Stranger Things (saison 3)

La troisième saison (très attendue) de ce qui est à l’heure actuelle l’une des séries les plus regardées dans le monde s’est pointée il y a peu sur Netflix, pile le jour de la fête nationale états-unienne. Ce qui est assez logique, vu que les frères Duffer ont toujours ancré leur histoire dans un contexte tournant autour de fêtes populaires d’Amérique du Nord (d’abord un peu avant les fêtes de fin d’année, puis Halloween et maintenant l’Independance Day; pour la saison 4, ce sera le vendredi saint, j’imagine? C’est férié dans l’Indiana, il paraît). Quoi qu’il en soit, elle était attendue au tournant.

Juillet 1985: l’école est finie pour les jeunes de Hawkins, Indiana, et plusieurs mois se sont écoulés depuis la défaite du Mind Flayer. Elf et sa bande mènent leur petite vie d’ados tout ce qu’il y a de plus normale (autant que faire se peut) et son père adoptif (le shérif Hopper) s’exaspère de sa relation romantique avec Mike. Dans le même temps, Jonathan et Nancy ont réussi à rentrer dans le journal local, tandis que Steve, qui a échoué à entrer à l’université, doit en punition travailler chez un glacier du mall local. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le titan de l’Upside Down n’avait pas profité d’une brèche ouverte par les Soviétiques pour s’introduire à nouveau à Hawkins. Et le hasard veut que sa première victime soit Billy, le frère de Max, qui se retrouve dans la même situation que Will dans la saison précédente (c’était voulu, la similarité de prénom?), à servir les intérêts maléfiques du monstre.

Première grosse divergence avec la saison précédente: l’aspect Guerre Froide y est beaucoup, beaucoup plus présent. Ce qui était auparavant une simple excuse contextuelle pour justifier les expériences de Brenner ou les réactions paranoïaques de Murray est désormais un élément du plot principal, pour le meilleur, mais malheureusement aussi pour le pire. Trêve de longs discours: c’est de la merde. Impossible de croire une seule seconde à ces agents soviétiques caricaturaux au possible qui ont tous un accent dégueulasse (voire ne parlent pas anglais; bien, ça, pour des agents infiltrés), et ont été cependant capables de construire une base high-tech colossale sur le sol américain sans que personne ne s’en aperçoive.

Après, ça peut se justifier, si on considère qu’il s’agit d’une parodie. Et… ouais, là, le bât blesse un peu aussi. La saison 3 est beaucoup plus burlesque que les deux autres, comme si la franchise commençait à devenir une caricature d’elle-même (soit dit en passant, c’est souvent le début de la fin pour une série). Jusque-là, il y avait certes de l’humour, mais jamais à ce point. En fait, c’est un peu comme si les frères Duffer avaient décidé de prendre un maximum de lieux communs de films de SF du milieu des années 1980 et de les revisiter en comédie.

Ce qui ne signifie pas pour autant que les enjeux dramatiques aient disparu, ils sont toujours bien là. Juste très souvent coincés entre deux blagues d’un goût pas toujours très heureux sur 6 épisodes, avant que la série ne commence réellement à se prendre au sérieux dans les deux derniers. Steve, par exemple, est une blague ambulante, quand Jim a toujours l’air d’être un peu bourré (et beauf). Il n’est pas le seul, d’ailleurs. Sinon, Jonathan a un rôle beaucoup plus limité, comme s’il était devenu un faire-valoir de Nancy. Mais c’est pour Elf que le changement est le plus important, et il est positif.

Millie Bobby Brown a en effet étendu la palette d’expression de son personnage, compte tenu des nombreux moments de slice of life du script. En outre, elle devient très amie avec Max et c’est peut-être avec elle qu’elle interagit le plus (en dehors de Mike). Quant-au quatuor d’origine, il grandit au fur et à mesure que la série avance, et Will se sent un peu à la traine face à ses amis qui ont désormais chacun une copine (pour lui, cette saison est d’ailleurs une sorte de coming of age). On notera aussi qu’Erica Sinclair (la sœur de Lucas) et Karen Wheeler (la mère de Mike) ont gagné en importance.

Concernant les nouveaux persos, on l’a dit, les Russes ne sont PAS DU TOUT convaincants. Tous sont des caricatures à différents niveaux, comme Alexei (archétype de scientifique gentil donc déserteur) ou Grigori (archétype de Schwarzenegger jouant un tueur). Pour les états-uniens, c’est déjà mieux: Cary Elwes est parfait dans son rôle de maire corrompu, Michael Park et Jake Busey sont très bons dans leur rôle de journalistes beaufs-machos et Robin est un peu le perso féminin qui manquait pour donner une réplique cinglante à Steve. La plus grosse surprise vient de Suzie, jouée par une jeune actrice (Gabriella Pizzolo) issue de Broadway… et qui nous rappelle que Gaten Matarazzo (Dustin), Caleb McLaughlin (Lucas) et Sadie Sink (Max) sont également passés par là.

Enfin, plus que jamais, cette saison est un pot-pourri de pop culture des années 1980. Déjà à la façon dont la série est scénarisée. On y trouvera donc des scènes très fortement inspirées de Terminator, Invasion of the Body Snatchers (et ce n’est pas un hasard si un des persos s’appelle Driscoll), Alien, The Thing, etc. Après, il y a aussi toutes les références ouvertement casées ici ou là (vu qu’il y a un cinéma dans le mall, on aura donc droit à Le Jour des morts-vivants, Cocoon, Retour vers le futur…) et même à du placement de produit assez violent (du genre à bien casser le rythme du script).

Donc ouais, la saison est beaucoup plus maladroitement menée que les deux précédentes. Même visuellement, d’ailleurs: je comprends bien qu’on ne peut pas tout faire en practical, mais certaines CG sont juste crades; à ce tarif, la réalisation a aussi le droit de tabler sur du suggéré, ça peut très bien marcher si c’est correctement filmé/scénarisé. Et tout ça est peut-être juste un symptôme d’essoufflement. C’est qu’après deux belles saisons, celle-ci semble moins réfléchie et préparée; malgré quelques très beaux moments de gloire (et Limahl, c’est bien; vos gueules). En outre, le prétexte au retour du Mind Flayer a presque l’air tiré du chapeau tellement il est capillotracté.

On sent bien que les acteurs font du mieux qu’ils le peuvent avec ce qu’on leur donne (c’est d’ailleurs ce qui sauve la saison), et qu’il y a aussi plusieurs bonnes idées. Mais on aura beaucoup de mal à me convaincre que ça ne pouvait pas être mieux, d’autant que certaines pistes ouvertes dans la saison précédente sont tout simplement éludées. En l’occurrence, aucune trace de Kali et sa bande, Billy reste sous-exploité (alors qu’il est omniprésent; paradoxal), et le Dr Owens est juste là pour faire coucou.

Bref, c’est une saison qui, bien que loin d’être catastrophique, n’est pas vraiment aussi bonne que pouvaient l’être les deux autres; la faute à des maladresses d’écriture (parfois juste pour faire plus « fiction des 80ies » ; les Soviétiques écrits avec le cul, je suis persuadé que c’est pour ça) et une orientation comique un peu saugrenue (même si on pouvait en voir les prémices auparavant; c’était plus savamment dosé, disons). Elle s’améliore cependant beaucoup dans les deux derniers épisodes, qui eux renouent bien avec l’ambiance des deux premières saisons. Quant-à la fin… non, je ne vais pas la spoiler. Disons simplement qu’elle ouvre des perspectives intéressantes, et il faut juste espérer que les frères Duffer en fassent bon usage.

Au revoir; à bientôt.

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