Stranger Things: De l’autre côté

Puisque, avec sa saison 3, Stranger Things est devenue l’une des séries streamées les plus regardées de tous les temps, on voit fleurir un max de produits dérivés, et parmi ceux-ci, des fictions dont le rôle premier est d’étoffer le lore. Ou pas. Parce que le premier roman, par exemple, ne nous apprenait pas grand-chose qu’on ne savait déjà. Et pour l’album de comics Stranger Things: De l’autre côté, c’est un peu pareil.

Décembre 1983: quatre gamins terminent tant bien que mal une campagne d’AD&D avant que chacun ne regagne ses pénates. Mais l’un d’eux découvre qu’un monstre est apparu chez lui et s’enfuit. S’en suit une longue période durant laquelle il va tenter de survivre en échappant au prédateur, dans un monde au-delà de la réalité tangible, réussissant parfois à entrer en contact avec sa mère paniquée. Enfin, vous connaissez l’histoire, hein.

Car oui, ici, ce sera, en gros, celle de la première saison, du début à sa fin. Pas une simple redite, cependant: tout est raconté du point de vue de Will Byers, soit à peu près le seul qui manquait dans le début de la série, quand on y réfléchit. Et l’idée est intéressante: l’Upside-Down, où il évolue, est une version déformée (et sinistre) du monde « normal » et y survivre, pourchassé par un Demogorgon vorace, tient de l’exploit. Autant dire que savoir que tout sera explicité a de quoi attiser la curiosité.

Sauf que… eh bien… C’est un peu décevant. Parce que, si on a bien plusieurs passages montrant comment Will arrive à échapper in extremis à la bête, pour ce qui est de la survie proprement dite, on peut s’assoir dessus. À aucun moment on ne saura comment il a fait pour s’alimenter ou boire, ce qui, dans un monde parallèle cendreux et pendant pratiquement un mois, ne va pas de soi. Du coup, c’est con à dire, mais ce volume arrive à éluder ce qui aurait dû être le point le plus fondamental de son déroulement.

Maintenant, si on fait abstraction de ce TRÈS GROS souci, force est de reconnaître que c’est plutôt pas mal. Le style de dessin est plutôt élégant, avec quelques planches tirant vers un photoréalisme assez approprié, vu qu’il s’agit d’un spin-off de série TV. Surtout, je trouve assez intéressante l’idée de mêler la réalité sinistre de l’Upside-Down et la high-fantasy de l’imaginaire de Will, sachant que certains passages, naïvement minimalistes, donnent l’impression d’avoir été dessinés par le héros lui-même.

Car, vu que le personnage est rôliste et que c’est même le point de départ de l’histoire (en version comics, s’entend), on retrouve plusieurs moments où Will fantasme sa triste aventure en campagne de AD&D dans une ambiance colorée tirant vers le pastel, viscéralement lumineuse et donc aux antipodes de son vécu réel. Incarnant son personnage de Will le Sage (soit, en gros, un Gandalf), il part en quête, esquivant la plus grande menace (nommée de plus d’après une créature du bestiaire de AD&D, donc ça reste cohérent) puisqu’il n’est pas assez fort pour l’affronter. Maintenant, il est vrai que les transitions entre les deux phases ne sont pas toujours très fluides, et que certains passages ont juste l’air de tomber d’un coup sans prévenir.

Ceci étant dit, je m’interroge un peu sur la pertinence de raconter une histoire qu’on connaît déjà, certes d’un autre point de vue, mais en n’apportant, au final, rien, ou presque. Oui, on voit comment Will arrive à se faire entendre de sa mère d’un monde à l’autre, mais même s’il y avait pas mal de suggéré dans la saison 1, ça ne faisait pas grand secret et ce qui était éludé pouvait facilement se deviner. Oui, on voit Will échapper au Demogorgon, mais on ne voit jamais vraiment comment il réussit à survivre dans cet environnement hostile. Oui, on voit divers lieux traversés par le héros, et qu’on ne pouvait pas deviner dans la série, mais il s’agit de gros clichés; vous pouvez me citer un cliché plus cliché qu’un cimetière dans une fiction horrifique?

Du coup, autant j’aime vraiment beaucoup De l’autre côté sur la forme, autant sur le fond, je suis bien forcé de reconnaître que c’est assez bof. Sous-exploité, pour être plus précis. Cependant, je ne peux pas décemment le déconseiller, surtout aux fans, auxquels il s’adresse en priorité. Surtout, je trouve sa fin, montrant la nouvelle perception visuelle de son monde d’origine par Will, particulièrement poignante (et du coup très raccord avec la saison 2).

Au revoir; à bientôt.

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