Altered Carbon

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Après visionnage de la première saison, j’avais été un peu étonné par l’énorme polarisation des critiques vis-à-vis de ce titre. Pour les uns, elle était une sorte d’œuvre maîtresse dans le sous-genre du cyberpunk, malgré quelques faiblesses d’écriture. Et pour les autres, c’était une série ratée, non du fait de sa réalisation, de son acting ou de sa direction artistique, mais à cause de son scénario. Toutefois, cette polarisation prend beaucoup plus de sens quand on réalise que, la principale différence entre les premiers et les seconds, c’est que ces derniers ont pour la plupart lu le roman dont elle est adaptée. Du coup, bah pour éviter de mourir complètement idiot, je m’y suis collé.

Takeshi Kovacs est un membre des corps diplomatiques, troupes d’élite de du Protectorat des Nation Unies qui, comme leur nom l’indique, sont chargées du très sale boulot. Bon, Kovacs a un peu déconné et a été descendu. Mais dans le monde futur de l’avenir des lendemains qui chantent, la mort n’est plus définitive, vu que souvenirs et personnalité restent stockés dans un implant cortical qui permettra de les restaurer dans un nouveau corps (offre sous condition). Et c’est justement ce qui arrive à Kovacs, transféré sur Terre à la demande du richissime Laurens Bancroft. Il se trouve que ce dernier est mort, et que la police a conclu à son suicide. Ce que lui ne croit pas un seul instant. Aussi engage-t-il Kovacs pour enquêter.

L’univers du roman (et donc en grande partie de la série TV) est un peu comme si… hm… disons que si Philip K. Dick et William Gibson avaient fait un gosse, ce serait un de ses cauchemars. Il s’agit, en gros, du triomphe du capitalisme technologique, avec tout ce que ça peut impliquer. La société obéit donc à une structure pyramidale au sommet de laquelle se situent les « Maths » (pour Mathusalem), virtuellement immortels puisque ayant les moyens financiers d’entretenir non seulement des clones de leur corps originel, mais surtout des sauvegardes en cloud sécurisé.

C’est bien entendu à cette catégorie qu’appartient Laurens Bancroft, aussi Takeshi Kovacs peut-il profiter de certains avantages liés à son nouveau statut de sous-fifre, en échange de sa dévotion complète aux intérêts de son patron. Ce ne sera pas le cas de la plupart des autres personnages rencontrés dans le roman, qui eux, pour le coup, en bavent méchamment. Surtout quand un Math a décidé de les prendre en grippe, ou de s’amuser avec.

Car les Maths ont acquis au fil du temps une sorte de certitude d’être intouchables (et pas dans le sens « Dalit » du terme); ils se sont constitués en une aristocratie, dans la main de laquelle vient manger l’ONU (devenue la structure politique dominante). Aussi se permettent-ils de s’arranger avec les lois, quitte à sacrifier quelques personnes dans la foulée. Kristin Ortega, lieutenant de police de Bay City, en a ainsi gros sur la patate vis-à-vis de Bancroft et sa clique.

Quant-à Kovacs, ce qu’il a connu dans l’espace était manifestement pire que ce à quoi il est confronté sur Terre. Conditionné pour obtenir des résultats optimaux quelque soit son enveloppe, il n’hésite pas à employer des méthodes expéditives et sanglantes, que ce soit pour le compte de Bancroft, ou pour échapper à de vieilles connaissances (à lui, ou à l’ancien propriétaire de son corps actuel, qui ne semblent pas tout-à-fait au courant de la situation).

À ce sujet, il est peut-être bon de signaler que c’est là que se situe la plus grande divergence entre la version littéraire et l’adaptation TV de Netflix. Le passé de Kovacs est à peine effleuré dans ce premier volume, et il n’est jamais question d’une quelconque sœur, tout au plus d’anciennes inimitiés tenaces (dont les origines restent d’ailleurs relativement vagues). De même, de son expérience de Diplo, on ne saura guère que ce que l’auteur aura choisi de lâcher ici ou là, et ce n’est pas beaucoup. Rien à voir avec les longs flashbacks souvent à côté de la plaque de la version live. Qui est aussi beaucoup moins brutale, dans l’ensemble.

Du coup, je comprends mieux l’essentiel des critiques qui ont pu lui être faites par les lecteurs du roman. Toutes ses bonnes idées de scénario (à une ou deux exceptions près) viennent systématiquement de ce dernier, quand la plupart de ses ajouts ou libertés sonnent faux au point de sortir par moments le spectateur de son épisode. Les flashbacks ou les très nombreuses modifications opérées sur le personnage de Reileen Kawahara, notamment.

Dans l’ensemble, le roman est donc plus cohérent. Il est aussi plus sombre, que ce soit dans ce qu’il décrit ou dans ce qui transpire au travers des dialogues: un monde désespérant où l’atroce en arrive à constituer une norme, selon le contexte. De plus, avoir comme narrateur à la première personne un personnage aussi ambigu et cynique que Takeshi Kovacs permet de découvrir cet univers sous un jour pour le moins pessimiste. Car c’est manifestement une véritable dystopie qui se reflète dans son regard.

Altered Carbon se place sans trop de difficulté dans le haut du panier de la littérature cyberpunk/post-cyberpunk, avec un message politique qui en fait une antithèse absolue du Commonwealth de Peter Hamilton (histoire de prendre un auteur publié chez le même éditeur). Autant dire qu’il s’agit d’un titre qui n’a pas volé son prix Philip K. Dick.

Bon, plus qu’à lire les deux autres volumes, maintenant.

Au revoir; à bientôt.

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