Barakamon

Au terme de 18 tomes, la publication française de Barakamon s’est terminée il y aura bientôt deux mois. Oui, je suis à la bourre, vos gueules.

Le jeune maître calligraphe Seishû Handa, vexé d’une critique un peu trop acerbe, a cassé la gueule d’un ponte et s’est exilé, sur conseil de son père (également calligraphe renommé), sur une petite île du sud du Japon. Il y fera la connaissance d’autochtones au mode de vie radicalement différent de tout ce qu’il a pu connaître à la capitale, et va devoir s’accrocher pour s’y adapter. Le tout en tentant de redonner un sens à son boulot de calligraphe. À sa vie, quoi.

De Satsuki Yoshino, je ne sais rien, ou presque. Il faut dire que Barakamon est longtemps restée sa seule œuvre disponible en français, et l’unique autre qui soit sortie depuis, à savoir Princess of Mana, constitue par sa nature de travail franchisé un élément de comparaison biaisé. Bref, je suis incapable de dire si les aventures de Handa sont représentatives ou non de son style, ou plus globalement de son œuvre de mangaka. Ce que je sais, en revanche, c’est que c’est un titre particulièrement réussi dans son genre, à savoir la slice-of-life à tendance comique.

Le comique, dans Barakamon, est souvent de situation: Handa se retrouve confronté à une réalité qu’il comprend généralement de travers, ou alors c’est un insulaire qui se méprend sur un de ses propos, avec, généralement, un enchaînement de quiproquos. C’est que Handa, très rapidement, se retrouve bien entouré, et notamment par les enfants et ados du village pour lesquels il constitue une sorte de curiosité. Ou de source d’amusement, c’est selon.

Car, au travers de l’histoire personnelle de maître Handa, le récit est celui d’une sorte de confrontation entre le trépidant mode de vie de la capitale (qui ne sera d’ailleurs que très peu montré, mais beaucoup évoqué) et celui, plus paisible et débonnaire, mais pas moins épuisant, de la campagne. Des sociabilités, aussi: maître Handa découvre là les vertus de l’entre-aide et de l’hospitalité, du don sans contre-don et de la solidarité spontanée.

L’île est en effet assez isolée, au sein d’un archipel périphérique relié au reste du pays par liaisons maritimes et un petit aéroport, demeurant en quasi-autarcie: chaque nouvelle arrivée apporte son lot de découverte pour ses habitants, mais finalement surtout pour ceux qui y viennent. C’est que, dans Barakamon, nul ne repart inchangé de son passage chez maître Handa. Lui-même est d’ailleurs celui que cette vie aura le plus profondément affecté, dans le bon sens.

Si l’on pourrait croire que le manga, au premier abord, s’attacherait à la question de l’inspiration (puisque c’est l’élément modificateur qui provoque son départ de Tokyo), il est en réalité plutôt question de savoir ce que l’on veut réellement faire de sa vie, de manière beaucoup plus générale. Maître Handa avait jusqu’alors principalement livré des calligraphies techniquement très réussies mais aussi très « académiques » (je ne suis pas certain que ce mot ait vraiment un sens dans ce contexte, mais faute de mieux…). Sa rencontre avec les habitants de l’île et notamment la petite Naru sera, en quelque sorte, ce qui lui ouvrira les yeux (sur de nouvelles perspectives artistiques, notamment, mais aussi sur un nouveau style de vie).

Naru est le second personnage principal du manga: gamine survoltée et casse-cou, elle mène une vie infernale à Handa, mais sans malveillance. En fait, c’est même le contraire, puisqu’elle l’admire et est même l’une des premières à s’intéresser à son travail (enfin, à sa façon). Elle sera rapidement suivie d’autres, et notamment de trois ados qui, un peu comme Handa, sont incertains de ce qu’ils vont pouvoir faire de leur avenir. Devenir cuisinier, oui, mais au prix d’un abandon de son « chez soi » et pour se retrouver dans une ville qu’on ne connait pas? Devenir mangaka, oui, mais comment, alors même que l’on habite dans un lieu où seules une minorité de maisons sont équipées de lignes téléphoniques?

Car Barakamon ne dresse pas un portrait particulièrement idyllique de la vie insulaire, bien au contraire: les difficultés que rencontrent les habitants des îles Gotô au quotidien, si elles sont présentées avec humour, n’en restent pas moins réelles. Les approvisionnement restreints, les commerces qui ferment sans remplacement à proximité, les jeunes qui quittent l’île parce qu’elle ne leur laisse que très peu de perspectives, ou les habitants qui doivent « s’exiler » pour trouver du travail sont autant de réalités auxquelles Seishû Handa se retrouve confronté au fur et à mesure qu’il se lie d’amitié avec son voisinage.

Toutefois, ces difficultés ne sont jamais outrancièrement noircies et mêmes généralement évoquées avec une tonalité relativement joyeuse, pour ne pas dire enjouée (la personnalité naïvement enthousiaste de Naru jouant, évidemment, beaucoup, surtout en opposition au tempérament naturellement râleur de Handa). Mais en même temps, le titre annonce la couleur, puisque, selon l’éditeur, « barakamon » signifie « avoir la pêche » dans le dialecte local. Le manga reste feel good du début à la fin.

Quant-à l’histoire proprement dite, eh bien, il s’agit de slice of life, donc pour ainsi dire une non-histoire: juste le quotidien de gens de peu, et surtout l’évolution d’un Tokyoïte arrogant qui découvre sa propre voie artistique au milieu de nulle part, au prix de son confort citadin post-moderne mais en gagnant, au passage, les liens humains qui lui manquaient pour s’épanouir pleinement.

Barakamon est assurément l’un des titres les plus agréables à lire parmi ceux disponibles chez Ki-oon, et mon seul regret est qu’il n’ait pas fait l’objet d’une publication en format « Latitudes » (même si je ne sais pas si le trait de Satsuki Yoshino y serait très adapté). Quoi qu’il en soit, je le recommande chaudement.

Au revoir; à bientôt.

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