablement important, qui permet d’en comprendre un peu plus sur leur société.

Toutefois, ce sont encore une fois les partisans du Commowealth qui demeurent le cœur du récit, dont la deuxième moitié use et abuse de facilités. La façon dont est résolue la crise des Fallers et le sauvetage de l’humanité de Bienvenido tient clairement du deus ex machina, mais ce n’est pas nécessairement un souci en soi. Ce qui en est un, c’est le côté Mary-Sue de la fille du Commonwealth (dont l’identité est rapidement évidente, mais si je crache le morceau, on va m’accuser de spoiler). Car, dès lors qu’elle atteint l’âge adulte (soit environ à la moitié de l’histoire), on ne la sent plus réellement en danger; son entourage, à la limite, oui (et encore), mais elle, clairement, non: on sait pertinemment que non seulement elle va gagner, mais qu’elle ne rencontrera pas de difficulté. Quelques contrariétés, tout au plus.

De fait, la deuxième partie de l’histoire, qui aurait dû être la plus intéressante, est essentiellement une dilution sur plus de 400 pages de péripéties en vue d’un stade final à peu près évident. Après, c’est vrai aussi que la longueur est une part intégrante du style de Hamilton, et qu’on entame toujours un de ses bouquins en connaissance de cause, mais ça ne m’avait jamais semblé un problème dans ses œuvres précédentes (à la limite, peut-être dans le cycle de L’Aube de la Nuit). Ici, c’est malheureusement le cas, avec un pas mal d’aspects contextuels potentiellement intéressants à peine survolés, au profit d’une intrigue sans réelle surprise.

Du coup, je suis un peu déçu par ce cycle des Fallers, qui avait tout pour constituer une saga du même acabit que L’Étoile de Pandore, mais qui s’oublie malheureusement en cours de route. Peut-être le signe qu’il était temps pour l’auteur de lâcher un peu l’univers du Commonwealth. Ce qu’il a fait, d’ailleurs, et il va falloir que je me procure le premier tome de son nouveau cycle, Salvation.

Au revoir; à bientôt.

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