Infinite Ryvius a 20 ans

le

Le 6 octobre 1999 était diffusé sur TV Tokyo le premier épisode d’Infinite Ryvius, une série qui est depuis quelque peu tombée dans l’oubli. Ce qu’il est temps de réparer, car c’est probablement le meilleur anime de Gorô Taniguchi (après Planetes, qui est une adaptation, donc…).

An de grâce 2225: l’humanité s’est remise de la catastrophe provoquée par l’éruption solaire de 2137 et a essaimé vers les planètes alentours, implantant des colonies un peu partout. Et bien sûr, qui dit colonisation spatiale dit aussi astronautes et pilotes compétents. C’est justement ce qu’essaient de devenir les frères Aiba et leurs amis, en formation sur la station Liebe Delta. Las, alors que la station traverse le Geduld (une anomalie générée par l’éruption solaire), elle est victime d’un sabotage, qui laisse les étudiants livrés à eux-mêmes. Heureusement pour eux, ils mettent la main sur le Black Ryvius, mystérieux vaisseau qui leur causera cependant bien des tracas. Commence alors pour eux une longue errance dans le système solaire.

Parce qu’il apparaît assez rapidement que le gouvernement a pas mal de trucs à planquer sous le tapis, et le Black Ryvius semble en faire partie. Les survivants deviennent donc de facto des témoins gênants qu’il faudra bien faire taire d’une manière ou d’une autre. Sauf que le Ryvius a plus d’un tour dans son sac et qu’il y a Yûki Aiba. Doté d’un caractère absolument exécrable, il est aussi un pilote de génie, capable de tirer le meilleur de son appareil.

Mais ses prouesses personnelles ne constituent clairement pas l’intérêt principal de l’anime (un argument de vente pour l’époque, oui, je n’en doute pas, ceci dit). Car le fait est que les jeunes rescapés se retrouvent littéralement livrés à eux-mêmes dans un système devenu ennemi, et dont les forces armées emploient des méthodes radicales. À charge pour eux de s’organiser pour assurer leur propre survie, ne pouvant généralement compter sur personne d’autre et demeurant par conséquent isolés. Donc, on sera ici toujours plus proche de Lord of the Flies que de Gundam (même si j’imagine que l’idée d’un vaisseau isolé en milieu hostile vient de là; en même temps, c’est le collectif Hajime Yatate qui est crédité à l’idée originale, aussi).

Or, puisque certains caractères s’avèrent particulièrement forts, il existe évidemment de très fortes tensions interne à cet équipage de fortune. Déjà, entre Yûki et son frère Kôji, paradoxalement héros de cette histoire et beaucoup plus porté sur l’entre-aide et la recherche du compromis que son frangin (qu’il ne peut d’ailleurs pas encadrer). Avec Airs Blue, individu violent et cynique qui a tout du chef de bande des 90ies. Aussi à cause de Stein Heigar, un étudiant froid et calculateur très porté sur la discipline et l’application stricte du règlement. Dans une certaine mesure, également, du fait des actes de Fina S. Shinozaki, jeune fille au tempérament mystique tout droit venue d’une lune d’Uranus et au passé inavouable. Et, à son corps défendant, du fait des décisions d’Ikumi Oze, meilleur ami de Kôji au tempérament bienveillant et chaleureux mais… eh bien… spoiler.

De plus, il n’y a plus d’autre commandement légitime à bord du Black Ryvius que celui choisi par les étudiants eux-mêmes… ou imposé par une minorité d’entre-eux à une majorité plus ou moins silencieuse, parfois violemment réprimée. Du coup, effectivement, ça conteste beaucoup, ça désobéit régulièrement et ça se mutine même de temps à autres. Le point d’orgue étant en toute logique atteint dans le dernier arc, exacerbé par les assauts contre le vaisseau. Il s’avère que ce dernier est habité par une mystérieuse entité féminine nommée Neeya, aussi fascinée par ses étranges occupants que par leurs émotions et sentiments, qu’elle éprouve beaucoup de difficulté à appréhender au départ.

Bref, niveau écriture, la série tient vraiment très bien la route en mêlant l’héritage traditionnel de la SF de la Sunrise à des éléments beaucoup inspirés du succès relativement récent qu’était Evangelion, mais sans fioritures inutiles et s’attachant profondément à la personnalité d’une dizaine de personnages particulièrement charismatiques (bien que de manière inégale). Au fond, seuls les antagonistes manquent cruellement de substance, mais ce n’est pas illogique en soi: l’équipage du Black Ryvius, plus que des individus, affronte un système qui a généré cette situation intenable, en forme de conflit générationnel meurtrier.

Niveau réal’, la série se tenait peu ou prou dans les standards de son époque et n’avait pas vraiment à rougir face à la concurrence (surtout qu’en face, on avait Senkaiden Hôshin Engi/Soul Hunter, donc bon). Niveau musical, le résultat est sympa mais pas pour autant inoubliable. C’était même assez interchangeable avec d’autres productions Sunrise des années 1990 (voire 1980; en même temps, le sound director Yasuo Urakami était déjà un vétéran de la boîte, ayant notamment bossé sur les City Hunter et plusieurs Gundam).

Côté chara-design et doublage, le staff faisait presque figure de pré-casting pour Gundam Seed. Le premier avait en effet été confié à Hisashi Hirai, à l’époque où il ne se contentait pas exclusivement de faire du hair-design paresseux; aussi, évidemment, si on a bouffé du Gundam Seed ou du s.CRY.ed avant de se mettre à Infinite Ryvius, il y a un air de déjà vu; en mieux, toutefois. Pour le second, on retrouve notamment les voix de Tetsu Shiratori, Sôichiro Hôshi, Tomokazu Seki, Hôko Kuwashima et Nobuyuki Hiyama. Des seiyû talentueux, mais surtout polyvalents et donc très à même de rentrer facilement dans leur rôle respectif.

Au Japon, la série semble avoir rencontré un succès des plus correct, réussissant deux années de suite (celles de sa diffusion, donc) à se classer dans le top 5 de l’Anime Grand Prix. Toutefois, elle n’a jamais fait l’objet d’une tentative de « rallonge » et en est restée à ces 26 épisodes (enfin, ça et une petite parodie, ainsi qu’un manga en deux volumes, et j’imagine d’autres produits en format papier). En France, le moins que l’on puisse dire est que la série n’a jamais particulièrement marqué les esprits. À notre décharge, il est bon de signaler qu’elle est sortie directement en format DVD en 2005 chez Déclic Images.

Déclic Images, c’était la garantie d’avoir des boxes DVD à des tarifs défiant toute concurrence. Sauf qu’évidemment, il fallait bien rogner quelque part pour être rentable; et le « quelque part » en question, c’était juste partout. Le packaging se retrouvait réduit au strict minimum, les DVD en eux-mêmes n’étaient clairement pas du haut de gamme (que ce soit sur le plan matériel ou en termes de contenu), le budget com’ était réduit à la portion congrue pour les séries jugées à faible potentiel (ce qui était visiblement le cas de celle-ci) et, surtout, les traductions… n’étaient souvent pas optimales, disons.

Pour Infinite Ryvius, on était manifestement arrivé au niveau « Amazon Prime » sur l’échelle de Netflix, et je suis gentil; parce qu’il faut parfois slalomer entre deux traductions littérales non-sensiques et un contre-sens flagrant pour dégager un minimum de cohérence dans les dialogues. Et pour que je m’en rende compte, c’est que c’est gros. Vraiment très gros. Bref, tout ça pour dire que, étrangement, ça n’a pas beaucoup aidé à la popularité de la série dans nos contrées. La société ayant été liquidée en 2012, cette box DVD est devenue par conséquent bien plus difficile à trouver, et il ne semble pas que qui que ce soit ait l’intention de reprendre le flambeau. Ou plutôt, personne n’a communiqué en ce sens.

C’est vraiment très dommage, car la série mérite d’être vue, et que l’on passe facilement outre sa réalisation et ses designs datés. À bon entendeur…

Au revoir; à bientôt.

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Zubrowski dit :

    Ryvius avait été un vrai choc pour moi à l’époque. Le traitement et l’évolution des personnages, entre autres, tranchent encore aujourd’hui par rapport à ce que l’on trouve en anime en terme de qualité. Elle a vieilli techniquement, certes, mais rien que pour çà je continue à la conseiller.

    Merci
    A+

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s