Terminator: Dark Fail

Sans surprise, c’est un échec, et je me demande au fond bien pourquoi j’essaie de croire encore en la franchise…

29 août 1997: le Judgment Day n’est pas advenu. Aussi, Sarah et John Connor profitent-ils de la nouvelle vie qu’ils viennent de conquérir pour prendre des vacances à la plage… jusqu’à l’arrivée d’un nouveau T-800, qui abat l’ex-futur leader de l’ex-résistance humaine face à l’ex-exterminateur Skynet, dont l’avenir n’existe plus (vous suivez?). De nos jours, au Mexique, la jeune ouvrière Daniella Ramos est prise pour cible par un Terminator encore jamais vu, tandis qu’une humaine augmentée venue du futur fait tout ce qu’elle peut pour la protéger. Avec un peu de mal, jusqu’à l’arrivée sur les lieux de Sarah Connor.

Bon, bah puisqu’il faut bien commencer quelque part, parlons des points positifs: la photographie est assez classe et sert fort bien des scènes d’action pour la plupart très correctement rythmées et mises-en-scène. À part celle dans l’avion, qui fout surtout la gerbe, mais dans l’ensemble, c’est, de très loin, l’aspect du film le plus réussi avec les effets spéciaux (ce qui va de pair, de toute façon). J’irai même jusqu’à dire que, sur ce plan, c’est peut-être le meilleur Terminator depuis Judgment Day. Bien. Maintenant, ce qui fâche: le reste. TOUT le reste.

L’écriture est probablement ce qui a été le plus raté, et, à vrai dire, ça ne m’étonne même pas, puisque pas moins de huit personnes y sont créditées. Huit! Je n’arrive même pas à imaginer comment ça n’aurait pas pu être le bordel et, effectivement, c’est un foutoir sans nom, rempli à ras-bord de facilités et d’incohérences, ou juste d’idées complètement connes. Quand elles ne sont pas simplement repompées sur les autres films ou série de la franchise, s’entend. Parce que le film ne propose rien de plus que des nouveaux persos et designs; tout le reste, conceptuellement, existait déjà avant.

Bon, après, c’est vrai, Terminator, c’est un peu toujours la même histoire, au fond: quelqu’un est « arraché » à sa temporalité pour aller sauver le dernier espoir de l’humanité (ou un de ses parents) et faire face à au moins une machine anthropomorphe au service d’une IA futuriste qui veut tuer tout le monde. Mais, d’une, rien n’interdisait, pour une fois, d’essayer de faire autre chose; et de deux, c’est ici particulièrement mal amené. D’autant que les dialogues ne sont pas seulement indigents, ils sont régulièrement de très mauvais goût, et ça, c’est quand ils ne se contentent pas d’empiler des clichés.

De fait, aucun personnage n’est développé. Passons sur le Ghostrider Rev-9, après tout, le Terminator antagoniste a toujours été une « shape » plus qu’un personnage à part entière, et c’est plus par son symbolisme qu’il s’impose; à vrai dire, il est même plutôt efficace, bien que souffrant de pas mal d’incohérences dans son traitement. Mais les autres… urgh. Dani est une fonction. Grace est une fonction. Carl est une fonction. Sarah, diantre-bleu, Sarah Connor est une putain de fonction et ça me tue d’écrire ça, bordel, ce perso méritait tellement mieux que ça!

Mais surtout, John Connor est tué dans les trois premières minutes de film, dès la séquence d’introduction (une séquence par ailleurs très bien faite, mais ce n’est pas le problème)! Donc non, ce n’était pas un spoiler. Et c’est assez terrible de voir que près de vingt ans après le deuxième épisode, Dark Fate (qui se revendique comme 3e épisode légitime, rappelons-le) a besoin de littéralement tuer le père (enfin, le fils) pour pouvoir réellement démarrer. Sauf que du coup, cette mort est extrêmement problématique.

Attention, je ne dis pas que John Connor devait rester un personnage immortel ou autre. La connerie, c’est, déjà, de le faire en intro, et de deux, que ce soit un T-800 model 101 l’assassin. Parce que, du coup, ça revient à dire que tout ce qui s’est produit dans les deux premiers épisodes, c’était sans conséquence et donc inutile. Inutile, parce qu’en plus, le scénario enfonce le clou en ajoutant que, de toute façon, il y aura quand même une rogue IA dans le futur, qui ne sera juste plus Skynet mais Genysis Legion (wow, ils se sont foulés, pour le nom, c’est fou…).

Cela dit, c’était déjà le cas avec le précédent épisode 3, Rise of the Machines, ainsi qu’avec les deux suivants. Mais c’était justement un gigantesque problème: se revendiquer de la filiation d’un film pour en invalider les enjeux, c’est con. Juste con. Et un manque hallucinant d’imagination, en plus: il y avait une pléthore de possibilités après la fin de T2. Sauf que, pour l’épisode 3, ancien comme nouveau, c’est une solution de facilité assez stupide qui a été adoptée: faire revenir un Terminator Schwarzy, sur une trame largement éprouvée.

Et au passage, je pense que l’acteur est juste désormais trop vieux pour ce type de rôle. En tout cas, je l’ai trouvé ici particulièrement insipide et même assez pathétique. D’ailleurs, hormis Mackenzie Davis et Linda Hamilton qui s’en sortent plutôt bien, j’ai trouvé l’acting dans l’ensemble assez mou et pas franchement convaincant. Gabriel Luna est, des différents acteurs ayant campé un Terminator polymorphe, peut-être pas le moins convaincant (il l’est déjà plus que Jason Clarke), mais clairement en queue de peloton, loin derrière Robert Patrick et Shirley Manson.

Au final, Dark Fate est une sorte de remake sans âme, qui ne doit au fond son statut de suite qu’à la présence dans l’intrigue de Sarah Connor et d’un T-800 (modèle diégétiquement qualifié « d’obsolète » depuis les années 1990, faut-il le rappeler). Il est tout de même significatif que, sur quatre films succédant à T2, tous n’aient réussi à se construire une histoire que sur l’invalidation des acquis de celui-ci, voire aussi du premier. Et là, on parle d’un film où James Cameron a été partie prenante dans la production. Ce qui m’amène à la conclusion qu’il n’a juste plus aucune idée nouvelle pour Terminator et qu’il ne sait manifestement pas quoi faire de cette franchise. Par bien des aspects, Dark Fate est aux deux premiers ce que Alita: Battle Angel a été aux OVA de Gunnm: une refonte en mode latino visuellement très réussie, mais extrêmement fade et vraiment écrite avec le cul.

Maintenant, même s’il est évident qu’on pouvait faire mieux, il n’est, d’une part, pas foncièrement beaucoup plus mauvais que toutes les autres suites à T2 (à part The Sarah Connor Chronicles, qui est nettement meilleure bien que pas dénuée de défauts et d’incohérences); et d’autre part, il finit de mettre en évidence que la franchise est arrivée dans une impasse. Le lore primordial de Terminator date d’avant 1984 (donc encore en pleine guerre froide), et il est peut-être tout simplement trop vieux sous cette forme, toutes les tentatives de modernisation butant sur l’écueil du rattachement à ce qui, de nos jours, peut ressembler à des archaïsmes tant de nouvelles problématiques se sont posées depuis, au-delà des seules singularité ou apocalypse nucléaire.

Au revoir; à bientôt.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Zubrowski dit :

    Ta conclusion rejoint assez la vision développée par l’Odieux C… par rapport au premier film, qu’il a carrément préférer détruire, histoire de flinguer le mythe à sa source une bonne fois pour toute ^^
    https://unodieuxconnard.com/2019/10/28/terminator-1-le-spoiler-pour-se-faire-des-ennemis/

    La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ; la franchise Terminator n’a jamais été qu’une franchise de blockbusters plus ou moins sympathiques, mais finalement du même tonneau que le MCU, et la magie prend d’autant moins que nous ne sommes plus les gamins des années 80/90 découvrant émerveillés ce lore pour la première fois (je me sens vieueueueueueuxxx…).

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    1. tommyloser dit :

      Je ne serai pas aussi catégorique, du moins en ce qui concerne les deux premiers. Terminator était un stand-alone qui avait des trucs à dire et une certaine pertinence dans son contexte des 80ies; quant-à sa suite, elle n’avait pas moins à dire, et sa fin constituait un terme du cycle qui aurait très bien pu être définitif. Jusque-là, on était quand même assez loin des dérives du MCU, de son système épisodique à rallonge et du manque de profondeur de son propos, traité très au premier degré (quand il y en a un). C’est à partir du troisième que les choses ont commencé à se gâter, avec une volonté affichée de sérialiser la franchise, tout en en diluant le sens comme la portée. De fait, si les deux premiers étaient déjà bien des blockbusters, ils avaient quand même un petit truc en plus, qui manque cruellement aux suivants.
      Il n’empêche que, oui, ça a vieilli; un peu comme le Futuroscope, qui te montre le futur, mais vu des années 1980. Alors créer du nouveau à partir de là… c’est jouable, hein; mais faut voir à changer la recette, ce que n’a précisément fait aucun des films après T2. Est-ce que ce serait commercialement vendeur, par contre, j’en doute.

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  2. Zubrowski dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Le plaisir que nous gardons à voir et revoir T1 et T2 n’est pas directement corrélé à la qualité intrinsèque de ces oeuvres : les incohérences font partie de l’ADN de la série, T1 et T2 compris, car tous deux sont basés sur un paradoxe de l’écrivain assez grossier. La sauce prend grâce au contexte culturel de l’époque, comme tu le soulignes, et au traitement de thématiques relativement sérieuses bien que survolées (définition de l’humain, relation au père, au destin, etc…). Pour moi nous nous rejoignons sur le constat que l’échec créatif des suites réside en leur incapacité à traiter des sujets de fond pour ne garder que la forme « pop » : de l’actionner avec des robots tueurs et des voyages dans le temps.

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