The Empire of Corpses

The Empire of Corpses de Project Itoh et Toh EnJoe traînait dans ma PAL depuis un bon moment déjà. De mémoire, il me semble l’avoir acheté la semaine de sa sortie. C’était l’année dernière. Diantre (comme disent les jeunes; du XVIIIe siècle). Et je suis incapable de dire pourquoi il m’a fallu autant de temps pour le lire, parce que c’était quand même sympa.

Fin du XIXe siècle: l’empire britannique est arrivé au faite de sa gloire, tandis que la révolution industrielle s’impose un peu partout, même dans des territoires jusque là isolés comme le Japon. Mais la plus grande révolution, c’est le développement des nécromates. Car les recherches du Dr. Frankenstein ont bel et bien porté leurs fruits, et les cadavres réanimés font désormais partie du quotidien. Main d’œuvre corvéable à merci, soldat que personne ne pleurera ou serviteur dévoué, leur utilité matérielle ne fait aucun doute, mais de nombreux mystères demeurent. Et notamment un: qu’est devenue la Créature originelle, celle dont parle Mary Shelley dans son histoire romancée et qui semble être le seul nécromate doté de conscience? Afin de le découvrir, le professeur Van Helsing envoie le Dr. Watson, accompagné de son fidèle secrétaire nécromate Vendredi, effectuer un petit tour du monde sur ses traces.

The Empire of Corpses était un ouvrage inachevé de Project Itoh, fauché par la maladie en 2009, dans sa trente-quatrième année. C’est son ami et collègue Toh EnJoe qui s’est chargé de le terminer quelques années après, augmentant d’un titre la liste des publications posthumes de l’auteur. De Project Itoh, je n’ai lu que Harmonie, récit aux thématiques et chronologie si radicalement différent qu’il semble difficile à première vue d’en concevoir des connexions. Et pourtant…

Si The Empire of Corpses lorgne, en termes d’ambiance, du côté du roman gothique et du roman d’aventure à tendance SF du XIXe siècle (d’aucuns diraient vernien), de nombreux éléments se rapportent bien davantage à des sous-genres beaucoup plus tardifs, et notamment deux: le récit robotique asimovien et le cyberpunk. Incongru? En un sens, mais pas pour autant incohérent avec l’univers établi ici. Car les nécromates sont, par bien des égards, des androïdes steampunk qui ont besoin de logiciels pour fonctionner; avec tout ce que ça sous-entend.

La nécromatique est présentée ici comme la principale déviance uchronique par rapport à notre ligne temporelle (enfin, ça, et le fait que des personnages de pure fiction pour nous soient réels selon le récit). Cette ingénierie présentée comme scientifique est cependant fortement liée à l’occulte pour diverses raisons, la première étant qu’elle touche à la mortalité et la nature de l’âme. Car les nécromates en sont, manifestement, dépourvus, et l’un des enjeux sera de savoir pourquoi (de même, se posera la question de savoir pourquoi seuls les cadavres humains sont ainsi utilisables). Si bien que, au-delà du questionnement scientifique et éthique, se posera un autre, plus mystique.

Et on touche donc là à une particularité du roman, c’est qu’il est beaucoup, beaucoup de choses pour pas tant de pages que ça (un peu moins de 500 pour l’édition française de Pika). Un roman d’aventure et de robots (enfin, de robot-zombies), steampunk et cyberpunk, gothique et uchronique, etc. Ce qui pourrait poser de très gros problèmes de cohérence, mais… en fait non. Le récit et son univers tiennent la route. C’est juste qu’il est difficile de se défaire d’une forme d’impression de déjà vu.

Ce qui est assez logique en soi: pour peu qu’on se soit un peu intéressé à la littérature et/ou à l’histoire du XIXe siècle, on retrouvera beaucoup de lieux communs et de têtes connues, certaines réelles, d’autres imaginaires. Très rapidement, le Dr. John Watson (personnage d’Arthur Conan Doyle) se verra accompagné de Frederic Gustavus Burnaby (officier du renseignement britannique bien réel), lesquels iront en Asie centrale rencontrer Alexei Karamazov (personnage de Fiodor Dostoïevski) avant d’aller au Japon faire la connaissance de l’ancien président états-unien Ulysses Grant (et accessoirement de vivre leur version des événements de l’été 1879, évidemment bien différente de notre réalité).

De fait, on a parfois un peu l’impression de parcourir des notices Wikipedia au détour de tel ou tel moment du récit, mais pas au point d’être catapulté régulièrement en dehors de l’histoire (juste deux ou trois fois). Surtout que la contextualisation a une importance de premier ordre dans les fictions historiques (l’uchronie constituant à mon sens le stade ultime de la fiction historique, mais ça n’engage que moi). Donc c’était difficile d’y échapper, et c’est une bonne chose que les auteurs n’aient pas tiré sur la corde au point de l’élimer.

Au final,  The Empire of Corpses constitue une lecture aussi intéressante que sympathique, à défaut d’être absolument révolutionnaire.

Au revoir; à bientôt.

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