The Dark Crystal: Age of Resistance (saison 1)

La série est arrivée sur Netflix à la fin du mois dernier, et j’ai un peu pris mon temps avant de me mettre à la binge-watcher. Parce que, pour être tout à fait honnête, j’avais un peu peur: le film de 1982 se suffisait à lui-même, alors les justifications pour en faire une préquelle sérialisée me passaient un peu au dessus de la tête. D’ailleurs, j’ai du mal avec les préquelles, de manière générale (malgré quelques exceptions notables, évidemment). Mais là, j’avoue que le résultat est bluffant.

Longtemps avant l’épopée de Jen et Kira, sept clans de Gelflings vivaient « en harmonie » sur le monde de Thra, régi par la magie du Crystal, confié autrefois par la sage Aughra à la garde des puissants Skeksis. Las, ces derniers s’avèrent être beaucoup plus retors et intéressés qu’ils ne le semblaient au premier abord. Après avoir accidentellement corrompu le Crystal afin d’augmenter leur longévité, ils commencent à drainer secrètement l’essence vitale de Gelflings captifs. Rian, un garde gelfling au service des Skeksis, choisit de les trahir et souffle le vent de la rébellion au sein de son peuple désormais divisé, tandis que Thra souffre de l’Assombrissement du Crystal.

Alors, avant de commencer, jetons un petit œil au casting vocal original. Parce qu’il a sacrément de la gueule. Bon OK, Taron Egerton en Rian, j’avoue, j’y croyais moyen après son nanardesque Robin des Bois. Mais Anya Taylor-Joy en Brea, c’est juste parfait. Je veux dire, même IRL, cette fille est une elfe, alors lui faire jouer une Gelfling, c’est juste parfait. Quant-à Nathalie Emmanuel en Deet, eh bien, de manière assez inattendue, c’est peut-être elle qui s’en sort le mieux parmi les trois persos principaux.

On notera aussi la présence, parmi les Gelflings, de Lena Headey et Helena Bonham Carter (entre autres), mais c’est surtout le casting des Skeksis qui est le plus mémorable. En effet, les quatre dont ont entendra le plus la voix, à savoir skekSo l’Empereur, skekSil le Chambellan, skekVar le Général et skekTek le Savant, sont doublés respectivement par Jason Isaacs, Simon Pegg, Benedict Wong et Mark Hamill. Rien que ça. Oh, et il y a Sigourney Weaver à la narration, aussi.

Toutefois, on le sait, un dubstaff, ça ne fait pas tout, et se pose, surtout, la question de la cohésion avec l’œuvre d’origine. Et pour l’heure, à deux ou trois couacs près, ça marche plutôt bien. Visuellement, déjà, on retrouve cette ambiance mi-inquiétante, mi-chamarrée du film des années 80, à base de créatures diverses souvent difformes (et même parfois un peu grotesques), qui était son apanage. Notamment grâce au choix de Louis Leterrier de revenir à un mélange de marionnettes et d’animatroniques, avec de la CG en soutien; mais seulement en soutien, pour le coup.

De fait, l’univers de la série a une matière palpable, et à deux ou trois bestioles assez awkward près, ça fonctionne très bien. Les formes de vies intelligentes du monde de Thra sont d’ailleurs très expressives, notamment les Skeksis (ça marche un peu moins pour les Gelflings, mais ça reste quand même probant). Maintenant, le revers de la médaille, c’est qu’on ne peut pas tout faire non plus et que les limites arrivent, dans quelques rares scènes, à casser la crédibilité du truc. Je pense notamment à une certaine scène de bataille censée être épique mais au final assez miteuse et pas franchement à la hauteur du reste.

Quant-à l’histoire, là encore, pas de gros manque de respect au film, et surtout, son esprit demeure. On retrouve en effet cette sorte d’ambiance de fin de règne, avec une monarchie Skeksis aux allures d’Ancien Régime version fantasy (avec une tendance au steampunk pour la machinerie de skekTek). Et si, dans le film, les masques étaient tombés depuis longtemps, la série entend elle décrire précisément le moment du changement. Car les Skeksis sont de véritables tyrans sanguinaires, cachés derrière des apparats de tradition et un verbe mi-culpabilisant, mi-légaliste, joliment enrobé d’une fausse bienveillance, arguant, pour justifier leurs actes, d’une stabilité qui serait leur fait alors qu’ils plantent en réalité les germes de l’anéantissement de Thra pour leur propre intérêt.

D’ailleurs, la série insiste très fortement sur les débordements des Skeksis et les excuses que leur trouvent les Gelflings les plus à même d’en tirer une forme de profit (jusqu’à un certain point). Car au final, c’est tout un système politique en plein effondrement qui est décrit ici, à base de classes laborieuses oppressées et de dirigeants corrompus égoïstes. Et même d’une cruauté sans pareille, dans le cas des Skeksis, dont les exactions sont effroyables (parfois même à l’encontre de leur propre espèce).

Rian est le premier à entrer en résistance contre ce régime qui veut sa peau, de peur qu’il ne révèle ce qu’il sait des coulisses du pouvoir. Brea, aristocrate bien née de la plus haute caste du plus éminent des clans gelflings, n’est poussée à la rébellion que par sa curiosité et sa quête de connaissance, qui l’amènent à questionner la légitimité du pouvoir skeksis (la découverte des exactions de ce dernier la jetant définitivement aux côtés de Rian). Deet, elle, est issue du monde souterrain, et n’a qu’une connaissance vaguement théorique de la surface; elle a toutefois vécu les effets de la corruption du Crystal, et si elle n’a pas au départ d’aversion particulière pour le système en place (elle est, en fait, plutôt naïve), elle ne montre à aucun moment de volonté de maintenir les choses en l’état: son objectif reste définitivement de sauver Thra et ses amis, quel qu’en soit le prix et même si c’est celui de la révolte.

Bref, on l’aura compris, que ce soit pour ce qu’elle raconte, ou par la manière dont elle le fait, ou par les personnages qu’elle utilise à cette fin, The Dark Crystal: Age of Resistance est une excellente série. Si l’on n’en attendait pas moins d’une production Jim Henson Company (société derrière, notamment, les Muppets et le film Dark Crystal, mais aussi les mémorables Dinosaures et Labyrinthe), la chose est beaucoup plus surprenante venant du réalisateur Louis Leterrier. Car je rappelle qu’on doit à ce dernier quelques bonnes purges, comme Le Choc des Titans ou les deux premiers Le Transporteur (ainsi qu’un Hulk assez discutable); mais il réussit ici le tour de force de proposer une série fidèle à son modèle du début des années 1980 tout en se plaçant dans l’air du temps, malgré des choix techniques qui sont à peu près l’exact contraire de la solution de facilité. Alors chapeau bas.

Au revoir; à bientôt.

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