Les Enfants de la mer

J’ai pris mon temps pour aller voir Les enfants de la mer, mais à ma décharge, je rappelle que, du côté de chez moi, l’animation japonaise au cinéma n’a pas franchement la cote, et que seule une salle dans un rayon de 80km autour de mon patelin le projetait. À des horaires pas nécessairement intéressants pour la VO, en plus, si on avait l’intention d’y aller en transports en commun. Bref.

Ruka Azumi, pendant les vacances, a un peu de mal à intégrer les règles de conduite pour une sociabilité, disons, non blessante (au sens propre). Aussi, dès qu’elle en a l’occasion, se rend-elle à l’aquarium où travaillent ses parents. Elle y fait la connaissance d’Umi, un gamin élevé avec son « frère » Sora par des dugongs. Ces deux garçons mènent leur petite vie sous la vague surveillance de deux océanographes (Jim et Anglade), bien décidés à percer un mystère marin les impliquant, ainsi que de curieuses météoroïdes.

Le manga de Daisuke Igarashi m’avait particulièrement marqué il y a quelques années, et, après plusieurs relectures au fil du temps, j’en garde encore aujourd’hui un excellent souvenir, malgré un trait parfois assez étrange par son irrégularité. Le film d’animation est, lui, beaucoup plus régulier dans son dessin, qui est à la fois atypique (style Igarashi, donc) et d’une finesse remarquable, avec une colorimétrie qui concurrence Makoto Shinkai.

Visuellement, il est juste splendide, au point qu’on pourrait s’amuser à screenshoter le film en définition maximale pour exposer le résultat dans un musée d’art à thème maritime sans dépareiller. À cela vient s’ajouter une animation magnifique, en particulier dans les moments où doivent être retranscrites des formes de nages, qu’elles soient humaines ou animales. À ce sujet, le rendu des animaux marins est exceptionnellement bon, particulièrement celui de certains requins (les requins-baleines, surtout).

J’aime aussi beaucoup les choix esthétiques opérés dans les séquences « à la 2001 » pour les anomalies marines (principalement sur la fin, mais le film en est en réalité parsemé). Si certains effets sont assez simplistes, d’autres font clairement penser à des délires psychédéliques que n’auraient pas renié Keiichi Koike ou Alejandro Jodorowsky (une longue scène en particulier, que je ne vais pas spoiler). Bref, rien que pour ses aspects visuels, c’est un film à voir.

Pour ce qui est de l’histoire, je suis en revanche un peu plus mitigé. Il s’agit d’un récit initiatique centré sur Ruka, pour laquelle on insiste beaucoup sur les aspects « terrestres » de sa vie. C’était déjà le cas dans le manga (les problèmes sociaux et familiaux de Ruka y servent aussi, dans une certaine mesure, de point de départ), mais proportionnellement au reste, l’importance de ces aspects était moindre. De fait, ça m’a semblé par moment un peu trop exagéré ou forcé (par exemple, la scène post-générique, qui n’apporte pas grand-chose au récit; même si pour le coup, elle figure bien dans le manga; sauf qu’elle ne marque pas la conclusion de celui-ci).

De plus, ce choix s’est effectué aux dépends de sa relation avec le duo Umi/Sora, qui, si elle occupe toujours une place prépondérante dans l’histoire, est cependant moins développée que sur papier. J’ajouterai, de plus, que de manière générale, si la mer est bien le cœur du récit, elle n’est pas assez présente par rapport aux moments passés sur la terre ferme. Quelques longueurs, d’ailleurs, sont assez tangibles sur ces moments, et le film met pas mal de temps à prendre son envol.

Mais une fois qu’il a décollé (ou plongé)… wow. Il est juste regrettable que trop de persos soient aussi peu développés, notamment Jim et Anglade qui, à mon avis, méritaient beaucoup mieux. Dédé n’a également droit qu’au minimum, mais c’est moins choquant dans le sens où elle semble avoir été conçue pour être une figure empreinte de mystère, censée influer sur l’ambiance par sa seule présence (ce qui marche). Après, il est aussi évident que retranscrire cinq volumes de 300 planches chacun en long métrage de même pas deux heures, ça implique des sacrifices.

Si vous avez dans l’idée d’aller le voir, gardez bien à l’esprit qu’il est le contraire d’un blockbuster: si vous laissez votre cerveau aux toilettes (je juge pas, chacun son truc), c’est mort. Les Enfants de la mer joue beaucoup sur le symbolique et le sous-entendu, avec quelques scènes très fortement marquées sur le plan métaphorique. D’autres sont très difficilement lisibles et peuvent être sujettes à interprétations contradictoires. Et c’est à la fois son plus gros point fort et son plus gros point faible: il est extraordinaire, mais clairement difficile d’accès. Voire parfois carrément paumant.

Pour conclure, je dirai que j’ai passé un excellent moment, mais que ma lecture du manga m’aura semblé plus intéressante. Reste que la plus grosse qualité du long métrage, à savoir sa dimension visuelle, justifie à elle seule son visionnage. Au final, ce sont pratiquement devenues des œuvres complémentaires, chacune exploitant les qualités (et limites) de son propre format.

Au revoir; à bientôt.

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