ChuChu Rocket! a 20 ans

Jusqu’à la sortie de la PlayStation, il était moins courant, pour un distributeur, de vendre des consoles seules que des bundles incluant au moins un jeu. D’habitude, il s’agissait de s’appuyer sur un titre à succès (TMHT pour la NES, Street Fighter II pour la SNES, Virtua Fighter pour la Saturn…), mais, parfois, il est arrivé que cette charge soit confiée à des jeux de notoriété moindre, voire carrément anecdotique. Je songe, par exemple, à Altered Beast sur Mega Drive, ou à celui qui nous intéresse aujourd’hui: ChuChu Rocket! sur Dreamcast.

Des souris du futur sont attaquées et traquées par des chats du futur. Leur seul espoir? Vous, qui devez les mener vers les fusées qui leur permettront d’évacuer les zones infestées de félins. Mais ils sont un peu cons, ces rongeurs, et il sera nécessaire d’établir un chemin bien défini en utilisant à bon escient des flèches et divers éléments des tableaux pour les guider (ou dérouter les matous).

La direction artistique du soft s’avérait à la fois colorée et très minimaliste. Rétrospectivement, elle fait beaucoup penser à celle de pas mal de jeux indés fauchés qu’on a pu trouver par la suite à la pelle sur Steam ou le XBLA, à des tarifs défiant toute concurrence (et à qualité aléatoire, mais c’est un autre débat). En outre, le jeu semblait hurler à la gueule de l’heureux néo-acquéreur de Dreamcast que les graphismes, OSEF (un comble pour une console qui se vendait sur ses caractéristiques techniques à l’époque, mais passons); ce qui comptait, c’était le gameplay.

Sur le principe, le jeu était un digne successeur spirituel de Lemmings, auquel il avait manifestement emprunté un certain nombre d’idées. Et vu la qualité de ce dernier, forcément, avec un game-design réfléchi, le résultat ne pouvait pas être décevant. Bon, après, vu qu’on n’en attendait rien, évidemment, ça aidait aussi à ne pas être déçu. Mais le fait est que ChuChu Rocket! se révélait être un puzzle game des plus addictifs, à une époque où il devenait difficile de se faire une place au soleil dans le genre, largement caractérisé par la domination écrasante de trois principales franchises (en l’occurrence, Tetris, Puyo Puyo et Puzzle Bobble).

De plus, la difficulté y était savamment dosée, avec des paliers qui suivaient la progression du joueur. Pas de plongeon dans l’abîme après un tableau ultra-simple, elle se corsait, simplement et logiquement, au fur et à mesure qu’on avançait. Et passé un certain point, ça devenait même assez coton, alors que le début, c’était de la difficulté tutorielle pour se familiariser avec les mécaniques. ChuChu Rocket! était également le premier jeu (du moins à ma connaissance) a exploiter les fonctions en ligne de la console, avec son mode multi, jouable jusqu’à 4 en simultané.

Bref, un jeu simple dans son concept mais bien pensé, visuellement pas ouf mais lisible et pas foncièrement honteux sur le plan technique vu son genre, que pratiquement tout propriétaire européen de Dreamcast a au moins essayé ou possédé. Mais que pratiquement personne ne cite comme jeu iconique ou emblématique de la console. Même parmi les puzzle games de sa génération, d’ailleurs: on citera plus spontanément Puzzle Bobble 4 (qui, il est vrai, est excellent) que ChuChu Rocket! comme jeu marquant sur la 128bits de Sega.

Et c’est peut-être là la malédiction de ce jeu: à être trop présent sans marquer la rétine, il en sera resté un titre secondaire, au mieux. Après un portage sur GBA, il a disparu des radars jusqu’au début des années 2010, où il a eu droit à des portages sur Android et iOS, qui ont été depuis retirés de la commercialisation. Du coup, effectivement, la franchise n’est pas vraiment dans la meilleure des formes, c’est le moins que l’on puisse dire.

C’est fort dommage, mais… eh bien d’une, un ChuChu Rocket! Universe a fait son apparition il y a deux mois sur Apple Arcade, au lancement de la plateforme (mais comme je n’y ai pas touché, je ne sais absolument pas de quoi il s’agit), et de deux, en cette période de mode des consoles mini, nul doute que ce serait un candidat absolument parfait pour la ludothèque d’une éventuelle future Dreamcast Mini.

Aussi, je ne me fait pas trop de souci pour nos souris: si elles n’ont peut-être pas beaucoup d’avenir, elles ont encore un présent, et c’est déjà plus que certaines autres franchises de Sega. Plutôt pas mal, pour un titre qui, déjà à l’époque, était considéré comme un simple mini jeu, un bouche-trou auquel on jouait en attendant d’avoir les moyens de se payer SoulCalibur ou Virtua Tennis.

Au revoir; à bientôt.

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