Promare

Je sais que j’ai (trop) souvent l’habitude de me plaindre du traitement de l’animation japonaise au cinéma en France (particulièrement près de chez moi), mais… mais. Et puisque j’aime bien raconter ma vie, petit exemple très personnel avec une tentative (heureusement réussie) d’aller voir Promare. Déjà, la salle la plus proche à le projeter (la seule du département d’ailleurs) se trouve à quarante minutes en bagnole de chez moi (enfin, quand ça roule normalement); sachant que je n’ai plus de voiture et que pour les transports en commun, c’est juste le bordel. Bon, j’ai quand même réussi à en dégoter une (merci, frangine), restait le problème de l’horaire… et, bonne blague, une seule séance quotidienne, toujours à la même heure creuse de merde (à savoir celle où personne ne va au cinéma) mais qui flanque pourtant immanquablement dans les bouchons, à l’aller comme au retour. Bien. Après avoir trouvé un créneau pendant la deuxième semaine d’exploitation, j’y vais; pour arriver à un multiplexe dans un état… meh (chiottes à peine fonctionnelles, etc.), mais OSEF, c’est le film qui compte. Et après 23 putains de minutes de putains de pubs de putain de merde…

Dans un futur qu’on suppose pas tellement proche, une vague de combustions spontanées destructrices aboutit à la naissance d’une nouvelle variété d’êtres humains dotés de pouvoirs, les Burnish. Las, ces derniers se regroupent dans une organisation terroriste, les Mad Burnish, qui s’attaque au gouvernement en place et menace les civils, raison pour laquelle plusieurs unités de combattants/pompiers (le Burning Rescue Fire Department) ont été créées et sur-équipées (avec des robots nommés Matoi-Tech). Mais ça, c’est la version officielle…

Alors, oui, effectivement: le pitch commence pratiquement sur du Fire Force, peu ou prou. Sauf qu’on va très rapidement partir ailleurs, et même très très loin. Déjà par l’esthétique. Parce que, artistiquement parlant, le film est juste extraordinaire. Comparable à Spider-Man: Into the Spider-Verse, en termes d’audace visuelle et de créativité, pour vous donner un ordre d’idées. Ne serait-ce que les flammes: elles sont à des années lumières de ce qu’on attendrait en mode de représentation d’éléments ignés, adoptant un jeu de couleurs qui lorgne vers le violacé et des formes très anguleuses.

D’ailleurs, l’esthétique générale de l’anime est très anguleuse. Rien que les effets de type « lensflare » sont par exemple carrés. De fait, il a de la gueule et une gueule vraiment mémorable. On pourra objecter (à raison) que le chara-design est lui beaucoup plus classique: en gros, c’est la rencontre de Gurren Lagann et de Kill La Kill; un constat également valable pour le scénario et l’écriture en général (ce qui n’a rien d’étonnant, vu la présence de Hiroyuki Imaishi à la réal’ et au storyboard, et de Kazuki Nakashima au script).

Et force est de constater que le duo (et le studio derrière eux) n’a rien perdu de son affection pour le dynamisme déjanté. Quant-aux thèmes abordés, on peut dire, pour résumer et sans trop spoiler, qu’ils sont une sorte de synthèse de ce qu’à fait Trigger depuis quinze ans. Aussi, effectivement, la ressemblance du personnage principal Galo Thymos avec Kamina de Gurren Lagann n’a rien de fortuit.

Galo est une tête brûlée enthousiaste assez stupide, mais efficace, qui idolâtre son sauveur, le désormais gouverneur Kray Foresight. La ville que dirige ce dernier est d’ailleurs intéressante dans sa forme: on y vit manifestement comme dans une mégapole nord-américaine, mais l’esthétique générale des décors est aux grands aplats de couleurs, rappelant fortement le constructivisme russe; d’autant qu’un véritable culte de la personnalité quasi-soviétique s’opère autour de Foresight (au nom évocateur). De fait, on devine bien vite que les choses sont loin d’être aussi évidentes que le pense Galo.

Les Burnish, officiellement ennemis de la nation, sont aussi des réprouvés et des victimes, notamment des milices et des scientifiques à la botte de Foresight. La voie était donc toute tracée pour le brillant Burnish Lio Fotia, qui fonda Mad Burnish avec l’espoir de défendre les siens et venger les injustices qui leurs sont faites, tiraillé par ses démons intérieurs. Lui-même contribue à ouvrir les yeux de Galo sur ce qu’ils sont et ce qu’ils vivent. Hm? C’est cousu de fil blanc et pas franchement original? Certes.

Et à vrai dire, peu importe: l’histoire n’a clairement pas une importance primordiale ici, puisque ce qui va compter, c’est la façon dont le tout est mis en forme. Or, on l’a dit, l’esthétique est un franc succès, et les aspects d’ordre purement technique ne sont pas en reste, sublimant le talent de Imaishi pour les mises-en-scènes dynamiques. Certaines sont même complètement folles et en mettent plein les mirettes.

Bref, Promare est ce qu’on peut appeler une réussite totale ou peu s’en faut. Certes, j’imagine que les personnes viscéralement allergiques au nekketsu y resteront hermétiques, mais le fait est que c’est une vraie baffe visuelle dans la gueule, et je pèse mes mots. Et je conseille très vivement à tous ceux qui envisagent de le regarder d’aller le faire en salle de cinéma (une bonne salle, s’entend), à moins d’avoir une excellente installation chez soi. Parce que c’est ce qu’il faut pour en profiter pleinement.

Aussi, si j’ai bien un reproche à lui faire… bah c’est sa distribution très limitée et le peu de com’ qu’il y a autour. C’est tout de même une calamité de disposer de films d’animation de cette qualité pour n’en proposer qu’une si mauvaise diffusion dans un pays théoriquement quatrième consommateur d’anime dans le monde. C’était d’ailleurs le même problème avec Your Name ou dans une moindre mesure Silent Voice: on se retrouve avec des longs métrages qui cartonnent à l’international et qui font un bide complet chez nous. Pas manqué pour celui-ci: seulement 10000 entrées (environ) lors de sa première semaine d’exploitation en France. À titre de comparaison, il a déjà rapporté plus d’un milliard de yens au seul Japon…

Au revoir; à bientôt.

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