Brightburn

Alors que la 20th Century Fox repousse la sortie de son New Mutants depuis un an et demi (il ne devrait, dans le meilleur des cas, sortir qu’en avril 2020; soit quasiment deux ans après la date prévue initialement), on ne peut pas dire que les tentatives de mêler le sous-genre super-héroïque et l’horrifique se soient bousculées dans les salles obscures. Du coup, ça a laissé un beau champ libre à quelques filiales de Sony, qui, avec James Gunn et quelques investisseurs chinois, ont produit Brightburn.

Alors, pour le scénario, c’est simple: vous prenez la première partie de Thanos: l’Ascension, et vous la bourrez dans l’origin story de Superman. En changeant les noms au passage, évidemment; question de droits, tout ça. Enfin, si vous voulez un truc un peu plus développé: les fermiers Tori et Kyle Breyer recueillent un enfant venu des étoiles et l’élèvent comme s’il était le leur; mais il développe en grandissant des pouvoirs impressionnants, ainsi qu’un tempérament violent, sadique et morbide.

La thématique de l’enfant d’origine extraterrestre qui va devenir un danger pour l’humanité, ce n’est en rien quelque chose de neuf au cinéma. Le Village des Damnés de John Carpenter est le premier titre qui me vienne à l’esprit, mais c’était déjà un remake. De même que le thème du gamin ou ado overpowered qui pète les plombs pour se mettre à tuer des gens (au hasard, les adaptations du roman Carrie de Stephen King). Ce qui est plutôt nouveau, au cinéma du moins, c’est le traitement « super-héroïque » de la chose (même s’il faudrait plutôt dire « super-villénique » au final).

Car Brightburn est évidemment un détournement horrifique d’origin story de super-héros, avec tout ce que ça sous-entend. Et ça rend vraiment très creepy certains lieux communs de ce genre de films. La capsule « kryptonienne » devient donc une relique effrayante (presque lovecraftienne), la bienveillance prévoyante devient une malveillance oppressive (voire sanguinaire), et le « sauveur » devient un destructeur psychopathe manipulateur.

La chose est traitée avec une honorable économie de moyens (un budget de 6 millions de dollars, a priori), donc peu d’effets spéciaux, dont beaucoup de practicals; mais surtout pas mal de suggéré. Ce qui lui donne parfois un sens du réel assez effrayant, d’autant que le paquet a été mis sur les maquillages des quelques moments gores du film. Car oui, il y en a, même s’ils ne sont pas très nombreux (ça ne doit pas représenter plus de dix minutes du montage final, et encore).

D’ailleurs, en dehors de ces quelques moments, le film reste relativement soft et ne sort jamais vraiment des sentiers battus (malgré quelques idées visuelles ponctuellement intéressantes). C’est un peu le revers de la médaille de son statut de détournement: on n’y retrouve pratiquement qu’un empilement de clichés de films de super-héros et de films d’horreur, où la seule idée « originale » est de faire de la menace horrifique un jeune Clark Kent complètement taré. Certes, ça change de Michael Myers et Valak le démon, mais il n’empêche que ça ne surprend jamais vraiment, vu que c’est juste une utilisation maléfique des pouvoirs de Superman (et encore, pas tous). Or, tout le monde sait ce dont Superman est physiquement capable.

Quant-au scénario, il reste relativement efficace du début à la fin, malgré plusieurs maladresses. Bon, pas grand-chose à redire pour la supposée connerie des persos: on parle de gens paniqués devant des pouvoirs qu’ils ne comprennent pas, dont ils ne mesurent pas l’ampleur, ou qui rentraient du bar local complètement bourrés au moment des faits. Quant-à Tori, il s’agit du lieu commun du parent qui se refuse à voir quel genre de monstre il a élevé sans se rendre compte de rien, avant qu’il ne soit trop tard (exactement comme Mentor, le père de Thanos). Il y a cependant quelques moments awkwards qui auraient probablement pu (et dû) être évités.

Bref, tout ça pour dire que, s’il reste un divertissement honorable, Brightburn, sous ses airs iconoclastes, n’innove pourtant en rien. C’est juste une application (efficace) de high concept, en l’occurrence « l’origine de Superman en méchant » (mais sans les droits d’exploitation de la propriété intellectuelle). Pourtant, le film a vraiment du potentiel; pas seulement pour lui-même, je veux dire. Il s’agit en effet de l’introduction d’un personnage empowered particulièrement malveillant, un personnage qui pourrait connaître un développement intéressant par la suite. Et c’est peut-être là le principal problème du film, en fait: on a pratiquement l’impression de regarder la préquelle, voire un flashback, d’une histoire plus ambitieuse. Qui reste à réaliser, pour le coup.

Enfin, c’est manifestement l’intention du réalisateur David Yarovesky, donc il n’y a plus qu’à espérer que Sony et la famille Gunn (pas seulement James, mais aussi son frère Brian et son cousin Mark, qui ont signé le scénario) continuent de soutenir le projet. Et vu que le film à déjà rapporté trois fois sa mise de départ rien qu’avec le Canada et les USA…

Au revoir; à bientôt.

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