Stranger Things: Suspicious Minds

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Puisque la série revient en juillet, c’est peut-être le bon moment pour s’intéresser un peu à ce qui s’est écrit autour, et notamment un premier roman, publié en France en mars dernier. Sachant qu’un deuxième est annoncé pour la semaine prochaine.

Été 1969: pendant que Neil Armstrong et ses potes gambadent joyeusement sur le sol lunaire, le nouveau responsable d’un mystérieux centre de recherche de l’Indiana estime que, bon, y en a marre, c’est la guerre du Vietnam et les Soviets n’ont pas de scrupules, eux, alors merde, il faut passer à la vitesse supérieure avec les expériences paranormales glauques. Aussi, après avoir fait interner une petite fille dotée de pouvoirs et lui avoir attribué le matricule numéro huit, il décide de recruter des étudiants pour continuer ses tests. Parmi ceux-ci, Terry Ives, qui se rend rapidement compte que quelque chose de très louche se trame. Tu m’étonnes.

Une préquelle, donc. Ce qui implique qu’il n’y aura aucune véritable surprise, et que le « twist » final n’en est pas un, puisque tout a déjà été révélé dans la saison 2. Mais après tout, pourquoi pas. Le roman couvre la période qui s’étale de l’arrivée du docteur Brenner à l’institut de Hawkins jusqu’à la naissance de Jane/Eleven. Principalement du point de vue de Terry, mais pas seulement. Sont introduits en effet, outre ces deux protagonistes et Eight, plusieurs personnages inédits.

À commencer par Andrew, petit-ami de Terry (et donc père biologique de Jane/Eleven). Toutefois, il est assez peu présent dans le récit, qui se focalise essentiellement sur les expériences à Hawkins et la façon dont les cobayes les supportent (spoiler: mal). Aussi sont-ce lesdits cobayes qui en constituent le cœur. En sus de Terry, le roman introduit les personnages de Gloria, Alice et Ken. Qui sont archétypaux sans être vraiment détestables, surtout confinés à des rôles essentiellement fonctionnels. Peut-être s’agit-il d’une façon « soft » d’introduire des persos qui auront un rôle plus important dans la série par la suite, qui sait. Mais pour l’heure, ils ont peu d’épaisseur et semblent avoir été élaborés avec une vocation prioritairement contextuelle.

Et puisqu’on en parle, question contexte, Gwenda Bond tente de retranscrire l’ambiance universitaire de la charnière des années 1960/70, avec l’essor du flower power, des revendications des minorités, du féminisme et de tout un tas d’autres trucs (genre l’apparition des comics X-Men ou le succès du Seigneur des Anneaux). Le tout se télescopant avec le conservatisme autoritaire nixonien (pré-Watergate, of course). De fait, on a une forme d’enthousiasme libertaire qui se heurte à un mur d’oppression paranoïaque, dans une Amérique qui n’est certes plus à l’heure du maccarthysme, mais doit composer avec la peur inhérente à la période de la Guerre Froide (et la désillusion sur la situation au Vietnam).

Il s’agit très certainement de l’aspect le plus réussi du roman, bien qu’au fond, son cœur soit le labo d’Hawkins, où les choses ne semblent pas avoir tant changé que ça entre 1969 et 1983. Pour faire court et sans spoiler: tout est déjà plus ou moins dans la série, si ce ne sont quelques points de détail. Mais c’est aussi l’occasion de développer, un peu, la personnalité du docteur Brenner… qui reste très monolithique. C’est un sociopathe dépourvu de la moindre empathie et très imbu de lui-même. Autrement dit rien qu’on ne sache déjà; mais c’est plus détaillé.

Enfin, l’édition française de Lumen est très correcte, avec un mood 80ies plutôt bien senti. J’aime beaucoup l’artwork de la couverture, d’ailleurs, qui me semble plus intéressant que celui utilisé pour le prochain roman annoncé sur la franchise Stranger Things (qui n’a d’ailleurs pas le même auteur, puisque c’est Adam Christopher qui s’y est collé).

Bon, maintenant, même si j’ai passé un bon moment en lisant Suspicious Minds, il reste cependant assez anecdotique: il s’agit manifestement d’un bouquin écrit par une fan (c’est comme ça que l’autrice se définit elle-même, en tout cas) pour des fans. Donc autant dire qu’il n’a d’intérêt que pour les spectateurs de la série, mais on sait de toute façon dans quoi on s’engage quand on achète un roman publié en mode cross-média.

Au revoir; à bientôt.

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