Legend of the Galactic Heroes – Upheaval

Avant dernier tome de l’exemple le plus éloquent de l’expression space opera, pour ne pas dire la définition même du sous-genre. Bien entendu, gros spoilers.

Yang Wen-li n’est plus, mais son esprit demeure en Iserlohn, sous la férule de Julian Mintz. Lequel se sent quelque peu dépassé par les événements, mais conserve cependant la confiance des siens, à commencer par Frederica Greenhill Yang, Dusty Attenborough et Alex Caselnes. Reinhard von Lohengramm a, de son côté, renoncé temporairement à s’en prendre à ce reliquat de l’Alliance et entend bien profiter de l’accalmie pour stabiliser son nouvel empire. Mais les artisans principaux du complot contre son ancien adversaire sont toujours à l’œuvre, et il existe encore des dissensions entre ses amiraux et maréchaux, tandis que sa santé décline alors qu’aucun héritier n’est encore né.

La dualité Empire/Alliance n’ayant plus lieu d’être, c’est désormais au cœur de l’Empire que vont s’opérer les changements les plus radicaux et la contestation la plus féroce, rappelant les sombres heures de la ligue de Lippstadt. En accentuant la défiance mutuelle entre les nouvelles élites impériales, en particulier entre von Oberstein et von Reuentahl, l’église terraïste frappe juste et fort, ruinant toute possibilité de pax lohengramma alors même que l’Empire n’a plus aucun ennemi extérieur en état de combattre.

Car, du côté de la République d’Iserlohn, on a bien conscience que tout conflit serait dans l’état actuel des choses perdu d’avance et ne constituerait qu’une énorme boucherie, dans les deux camps. D’autant que le moral y est au plus bas, même chez les vétérans (et l’état d’Olivier Poplin au début du tome est particulièrement éloquent). Seule reste la possibilité, au disciple de Yang et à sa veuve, de mener une diplomatie d’apaisement avec la nouvelle dynastie, qui n’a de toute façon aucune intention de les affronter tant qu’ils restent négligeables sur l’échiquier galactique.

C’est donc sur son propre camp que Reinhard a les yeux rivés, et qu’il assiste avec un puissant ressentiment à la révolte de von Reuentahl. Toutefois, si l’un comme l’autre semblent vouloir en découdre, on assiste surtout au jeu malsain d’un enchainement provoqué par un élément extérieur sur des égos au faite de leur ascension et qui ont manifestement un problème certain avec le concept même de paix, au contraire, par exemple, de Mintz ou Mittermeier.

Reinhard, en effet, est l’incarnation même de la conquête, tandis que von Reuentahl est, de ses officiers supérieurs, à la fois le plus compétent et le plus ambitieux (qui plus est acoquiné par le passé avec Elfriede von Kohlrausch, dernière survivante de la famille rebelle de Lichtenlade). Manquait juste l’étincelle pour mettre le feu aux poudres, et cette étincelle est venue d’une manœuvre du chef du Domestic Safety Security Bureau Heidrich Lang et de l’amiral comploteur Alfred Grillparzer.

Le conflit qui éclate ne peut profiter à personne, si ce n’est à la Church of Terra. Il est même un déchirement pour ceux qui se retrouvent en première ligne, à commencer par von Reuentahl et Mittermeier. Cependant, l’issue ne fait aucun doute dès le départ. En effet, von Reuentahl, tout aussi talentueux soit-il, commence le combat largement désavantagé. Il lui manque la légitimité pour exercer le pouvoir (son titre de gouverneur général du Neue Land, il le tient de Reinhard, et toutes ses victoires ont été obtenues pour le compte de ce dernier). De plus, contrairement à son empereur, il ne peut pas compter sur la loyauté de ses subordonnés. C’est d’ailleurs ce qui lui coûte la vie.

Le soulèvement du Neue Land n’a par ailleurs aucune base populaire ou idéal démocratique à porter: si Murai est bien envoyé pour négocier en Iserlohn, c’est au nom de von Reuentahl lui-même, pas d’une quelconque promesse de restauration de l’Alliance. Et d’ailleurs, ce dernier choisit sciemment d’engager exclusivement dans la bataille des soldats de l’armée impériale: du début à la fin ce conflit aura été un affrontement complètement interne à l’Empire.

Au final, Reinhard se retrouve au dénouement dans la même situation qu’au début du volume, avec toutefois plusieurs milliers de soldats et vaisseaux perdus, un maréchal en moins et un autre en état de défiance vis-à-vis de la quasi-totalité de ses pairs. Le seul progrès, il le connait dans un domaine qui lui échappait jusqu’ici totalement, à savoir la famille, puisqu’il finit par demander la main d’Hildegard von Mariendorf, laquelle porte son héritier et devrait assurer la pérennité de sa dynastie. Lui, en revanche, est au plus mal.

Sa santé est plus mauvaise que jamais, et l’ombre de Siegfried continue de peser sur ses épaules (pas seulement les siennes, d’ailleurs). Le conflit avec von Reuentahl et son dénouement tragique sont une brique supplémentaire ajoutée à l’édifice de son crépuscule, et il apparaît désormais évident pour tous que la force montante, dans l’Empire, est le maréchal Wolfgang Mittermeier.

Une force absolument inoffensive pour le pouvoir en place tant sa fidélité à Reinhard est indiscutable, comme il le prouve en combattant en son nom son meilleur ami, mais surtout indispensable à la stabilité du nouveau régime. Von Oberstein est lui désormais tant détesté de tous que sa position, pourtant théoriquement dominante, en est devenue précaire. Et si Lang a été éliminé de l’équation du pouvoir, il n’en demeure pas moins que la Church of Terra constitue encore une puissante nuisance potentiellement mortelle.

Côté républicain, enfin, le conflit n’aura rien apporté à qui que ce soit, si ce n’est le soulagement d’être débarrassé définitivement de Job Trünicht. Iserlohn reste une oasis de démocratie isolée dont l’existence demeure précaire, mais pourrait à l’avenir servir de base à la restauration de l’Alliance. Toutefois, cet affrontement aura laissé un peu de temps à la faction de feu Yang pour se rétablir moralement, autant que faire se peut, et Julian Mintz a désormais pleinement conscience qu’il pourra peser à sa façon sur le destin de la galaxie; enfin, d’un bout de la galaxie, parce que jusqu’à preuve du contraire, GinEiDen ne se déroule que dans une partie des bras d’Orion et Sagittaire-Carène.

Suite et fin en décembre, sauf report.

Au revoir; à bientôt.

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