Once Upon a Time… in Hollywood

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La sortie d’un nouveau film de Quentin Tarantino au cinéma est toujours un petit événement en soi. Déjà parce qu’il n’est pas ce qu’on pourrait appeler un réalisateur prolifique, mais aussi et surtout parce que ce sont toujours des films de qualité. On peut certes être plus ou moins réceptif à tel ou tel genre, mais pour ma part, je ne me rappelle pas avoir jamais été déçu par son travail. D’autant qu’ici, on a peut-être droit au plus méta de ses longs métrages, à savoir un « conte » sur le Hollywood de 1969.

Février 1969: Rick Dalton est une ancienne star de série TV, mais qui peine à rebondir. Inséparable de sa doublure cascade Cliff Booth, il aligne désormais les petits rôles sans importance et sombre peu à peu dans l’alcoolisme, alors que son agent l’encourage à partir en Italie pour tourner avec Sergio Corbucci. Cliff, lui, vivote avec sa chienne dans une caravane pourrie et est devenu un peu l’homme à tout faire de Rick. La voisine de ce dernier, elle, s’en sort beaucoup mieux: il s’agit de la célèbre Sharon Tate, nouvelle égérie d’Hollywood, qui vit dans une petite bulle de bonheur depuis son mariage avec Roman Polanski. Pendant ce temps, un inquiétant groupe de hippies a investi un des anciens lieux de tournage où officiaient Rick et Cliff, et l’un d’entre-eux semble s’intéresser de très près à Sharon.

Le film suit ces trois destinées parallèles sur quelques mois de l’année 1969 (de février à août, avec une ellipse), sachant que Sharon n’aura au final que très peu d’interactions avec les deux autres. Les personnages principaux du long métrage, ce sont Rick et Cliff. Et s’il y a effectivement une grande complicité entre les deux, chacun vit, au fond, de son côté, dans une relation néanmoins d’interdépendance. Rick a besoin de Cliff parce qu’il est à peu près incapable de faire quoi que ce soit seul en dehors de l’acting, et Cliff a besoin de Rick parce que c’est un connard dont plus personne hormis lui ne veut (et surtout pas les gens de son métier).

Au travers de ces deux personnages, Tarantino dresse un portrait à la fois critique et admiratif du Hollywood de la fin des années 1960. Un monde de la TV et du cinéma états-uniens alors en pleine crise, ou plutôt recomposition, où s’affrontent des visions très diversifiées du septième art: Once Upon a Time… in Hollywood se déroule alors que le Nouvel Hollywood prend son essor (1969, c’est l’année de la sortie du désormais mythique Easy Rider; RIP, Peter Fonda), tandis que d’anciennes idoles du Hollywood classique dégringolent de leur piédestal.

Rick Dalton fait partie de ces « has been » présentés dans le film, un homme à la célébrité désormais dépassée et dont la carrière bat méchamment de l’aile, quand Sharon Tate est, elle, son négatif ascendant. Rick doit se battre pour continuer d’exister en tant qu’élément de l’industrie hollywoodienne, mais son moral est au plus bas; les encouragements à tourner à l’étranger de son agent Marvin Schwarz, il les perçoit comme autant de clous dans le cercueil de sa carrière. Cliff Booth, lui, a manifestement renoncé, et s’accommode d’une vie de peu, jetant un regard amusé sur les évolutions récentes de la société californienne, en pleine vague de flower power. Mais là où son patron est un individu aussi sensible qu’égocentré, Cliff reste profondément cynique et enclin à la violence.

Force est de constater qu’aussi bien Leonardo DiCaprio que Brad Pitt jouent leur rôle à merveille, et il en va de même pour Margot Robbie. Enfin, il en va de même pour la totalité du casting, en fait. Que ce soit Al Pacino dans le rôle de Marvin Schwarz, Emile Hirsch dans celui de Jay Sebring, Damian Lewis en Steve McQueen, etc. Par moments, même, le film prend des allures de « best of » des castings des autres Tarantino (on y trouve ainsi Michael Madsen, Kurt Russel, Zoë Bell…). On notera, aussi, que le film constitue la dernière prestation à l’écran de feu Luke Perry, qui tient le rôle de l’acteur canadien Wayne Maunder, lui-même, diégétiquement parlant, dans son rôle de Scott Lancer de la série TV Lancer.

Au passage, le film est bourré de petites (ou grosses) références cinéphiles qui nécessiteraient plusieurs séances pour être toutes relevées. De nombreuses allusions à la carrière de Sharon Tate, ou à la culture TV des années 1960, ou au cinéma grand public italien de l’époque, ou aux grands acteurs et cinéastes américains du temps, etc. Le personnage de Rick Dalton, par exemple, semble être un mélange entre Steve McQueen, Burt Reynolds et de multiples acteurs des années 1950/60 (surtout de western), comme Ty Hardin ou Pete Duel.

Rien de bien surprenant en soi, en fait, vu que c’est un peu la marque de fabrique de Tarantino. Tout comme sa pâte est palpable sur de nombreux plans qui semblent renvoyer à diverses œuvres de sa filmographie personnelle, en plus des autres. Cependant, la grosse violence bien bourrine à laquelle il nous a habitués n’arrive que très, très tard. Bien sûr, il y a bien deux ou trois moments où Cliff fait preuve de brutalité, mais ces moments sont étonnamment peu démonstratifs. Contrairement aux quinze dernières minutes, une certaine nuit d’août, qui concentrent de la sauvagerie à l’état brut. Et que je ne spoilerai pas.

Du reste, comme on pouvait s’y attendre, la photographie est évidemment très élégante et la bande son est juste magique, mais c’est presque un lieu commun qu’on peut re-servir à la sortie de chaque long métrage du réalisateur. Disons que c’est ici particulièrement vrai, et un plaisir pour les oreilles si on apprécie la musique de cette époque, comme les premiers disques de Deep Purple ou Simon & Garfunkel. Pas mal de musiques tirées de TV shows de cette époque, aussi.

Bref, je pourrai encore m’étendre des heures, essayer de décortiquer le sens de la scène finale (ce qui serait pour le coup un énorme spoiler, mais il justifie le titre et d’autres partis-pris), etc. Mais je vais en rester là et me contenter de vous inviter à le voir. Parce que je crois qu’il mérite bien 2h40 de votre attention (oui, c’est long, mais pas beaucoup plus que la majorité des autres films du réal’). Et au passage, c’est mieux sur grand écran, et si possible en VO (c’est Kurt Russell qui fait le narrateur).

Au revoir; à bientôt.

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