Le Mans 66

Voilà un film que je n’avais absolument pas prévu d’aller voir, mais les hasards de la vie font parfois que… bref, Le Mans 66.

21 juin 1959: Carroll Shelby remporte les 24h du Mans, sur Aston Martin DBR1. Malheureusement, quelques années après, son état de santé ne lui permet plus de concourir, mais sa passion pour les bolides demeure. Devenu constructeur de voitures sportives, il est un jour approché par Ford, qui a l’intention de vaincre Ferrari sur son propre terrain: les 24h du Mans. Et il se trouve que Carroll Shelby a en tête un pilote qui en serait tout à fait capable: Ken Miles. Reste à construire LA bagnole pour y parvenir; et surtout passer outre le caractère de cochon de Ken Miles.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais été fan de bagnoles, ou de courses en général. Par contre, mon paternel, lui, c’est une autre histoire, et j’en ai bouffé pendant pratiquement toute mon enfance et mon adolescence (surtout de la F1, mais pas que). Du coup, je suis arrivé, avec Le Mans 66, quasiment en terrain connu: les noms de Shelby, Miles ou McLaren ne m’étaient ainsi pas inconnus, et j’étais assez curieux de voir ce que James Mangold allait faire de ce duel Ford/Ferrari.

Alors, avant toute chose, il est bon de rappeler qu’une fiction historique n’est jamais l’histoire, et que les libertés sont incontournables (bien que pas toujours indispensables, loin de là). Les plus grosses (mais pas les seules; il y en a plein, en fait) concernent le déroulement de la course et Enzo Ferrari, « justifiées » par la représentation de la dualité entre ce dernier et Henri Ford II, deux chefs d’entreprises aux personnalités et aspirations radicalement différentes, et par extension entre leurs écuries respectives.

Henri Ford est ici présenté comme une sorte de businessman pas franchement intéressé par le monde du sport mécanique, un fabricant et vendeur de bagnoles dont l’approche est avant tout celle d’un comptable et d’un communicant, doté d’une sorte de complexe d’infériorité par rapport à feu son père et avec un égo aussi surdimensionné qu’immature: pratiquement toutes ses décisions relèvent du caprice ou du conseil malavisé de collaborateurs obséquieux et flagorneurs.

Quant-à Enzo Ferrari, il est présenté comme bien davantage que Ford impliqué et passionné par la course comme par la conception de ses machines… en mode parrain de la mafia. Parce que c’est à peu près l’image que le film renvoie de la Scuderia, avec de gros relents racistes vis-à-vis de l’ensemble des personnages italiens du film. D’où le choix de Remo Girone, un habitué des rôles de mafieux depuis les années 1970, pour jouer son rôle, j’imagine. Certes, c’est un bon acteur, mais il n’empêche que cette binarité est particulièrement désobligeante.

Le film s’attache à suivre les membres de l’équipe de Shelby et Miles (surtout ces deux-là), qui doivent lutter à la fois contre leurs rivaux italiens, mais également contre quelques éléments fordiens, puisqu’ils ne se sont pas fait que des amis dans l’entreprise. Si bien qu’au final, les performances de Miles et la conception de la GT40 Mk II semblent écrasées par le poids de la dualité Ford/Ferrari (d’où le titre original, Ford v. Ferrari), quand bien même ces aspects, tout comme des éléments beaucoup plus personnels de la vie de Shelby et Miles, occuperaient bien davantage de temps d’écran.

Ces derniers sont incarnés, respectivement, par Matt Damon et Christian Bale, qui portent le film sur leurs épaules. L’un comme l’autre restent justes du début à la fin, et parviennent, parfois malgré une écriture assez pataude, à profondément humaniser le récit. L’un comme l’autre ont leurs faiblesses et leurs forces, leurs aspirations et leurs rancœurs, leurs coups de gueule et leurs moments de franche camaraderie.

Car, aussi différents soient-ils par leur personnalité (Shelby est ici montré comme un beau parleur qui prend souvent sur lui quand Miles est présenté comme un rentre-dedans sanguin), ils se retrouvent dans leur façon d’appréhender la conception auto et la conduite, et par conséquent dans leur façon de préparer et participer à une course. Un certain nombre de détails dans la mise-en-scène sont d’ailleurs là pour le rappeler. Et si ce n’est pas assez clair, la voix off est là pour ça.

C’est d’ailleurs un des problèmes du film: il est beaucoup trop bavard. Alors que le show don’t tell suffisait amplement, on a parfois droit à des sortes d’explications qui sortent de nulle part (une façon de rappeler au spectateur qu’il est trop con pour comprendre ce qu’il voit?). Pourtant, je suis intimement persuadé que le film pourrait se regarder son coupé tout en restant globalement compréhensible. Ceci dit, ce serait dommage, car la bande son est très sympathique.

Enfin, et c’est le plus important, les scènes de course et d’essais sont superbes et particulièrement impressionnantes. Peut-être trop, en fait, même, parce que la casse prend des dimensions parfois exagérées; la course des 24h du Mans dans les années 1960, ce n’était pas une partie de Burnout Paradise, non plus. Après, ça rajoute du rythme et permet de rappeler que oui, les sports méca, c’est dangereux par essence. Ça conforte aussi un peu l’idée que l’équipe de Shelby se prépare à la course comme on se préparerait pour la guerre (d’autant que le film insiste bien sur son passé militaire).

Bref, le film propose un scénario certes sans surprise mais bien mené, avec des acteurs qui livrent une de leurs meilleures performances, sur une belle bande son malgré des dialogues souvent indigents et surtout avec des scènes de bagnole qui n’ont rien à envier aux scènes de poursuites de certains actioners. Une réussite? Oui et non. Quand le film prend des libertés avec l’histoire, c’est un peu à la façon de Bohemian Rhapsody: il s’agit moins de tordre la réalité pour la rendre plus passionnante que pour la faire rentrer dans un cadre de déjà-vu, de stéréotype. De fait, je suis un peu déçu que le staff d’écriture se soit livré à une telle facilité. Mais il n’empêche que Le Mans 66 peut difficilement être considéré comme un mauvais film; juste un bon film qui aurait pu être mieux.

Au revoir; à bientôt.

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