Midsommar

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L’exploitation de Midsommar en salles françaises semble arriver plus ou moins à son terme. Donc oui, j’ai beaucoup pris mon temps pour aller le voir (à vrai dire, j’ai même attendu la dernière des dernières séances du multiplexe local). Quant-à savoir si ça valait le coup…

Le couple de Dani et Christian bat de l’aile, mais alors que ce dernier s’apprête à rompre, la jeune femme doit encaisser le suicide de sa sœur bipolaire et dépressive, qui a entrainé ses propres parents dans la mort. Christian décide finalement de rester avec elle et l’invite sans grande conviction à participer à une excursion avec d’autres étudiants de troisième cycle en Suède, dans une communauté reculée que l’un d’eux souhaite étudier. Pile au moment du solstice d’été, alors que doit s’y dérouler une cérémonie qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans.

Présenté comme un film d’horreur classique, le long métrage souffre, déjà, d’un sérieux problème de com’. À l’instar de The Witch ou de It comes at Night, c’est avant tout un film d’ambiance, et pas le truc putassier vendu par les trailers. En fait, a posteriori, on réalise qu’aucun des personnages n’éprouve réellement de peur, sauf quand il est trop tard, si bien qu’il est difficile pour le spectateur d’avoir peur pour eux. Enfin, aucun des personnages sauf Dani.

Cette dernière est véritablement traumatisée par son expérience dramatique et le fait de devoir assumer simultanément trois deuils. Aussi est-elle constamment poursuivie par ses phobies, et notamment une: la phobie de l’abandon. Sa venue dans la petite communauté nordique de Hårga doit lui servir d’exutoire et une manière de s’évader de l’univers new-yorkais, beaucoup trop porteur de souvenirs néfaste. Et c’est le cas.

C’est également le cas pour le spectateur, pour lequel la transition entre les deux univers se situe bien loin des archétypes traditionnels des films horrifiques. L’une des particularités du film est de prendre à rebours complet le passage progressif classique de la lumière vers les ténèbres. Au contraire: la première scène est nocturne, et l’environnement new-yorkais est, dans le meilleur des cas, sinistre. A contrario, l’arrivée en Suède coïncide avec un accroissement d’une luminosité solaire qui ne quittera plus l’écran que pour quelques scènes d’intérieur, onirique ou relevant d’un entre-deux crépusculaire.

Le film bénéficie donc d’une photographie éclatante, et rare. Il est à noter, également, que ses transitions sont particulièrement soignées, et notamment celle du voyage en voiture jusqu’à Hårga, qui consiste en une inversion du sol et du ciel très lourde de signification. Pareillement, les vêtements des autochtones sont presque systématiquement d’un blanc immaculé, quand les visiteurs adoptent des tenues plus ternes, soulignant la dichotomie entre l’univers mystique et éthéré de la communauté reculée et la tristesse du monde post-moderne, l’affrontement du temps cyclique et du temps linéaire, du communautaire et de l’individualisme (voire de l’égoïsme, dans le cas de Christian).

Alors oui, le film est visuellement superbe, et sur le plan sonore, il est tout aussi planant, que ce soit par ses musiques intra-diégétiques ou extra-diégétiques. Il en ressort une ambiance fascinante, une impression de se retrouver parfois hors du temps ou de se retrouver dans un autre monde, en une autre époque. Dans un environnement des plus dérangeants, aux valeurs et croyances dont les répercussions sont aussi sinistres que la clarté y est éclatante. Car non, étonnamment non, tout n’est pas rose à Hårga, et quelques-uns vont y laisser leur peau.

Sauf qu’on touche-là au principal problème du film: les quelques-uns, on s’en fout. Parce que les personnages principaux, soit les gens de l’extérieur, sont juste des fonctions nommées, et on devine dès les premières minutes qui va crever. Josh est juste un stéréotype de chercheur obstiné, Mark est un gros connard, Christian est un faux-cul de première aussi lâche qu’hypocrite, etc. Au final, seule Dani vaut vraiment quelque chose. Et inutile de chercher parmi les autochtones de quoi compenser, aucun n’est développé, pas même Pelle, Ingmar ou Maja, qui sont pourtant ceux qui ont le plus d’interactions avec les visiteurs.

Du coup, il est vraiment très difficile d’éprouver la moindre empathie pour eux, d’autant que, si le film est parfois visuellement très dur, il élude aussi très souvent les aspects les plus sales de la violence qui se trame dans les rituels locaux. De plus, le seul personnage pour lequel on est invité à éprouver de l’attachement n’est jamais mise en danger, et seuls les cauchemars qu’elle amène avec elle semblent réellement menaçants. D’ailleurs, tout bien considéré, la communauté est d’une extrême bienveillance avec Dani, à commencer par Pelle, qui semble vouloir tout mettre en œuvre afin qu’elle y soit acceptée.

Aussi, a-t-on au final droit à un film étrange, à la photographie splendide et atypique (pour un film horrifique), très planant et à l’esthétique aussi remarquable que dérangeante, mais aux personnages tellement insignifiants (à l’exception de Dani) qu’on le traverse un peu comme on traverserait une expo de photos sans s’attarder vraiment sur les personnes qui y figurent. Le résultat est très beau, mais manque aussi cruellement de substance. C’était peut-être le but, remarquez. Parce qu’on peut aussi très bien considérer que tout se passe dans la tête de la pauvre Dani qui comate après s’être pris un arbre en courant en plein bad trip dans les vertes forêts du Hälsingland. Rien ne le prouve pas.

Au revoir; à bientôt.

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